En analysant les résidus de graisse des poteries retrouvées sur les sites archéologiques, l'équipe de la chimiste Mélanie Roffet-Salque a prouvé que l'on pouvait y détecter avec précision les effets des changements climatiques. Une première scientifique qui permet d'affiner les recherches dans les zones habitées.

Aperçu du site archéologique de Çatalhöyük, en Turquie, d'où proviennent les poteries analysées
Aperçu du site archéologique de Çatalhöyük, en Turquie, d'où proviennent les poteries analysées © Çatalhöyük Research Project

Oubliez les carottes (glacières ou sédimentaires), concentrez-vous sur le gras. Cet article ne vous parlera pas de diététique mais bien d'archéologie. La chercheuse Mélanie Roffet-Salque, spécialiste de l'analyse biochimique à l'Université de Bristol, a étudié avec son équipe les résidus lipidiques retrouvés dans des poteries sur un site archéologique de Turquie, à Çatalhöyük.

Le docteur Roffet-Salque a, par le passé, effectué des recherches sur les résidus de lait, de fromage ou encore sur l'utilisation de la cire d'abeille. Mais, et c'est une première, elle a cette fois-ci pu déterminer un changement climatique à partir des graisses animales. "En analysant les graisses animales retrouvées dans ces ustensiles de fermiers du néolithique, on utilise les isotopes stables du carbone (le carbone-13 et le carbone-12) qui permettent de distinguer le gras issu du lait de celui issu de la viande, explique la scientifique. En ayant recours à des méthodes chimiques, cela nous permet d'avoir des informations sur la composition moléculaire des résidus."

Mais, et c'est une première, elle a cette fois-ci pu déterminer un changement climatique à partir des graisses animales : "la composition de la pluie est très liée au climat". "Si c'est un climat aride ou si c'est un climat très humide, on aura une pluie dont la composition diffère. La pluie est incorporée par les plantes, qui sont mangées par les herbivores qui étaient ensuite eux-même consommés par les êtres humains."

Une méthode de datation potentiellement plus précise

Si aujourd'hui les différentes époques climatiques sont bien connues grâce à l'analyse de carottes glacières ou des sédiments océaniques, "il y a très peu de méthodes qui permettent d'avoir accès au climat et notamment à la précipitation dans un lieu où les personnes vivent".

Sur ce site archéologique, l'équipe de recherche a ainsi détecté un changement climatique qui est survenu il y a 8 200 ans, confirmant les informations tirées des carottes glaciaires du Groenland. Sa méthode va permettre d'étudier plus en détail les conditions et les modes d'agriculture liés aux changements climatiques. "On peut désormais dire, avec certitude, précise la chimiste, qu'à cet endroit là, il y a eu un changement climatique, alors que l'on se basait par le passé sur des études qui elles-mêmes s'appuyaient sur des échantillonnages qui avaient été prélevés à des centaines ou des milliers de kilomètres de zones habitées."

Cette nouvelle approche scientifique va pouvoir être répliquée sur de nombreux sites archéologiques, chacun d'entre eux étant susceptible, en fonction des résidus retrouvés, de livrer des informations précises sur le climat correspondant à leur époque.

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