Selon une étude épidémiologique menée par des chercheurs français, les populations issues de l'immigration sont plus souvent sujettes que les autres aux troubles de l'anxiété, voire aux affections psychotiques. Des troubles potentiellement liés à des facteurs socio-culturels, selon les spécialistes.

L'anxiété pathologique touche plus facilement les populations issues de l'immigration
L'anxiété pathologique touche plus facilement les populations issues de l'immigration © Maxppp / JOUHANNAUD Thomas

Les populations migrantes sont plus facilement sujettes aux troubles anxieux, et plus encore dans les générations suivantes : c'est le résultat d'une étude épidémiologique menée par le Centre collaborateur de l'OMS de Lille, en association avec plusieurs équipes de chercheurs, et dont le résultat a été publié cette semaine dans la revue scientifique "Journal of Psychiatry Research". 

Les petits-enfants les plus touchés

Les spécialistes ont mené leurs recherches sur 38 000 patients, et ont pu observer que "la fréquence des troubles anxieux, c'est-à-dire des pathologies de l'anxiété sévère est bien plus élevée chez les personnes issues de l'immigration et notamment celles dont les grands-parents sont eux-mêmes immigrées, que dans la population générale", explique le professeur Antoine Pelissolo, chef de service en psychiatrie à l'hôpital Albert-Chenevier, qui a participé avec son équipe à cette étude. 

Ce sur-risque est d'autant plus inquiétant que, selon l'étude, "les pathologies en question, comme l'anxiété généralisée, les troubles paniques ou les états de stress post-traumatiques, semblent plus sévères, avec par exemple plus de conduites suicidaires ou d'addictions", explique le chercheur. Fait plus étonnant encore : cette fréquence des troubles anxieux se maintient, voire s'accentue, dans les 2e et 3e génération, c'est-à-dire chez les enfants et les petits-enfants de ceux qui ont immigré. 

Mieux dépister pour mieux soigner

"C'est un peu surprenant, parce qu'on peut se dire que la trace des épreuves qui ont été traversées par les personnes qui ont émigré ou leurs enfants devrait être compensée par une intégration dans la société française", reconnait le Pr Pelissolo. Mais "on s'aperçoit que _des facteurs socio-culturels fragilisent ces populations nées en France_, dont les parents sont nés en France, et qui ont pourtant probablement des difficultés d'intégration dans la culture française ou en tout cas dans le mode de vie auprès des autres", et c'est cela qui peut expliquer cette propension aux troubles de l'anxiété. 

Pour les chercheurs, cela signifie que ces populations doivent faire l'objet d'une vigilance particulière. "Il faut mieux le dépister, déjà dans la population générale, mais probablement plus encore chez des enfants ou des jeunes adultes qui ont cette histoire familiale d'immigration (...) : il faut le dépister tôt, parce qu'on a des solutions thérapeutiques qui marchent bien", explique Antoine Pelissolo. 

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