Les nouvelles techniques de modification génétique : des OGM ? Le Haut Conseil des biotechnologies a rendu son rapport début 2016, et depuis plusieurs membres et associations ont démissionné dénonçant notamment "des mensonges au plus haut niveau".

Pour en parler, Yves Bertheau, directeur de recherche à l’INRA et au Muséum National d’Histoire Naturelle qui fait partie de ces voix dissidentes, et Lorène Lavocat, journaliste à reporterre.net sont les invités de la Une de la Science.

Nouveaux OGM : le rapport qui divise
Nouveaux OGM : le rapport qui divise © MaxPPP / Milena Boniek

Qu’est-ce qui se joue en ce moment au sujet des nouveaux OGM ?

LL : Les Nouvelles Techniques de modification génétique (NBT) sont-elles des OGM ? Telle est la question qui fait trembler le HCB (Haut Conseil des biotechnologies).

Ces nouvelles techniques touchent à l’édition du génome : il s’agit de couper l’ADN avec des enzymes pour modifier un gène ou le supprimer. Ce qui pourrait au niveau de l'agriculture, par exemple, rendre un blé plus résistant à un champignon ou un maïs tolérant à un herbicide. Ces techniques faciles à utiliser et peu chères sont donc en plein boom, mais pour l’instant elles n’ont aucun statut juridique. La bataille se joue donc entre les firmes de l’agrochimie et les associations de défense de l'environnement et des petits pays.

Si ces NBT sont des OGM comme les autres, elles doivent faire l’objet de contrôles, d’évaluations, de traçabilité, ce que les industriels ne veulent pas. Le gouvernement français a donc fait appel au HCB* pour trancher.

Yves Bertheau, pourquoi avez-vous quitté cette instance ?

A la fois parce qu’il y a eu un détournement de procédure : une note d’un groupe de travail devait simplement être discutée, elle s’est transformée sans prévenir en un avis au gouvernement. Et deuxièmement parce que la qualité scientifique de cette note est très très mauvaise. Enfin parce que les fiches techniques n’avaient même pas été validées par le Conseil scientifique, mais par le bureau du HCB (des juriste et sociologue).

Tous ces manques, ces oublis m’ont convaincus au vu du biais d’information induit de partir car je n’avais pas la possibilité d’émettre une position divergente, ceci en l’absence d’instance de concertation indépendante ou de possibilité de faire appel au médiateur de la république.

D’un point de vue purement scientifique qu’est-ce qui change avec ces “nouveaux OGM” ?

YB : Je désapprouve dans un premier temps ce terme de nouveaux OGM pour les NBT.

Dans ces NBT se trouvent à la fois des techniques d’édition du génome et des techniques anciennes comme les greffes, mais entre OGM et non OGM, pour lesquelles les transferts de microARN entre parties de plante ne sont pas prises en compte. Ces transferts peuvent induire des épimutations, des mutations sensibles à l’environnement et qui peuvent revenir à l’état premier.

Pourquoi la question du nom est-elle importante ?

LL : Pour les associations de défense de l’environnement, c’est un OGM caché. Or là, le NBT en résulte pas d’une transgénèse à proprement parlé : on ne va pas chercher un gène étranger pour l’introduire dans une plante. Mais finalement les résultats sont les mêmes : une plante modifiée par exemple pour résister à des pesticides.

Est-ce qu’au final le problème n’est pas simplement législatif ?

LL : L'appellation OGM englobe effectivement un certain nombre de règles. Mais cette réglementation est un peu imparfaite, car une annexe à cette directive européenne exclut certaines techniques de l’évaluation, du contrôle et de la traçabilité. Et donc l’enjeu est de savoir si oui ou non ces nouvelles techniques de modifications génétiques vont tomber dans cette annexe..

Qu’est-ce qui vous gêne le plus Yves Bertheau ?

YB : Beaucoup de choses ont été omises, on a sur-simplifié le problème. On a oublié les techniques connexes comme par exemple la vectorisation. Imaginez que les (grosses) protéines et les morceaux d’ADN que l’on doit faire rentrer jusqu’au noyau des cellules le soient en faisant rentrer un bulldozer dans votre maison pour faire de la dentelle dans votre cuisine.

En sus quelques mensonges classiques médiatiques du style “on va travailler sur toutes les plantes” alors qu’en fait on a besoin de régénérer les plantes, et qu’au final cela ne changera rien par rapport aux espèces de plantes obtenues après transgénèse.

La façon de présenter ce rapport me gêne aussi : se focaliser uniquement sur une partie, la mutation ponctuelle, alors qu’il y a plein d’effets non intentionnels. Et les gouvernements ont évacué la traçabilité très rapidement parce qu’ils ne veulent pas en entendre parler, et ce sans avoir fait appel aux spécialistes, comme le réseau européen ENGL qui a développé la traçabilité des OGM inconnus.

Pour conclure ?

LL : Ce rapport est tout de même important parce que le gouvernement français doit s’en servir de base pour qu’il élabore sa position sur ces nouvelles techniques de modification génétique. Et ensuite cette décision aura un impact au niveau européen car Bruxelles n’a pas encore statué sur ces nouvelles techniques de modifications génétiques.

►►► ALLER PLUS LOIN :

• Les OGM cachés tentent de s'imposer en douce

• (re)écouter l'émission La Tête au carré dans son intégralité

* le HCB est une instance qui regroupe des scientifiques et des acteurs de la société civile et qui a publié un avis sur la question début 2016.

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