Le nouveau magazine d'actualité scientifique "Epsiloon", fondé dans l'urgence par une douzaine d'anciens de Science & Vie et envoyé aux abonnés depuis lundi, sort en kiosques ce mercredi. Nous avons feuilleté ce petit nouveau, au premier numéro très prometteur.

Nous avons feuilleté le premier numéro d'Epsiloon, magazine d'actualité scientifique.
Nous avons feuilleté le premier numéro d'Epsiloon, magazine d'actualité scientifique. © Capture d'écran

C'est un pari un peu fou, en 2021. Lancer un nouveau magazine, qui plus est d'actualité scientifique, alors que la presse papier ne se porte pas très bien. Mais qu'à cela ne tienne, la petite équipe de douze journalistes n'a pas hésité à se lancer dans l'aventure "Epsiloon" (référence à la lettre grecque et au symbole mathématique, qui désigne à la fois l'infini, le le tout petit et l'immensément grand). Tous ont quitté l'historique "Science & Vie" il y a à peine quelques semaines à cause de désaccords éditoriaux avec le nouveau propriétaire du journal, le groupe Reworld Media, ont décroché 24.000 abonnements à travers une campagne de pré-lancement via Ulule (la plus grande de l'histoire de la plateforme) et sortent donc un premier numéro d'une centaine de pages que nous avons pu feuilleter. 

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La parole scientifique mise en avant 

Dans Epsiloon, dont la direction a mis en place une charte et un comité d'indépendance éditoriale pour se prémunir des déboires connus à Science & Vie, place à l'actualité scientifique, aux enquêtes, mais pas aux opinions. "On ne va pas aller dire au lecteur ce qu'il faut penser", confiait dimanche au JDD l'un des rédacteurs en chef Hervé Poirier. "Et on ne s'adresse pas seulement aux passionnés d'astronomie", confirmait sa consœur, Mathilde Fontez, elle aussi rédactrice en chef. 

Ingénieurs, généticiens, physiciens, statisticiens, paléontologues, planétologues, épidémiologiques : page 98, on trouve d'ailleurs la liste des 89 scientifiques du "monde entier" qui ont été interrogés pour élaborer le magazine. Des "histoires de science" nourrissent donc ce premier numéro, comme un long dossier sur le "secret" du triomphe des génétiques des arbres (ils sont trois milliards sur Terre et 60 000 espèces différentes). Ou la "crise d'ado", point commun que nous partageons donc visiblement avec tous les vertébrés, chiens, souris ou chimpanzés. 

Enfin, et c'est une info dont on n'avait pas entendu parler avant, une enquête qui fait la "une" de ce numéro 1 sur cet objectif chinois : déclencher des pluies artificielles, grâce à des avions, des roquettes et des fusées. "Manipuler la météo", un moyen de faire face aux sécheresses (mais aussi nettoyer l'air pollué, produire de l'énergie, refroidir l'atmosphère, protéger des cultures ou éteindre des incendies, favoriser le tourisme) qui pourrait se développer bien au-delà de l'empire du milieu dans les prochaines années. Fascinant autant qu'inquiétant. On parle aussi de physique quantique, de l'actualité spatiale (Jupiter, Mars, mais pas un mot sur Thomas Pesquet) et deux discrètes pages sur le Covid-19 (pourra-t-on s'en débarrasser ?). 

Les infographies éclairent les sujets 

Mention spéciale pour les efforts réalisés autour des infographies et cartographies, qui occupent plusieurs pages de ce premier numéro. Un bon moyen d'expliquer des sujets compliqués. Comme sur la 5G, par exemple, à laquelle Epsiloon consacre une double page "Labyrinthe" qui met tous les éléments sur la table : son utilité, son impact sur l'environnement ou sur la santé et les divers problèmes constatés. De la génétique des arbres (voir plus haut) à celle des humains : une carte "raconte l'histoire de France" et les différences constatées d'une région à l'autre, "corrélées à la géographie". Le résultat de dix ans de travaux, révélés dans ce nouveau magazine.

Dans une double page très claire, Epsiloon explique le pourquoi du comment de la 5G.
Dans une double page très claire, Epsiloon explique le pourquoi du comment de la 5G. © Radio France / X. D.

Ces "petites infos" qui nous attirent

Rien de péjoratif derrières ces "petites infos" auxquelles Epsiloon consacre plusieurs pages à des brèves à travers son "fil d'actus", résumé des dernières semaines d'actualité scientifique. On aime aussi beaucoup les pages "Pop science" qui balaient des sujets (peut-être) un peu plus légers. On y parle, pèle mêle, de l'effet "quantique" de l'alcool, de la température à laquelle la glace est la plus glissante (spoiler: -8°C), de là où voir les plus beaux arcs-en-ciel ou de maisons "imprimées" en terre crue.  

Graphisme clair et épuré, la pub tenue éloignée 

Côté maquette, Epsiloon brille par sa maquette moderne, simple et épurée mais surtout très colorée. Les formats varient, longues enquêtes et articles courts. Pas déroutés en fait, parce qu'on y retrouve les codes de la presse magazine actuelle, façon Society ou Néon. Part belle est aussi faite aux images pleines pages ou aux photographies, toujours impressionnantes pour les néophytes, par exemple d'or²ganismes observés au microscope. 

Le groupe Unique Heritage Media, éditeur du magazine, a investi un million d'euros. Et tient (pour le moment) en partie la publicité éloignée : le titre est financé à 93% par ses lecteurs, qui peuvent acheter le premier numéro, depuis ce mercredi, dans les kiosques au prix de 4,90 euros. Dans les faits, c'est confirmé : seules quelques rares et discrètes pages de publicité ponctuent les 100 pages du magazine.