Face à la pénurie, un consortium de 19 laboratoires du CNRS et du CEA a planché sur des pistes de recyclage des masques qu'utilisent les soignants. Parmi une pléiades de techniques, plusieurs sont prometteuses, avec une efficacité suffisante pour répondre aux normes.

Réception d'une commande de masques venus de Chine à Lyon
Réception d'une commande de masques venus de Chine à Lyon © AFP / Richard MOUILLAUD/PHOTOPQR/LE PROGRES

Ils ont travaillé en un temps record. En attendant qu'arrive le milliard de masques commandés par l'État et face aux difficultés rencontrées par les équipes soignantes, des chercheurs ont eu l'idée d'étudier la question du recyclage des masques FFP2 et des masques chirurgicaux.

Les premiers peuvent être portés 8 heures d'affilée maximum, les seconds 4 heures avant d'être systématiquement jetés. Deux semaines après avoir entamé les tests en laboratoire, ils sont en mesure de proposer un éventail de solutions. Ces masques "devaient être débarrassés de la charge virale et conserver un niveau de performance acceptable" explique Philippe Cinquin, professeur à l'Université Grenoble-Alpes.

C'est lui, également praticien hospitalier au CHU de Grenoble, qui a fédéré les équipes. On trouve dans le consortium du CNRS et du Commissariat à l'énergie atomique, des médecins, virologistes, hygiénistes, physiciens, ingénieurs des matériaux et industriels. 

Une palette de solutions prometteuses

Différentes techniques ont été testées : le traitement par la chaleur sèche, la chaleur humide (en autoclave), l'oxyde d'éthylène, connu pour ses propriétés biocides, l'irradiation. Des tests en laboratoire de confinement niveau P3 mais en conditions réelles, avec le virus Sars-Cov2. Suivant le modèle de masques, les techniques efficaces diffèrent.

Sur les FFP2, nous avons testé "la chaleur sèche qui a montré qu'on conservait la performance du masque et qu'elle était virocide si on expose suffisamment longtemps l'oxyde d'éthylène connu pour ses propriétés bactéricides et virocides et l'irradiation beta et gamma" explique Philippe Cinquin. L'irradiation n'a pas fonctionné. En revanche pour les masques chirurgicaux, elle est efficace pour tuer virus et bactéries. Pour ces masques que les soignants consomment en grande quantité, la stérilisation au gaz d'oxyde d'éthylène est efficace également, comme la chaleur humide. "Cela consiste à mettre les masques dans un autoclave, une sorte de cocotte-minute à 121° pendant 20 minutes" précise Olivier Terrier chercheur au CNRS et virologue au Centre International en infectiologie de Lyon.

"Nous avons même pu montrer que le lavage en machine à 95° avec un détergeant" fonctionne, ajoute Philippe Cinquin. Les tests ont montré une performance diminuée de 2 à 4%. La réglementation européenne tolère 98% d'efficacité, contre 95% pour la réglementation chinoise. Autant dire qu'une fois traités, ces masques pourraient sans difficulté rivaliser avec les produits commandés en urgence en Chine et attendus avec impatience.

Recyclage collectif ou individuel ?

Ce recyclage sera t-il collectif ou individuel ? "On peut imaginer que les soignants aient localement une étuve à disposition, potentiellement un autoclave" précise Philippe Cinquin, pour qui il est aussi envisageable de monter une filière industrielle. Les masques FFP2 seraient alors collectés, traités puis remis aux soignants.

Bien que très avancées et très prometteuses, ces pistes n'ont pas encore obtenu de validation de la part des autorités. Les chercheurs souhaitent peaufiner leurs résultats avant de déposer leur dossier à l'ANSM. Même en travaillant dans l'urgence, ils veulent garantir que ces masques présenteront le même niveau de sécurité pour ceux qui les porteront.

Mais le temps presse. Ailleurs, aux États-Unis notamment, on voit fleurir d'autres solutions. Le peroxyde d'hydrogène, en phase vapeur, permet notamment de traiter de très grandes quantités de masques à la fois. Des industriels de Rhône-Alpes testent aussi les UVC ou l'ozone ; Air Liquide, l'hydrogène. À Bordeaux, des chercheurs du CNRS vont tester prochainement le CO2 supercritique.

Utile aussi pour les pays émergents

Pourtant Olivier Terrier insiste : "Le  recyclage n'a pas pour vocation de remplacer les commandes de masques neufs. Il est là pour proposer une solution de repli en cas de difficultés d'approvisionnements". Pour Philippe Cinquin, pour des pays en voie de développement, ces pistes pourraient s'avérer indispensables pour augmenter la protection des équipes de santé 

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