Comment les statues Moaï, célèbres dans le monde entier, sont-elles arrivées à leur emplacement actuel, et surtout, comment ont-elles pu être coiffées de chapeaux aussi lourds qu'elles ? Une équipe de chercheurs pense avoir trouvé la solution : une quinzaine de personnes aurait suffi à les déplacer.

Les statues de l'île de Pâques
Les statues de l'île de Pâques © AFP / Jean-Claude Malausa / Biosphoto

C'est l'un des mystères les plus fascinants de l'histoire, et l'un de ceux qui ont suscité le plus de théories et de fantasmes : les statues de l'île de Pâques, au large du Chili, dans l'océan Pacifique. Depuis des années, passionnés comme chercheurs tentent de savoir comment les peuples qui ont vécu sur cette île avant sa découverte par des navigateurs hollandais en 1722 ont pu construire ces statues monumentales

L'autre mystère, c'est celui des chapeaux d'une partie de ces statues, celles qui sont placées sur des "terrasses sacrées" surélevées : de grands blocs de tuff de couleur différente, pesant jusqu'à 12 tonnes et perchés sur la tête des statues. Une solution semble désormais se profiler, défendue par des chercheurs de quatre universités américaines : dans une étude, publiée dans le Journal of Archaeological Science, ils posent le modèle d'un système permettant à une quinzaine de personnes, pas plus, de déplacer ces blocs de plusieurs tonnes à l'aide de rampes et de treuils, alors qu'il n'avaient ni grue, ni techniques sophistiquées. 

Une rampe d'accès

Une solution économe en efforts, élégante et efficace : c'est la thèse de cette équipe de chercheurs. Selon elle, ces chapeaux, des cylindres de tuff rouge, n'ont pas été montés sur les statues Moaï avant qu'elles soient redressées : ils ont été ajoutés après coup. Pour cela, les anciens habitants de l'île ont d'abord construit une rampe d'accès au sommet de la statue, d'une longueur de 45 mètres, en pierre et en pavés.

La rampe montait progressivement jusqu'au sommet du Moaï déjà érigé à 8 ou 10 mètres de hauteur, et se retrouvait donc quasiment enterré. Ensuite, avec des cordes, il suffisait d'une quinzaine d'hommes pour rouler le Pukao (le chapeau) jusqu'au sommet et le positionner. La taille du bloc était ensuite fignolée au sommet, comme en attestent des scories retrouvées au pied des statues. Ne restait qu'à retirer la rampe, et la statue et son chapeau se dressaient, majestueux. 

Image extraite de la publication scientifique
Image extraite de la publication scientifique / Capture d'écran

Des mystères qui persistent

En 2011, des chercheurs avaient déjà avancé sur la question du déplacement des statues en elles-mêmes, expliquant que les blocs de tuff avaient très certainement été déplacés depuis les carrières volcaniques jusqu'à leur emplacement final en étant lentement déplacées sur le sol, à la manière d'un réfrigérateur que l'on veut faire bouger, avant d'être finalement taillées.

Reste une controverse scientifique sur ce qu'il est advenu des habitants de cette île, qui ont sculpté et érigé ces statues entre le 13eet le 18esiècle : ont-ils utilisé toutes les ressources de l'île jusqu'à épuisement, la déforestation étant responsable de leur disparition, ou bien faut-il chercher ailleurs, dans l'arrivée des colons par exemple, la réponse à l'un des plus grands mystères archéologiques de tous les temps ? Pour ces chercheurs, la thèse du "suicide écologique" ne tient pas la route. 

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