Lancé en grandes pompes en juin 2017 par le président Macron, le programme "Make our planet great again" a permis d'attirer une quarantaine de chercheurs américains. L'attrait de la France semble limité.

Après la décision de Donald Trump de se retirer de l'accord de Paris sur le climat, le président français Emmanuel Macron avait dégainé son "Make our planet great again"
Après la décision de Donald Trump de se retirer de l'accord de Paris sur le climat, le président français Emmanuel Macron avait dégainé son "Make our planet great again" © AFP / PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

La France est-elle un Eldorado pour les chercheurs du monde entier, désireux de travailler sur le changement climatique ? Après la décision de Donald Trump de se retirer de l'accord de Paris sur le climat, le président français Emmanuel Macron avait dégainé son "Make our planet great again". Et un plan à 30 millions, devenu par la suite un plan à 60 millions, pour faire venir, en trois vagues, les chercheurs américains en France.

Seulement 12 candidats retenus pour la troisième vague

20 mois plus tard, on peut dresser un bilan de l'opération. Les deux premières vagues avaient permis d'attirer 18 puis 14 chercheurs (mais l'un d'eux a renoncé) et la troisième vague 12 chercheurs (sur 85 candidats). Au total, l'opération a permis de faire venir 43 chercheuses et chercheurs des États-Unis.

L'attrait a donc considérablement baissé même si Frédérique Vidal souligne "la très grande qualité et la diversité des projets retenus" et que Yvan Lagadeuc, en charge du dossier à l'Agence nationale de la recherche juge que le projet est "une réussite". Comment expliquer cette situation ? À en juger par les témoignages recueillis, la situation américaine n'a pas conduit à un exode massif des scientifiques américains et surtout, le système français manque singulièrement d'agilité pour des grandes pointures de la science, habitués à moins de bureaucratie. 

De un à un millions et demi d'euros par projet

Au total, sur ces trois vagues, 60 millions d'euros ont été débloqués pour "Make our planet great again". Une manne si l'on songe aux crédits récurrents de certains laboratoires de recherche français. Suivant la durée des projets (de trois à cinq ans),  les scientifiques reçoivent de un à un millions et demi d'euros. La moitié est versée par l'Agence nationale pour la recherche, alimentée par le grand plan d'Investissement d'avenir, l'autre moitié par la structure accueillante c'est à dire les organismes de recherche type CNRS ou CEA, les université et les régions. 

L'utilisation de ce financement est laissé à la discrétion du chercheur qui peut donc recruter des post-doctorants et des doctorants et constituer ainsi sa propre équipe. Les plateformes techniques sont mises à disposition en cas de besoin. Pour les pouvoirs publics, cet effort financier est qualifié de considérable.

Le poids de la bureaucratie

Pour Lorie Hamelin, canadienne spécialisée dans la transition écologique et les économies bas carbone, cette flexibilité totale pour utiliser les fonds est très satisfaisante. "Il y a peu d'appels à projet pour bâtir sa propre recherche", explique t-elle. Elle se dit "plutôt satisfaite" car on lui a "donné les fonds promis et je reçois un très bon accueil grâce au label MOPGA". Auparavant en poste en Pologne, elle avoue avoir été attirée par l'ambition d'Emmanuel Macron, même si à l'arrivée son salaire a baissé des deux tiers. 

C'est l'une des surprises pour tous les étrangers : le système français - basé en grande partie sur des grilles de la fonction publique - ne permet pas d'accorder des salaires aussi élevés qu'aux États-Unis ou même ailleurs en Europe. Mus par l'intérêt scientifique, nombre de lauréats n'y ont pas prêté attention sauf l'un d'eux qui a d'ailleurs renoncé à venir. Parfois la surprise est de taille : Vincent Vadez pourtant français a eu quelques difficultés pour faire reconnaître par l'IRD son expérience acquise après notamment 13 ans passés en Inde au sein de l'ICRISAT, un organisme privé de recherche sur la résistance des plantes au stress hydrique. 

Émilie Capron, paléo-climatologue, lauréate du dernier appel d'offre est encore en poste à Copenhague. En postulant, elle n’a pas fait du salaire le principal critère. C’est "l’ambition du programme et  l’excellence du laboratoire" qu’elle va rejoindre qui l’ont convaincue. Elle compte cependant sur un niveau de vie moins élevé à Grenoble qu’à Copenhague pour "s’y retrouver".  Yvan Lagadeuc, de l'ANR, tempère les écarts de salaire en évoquant la gratuité de certains services publics français sont la couverture maladie et la scolarité des enfants. Lundi 18 mars, réuni avec une soixantaine d'autres intellectuels devant le président Emmanuel Macron, le prix Nobel de Physique Serge Haroche ne disait pas autre chose en soulignant "le manque d'attractivité des carrières scientifiques" quand après 10 ans d'études post-bac, un jeune chercheur gagne 1 fois 1/2 le SMIC.  

Pas de ruée américaine

Le plus difficile de l'avis général reste la lourdeur administrative française et l'absence de structure capable d'accompagner l'accueil d'étrangers. "Les débuts ont été très difficiles" raconte Barbara Ervens, spécialiste de modélisation des nuages, autrefois en poste à Boulder aux États-Unis au sein d'un laboratoire de la Noaa (National oceanic and atmospheric administration) et désormais à Clermont-Ferrand à l'Institut de chimie. "La bureaucratie est terrifiante" témoigne t-elle. Rien selon elle n'avait été préparé avant son arrivée. Pas de bureau, pas d'ordinateurs, pas d'explications sur les procédures à suivre.... Difficile de s'orienter, de savoir à quelle porte frapper. 

"Je n'ai jamais travaillé dans une université mais je peux dire que partout où j'ai travaillé, j'ai eu plus d'aide qu'ici"

Anne-Marie Delort, la directrice du laboratoire reconnaît elle aussi avoir sous-estimé les difficultés. "Nos disciplines sont finalement éloignées et on sent une difficulté à se comprendre, entre chimistes, biologistes et physiciens" dit-elle. Elle reste persuadée que sa venue permettra de faire avancer la recherche. "Elle a des compétences que nous n'avons pas ici". 

Si un quart de lauréats sont français et ravis de cette opportunité de rentrer dans l'hexagone, plusieurs chercheurs ont postulé parce qu'ils connaissaient l'équipe qui les accueille et parfois par l'attrait de Paris. C'est le cas de Louis Derry désormais installé depuis deux mois à l'Institut de physique du globe de Paris, francophone et francophile après plusieurs mois passés en allers/retours entre les États-Unis et la France. Il est spécialiste de la zone critique de la terre

Dans la dernière vague, on trouve seulement trois nord américains, huit européens et une japonais. Tous chercheurs. Aucune ONG, associations ou entrepreneurs alors que l'appel "à rejoindre la France pour mener la lutte contre le changement climatique" du président Emmanuel Macron leur était également destiné. Depuis l'an dernier, l'Allemagne a décidé de rejoindre l'appel. Elle a sélectionné 13 candidats.

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