Le blob, ni animal, ni végétal, ni champignon fait son entrée au Parc zoologique de Paris, une première mondiale. Apparu sur Terre il y a au moins 500 millions d'années, cet être vivant se suffit de flocons d'avoine pour doubler de taille tous les jours. Il défie les lois de la biologie.

Le "blob" a 500 millions d'années et n'est ni un animal, ni un végétal, ni un champignon.
Le "blob" a 500 millions d'années et n'est ni un animal, ni un végétal, ni un champignon. © MNHN F-G G. Randin

À côté des terrariums dédiés aux tortues, un nouvel espace accueille depuis ce matin un être vivant pour le moins étrange. Il faut y regarder à deux fois pour voir ce "truc" jaune étrange, qui ressemble à une feuille de choux, avec ses nervures qui s'étaleraient façon tache d'huile. À raison d'un à quatre centimètres par heure, physarum polycephalum, communément appelé le "blob", rampe et grandit si les conditions sont propices : suffisamment d'humidité, peu de lumière et un aliment, en l’occurrence des flocons d'avoine et des champignons

Confié... aux jardiniers

C'est à trois jardiniers et non aux soigneurs que le Parc zoologique de Paris a confié ces nouveaux être vivants. Dans une salle de "blobiculture", Rudy Guillaume, le responsable adjoint des espaces verts, et Frédéric Geoffriau, jardinier, le font pousser sur une simple feuille buvard dans une boîte de Petri - une petite boîte cylindrique transparente peu profonde utilisée dans les laboratoires - remplie de flocons d'avoine. "C'est comme jouer à 1.2.3 soleil avec les enfants", raconte Rudy Guillaume. "Vous les quittez le soir et le lendemain, ils ont doublé de taille pour occuper toute la boîte". 

Le "blob" a besoin d'obscurité, d'un milieu humide comme le sous-bois et de nourriture. Au parc zoologique, il mange aussi des champignons.  De quoi rendre perplexe tant il ressemble lui même à un réseau de radicelles qu'on trouverait sous terre. Sauf que le "blob s'étale". Il ne croit pas en hauteur. 

Capable d'intelligence et de mémoire 

Cet organisme unicellulaire défie les lois de la biologie. Son comportement, analysé sous toutes les coutures par Audrey Dussutour, éthologue au CNRS depuis près de 10 ans, ne cesse d'étonner. Le blob est capable d'intelligence et de mémoire. Il sait retenir le chemin le plus court dans un labyrinthe. Le sel ne lui convient pas : il s'en détourne. Mais si, pour trouver sa nourriture, il doit surmonter le sel, alors, il le fait et de plus en plus rapidement ayant "compris" que cela ne le tuait pas. Si par hasard, il rencontre un autre "blob" et fusionne avec lui, il va lui transmettre ce savoir. Pourtant, il est dépourvu de cerveau !

Le "blob" peut pousser sur une simple feuille buvard, dans une boîte de Petri remplie de flocons d'avoine
Le "blob" peut pousser sur une simple feuille buvard, dans une boîte de Petri remplie de flocons d'avoine / MNHN F-G G. Randin
À raison d'un à quatre centimètres par heure, physarum polycephalum, communément appelé le "blob", rampe et grandit si les conditions sont propices.
À raison d'un à quatre centimètres par heure, physarum polycephalum, communément appelé le "blob", rampe et grandit si les conditions sont propices. / MNHN F-G G. Randin

Le blob a aussi une personnalité, attestée suivant les espèces. Le "blob" japonais serait plus prompt à trouver sa nourriture que l'américain mais en situation de compétition, moins agressif. À entendre Bruno David, le président du Muséum national d'histoire naturelle, en parler, on s'étonne d'une forme d'anthropomorphisme : "Ces différences de comportements ont été testées en laboratoire par la scientifique. Ce qui est fascinant, c'est l'inventivité de cet être vivant et de constater combien la vie a été inventive au cours de l'évolution". 

Le "blob" serait sur terre depuis au moins 500 millions d'années.S'il n'a pas envahi nos écosystèmes (c'était pourtant le scénario de Chuck Russel dans Blob, film américain sorti en 1988), c'est qu'il lui arrive de se rétracter et d'entrer d'une certaine façon en hibernation. Parfois des centaines d'années. Des conditions favorables comme de l'humidité suffisent alors à le "ressusciter" explique Bruno David.

Connu depuis le XIXe siècle, il a intéressé les chercheurs américains, japonais et australien. La jeune française Audrey Dussutour est surement celle qu'il a le plus fascinée. Elle a mené de nombreuses expériences pour mieux comprendre les mécanismes de vie de cet être à part dans l'arbre du vivant. Au point d'en faire la nouvelle vedette du parc zoologique de Paris et d'écrire un livre sur le sujet.

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