L’astronaute français vient de l'officialiser : quatre ans après sa première mission, il sera de retour dans l'ISS en mars 2021. Thomas Pesquet fera cette fois-ci le voyage depuis Cap Canaveral avec la navette de Space X, Crew Dragon.

Thomas Pesquet lors d'un entraînement au laboratoire de flottabilité neutre de la NASA à Houston
Thomas Pesquet lors d'un entraînement au laboratoire de flottabilité neutre de la NASA à Houston © NASA–Bill Stafford

Thomas Pesquet partira en mars prochain pour une deuxième mission dans la station spatiale internationale. Le décollage de la mission Alpha est prévu le 30 mars et durera 6 mois comme la précédente. Une des différences, c'est le mode de transport : au revoir Soyouz et Baïkonour, l'astronaute français fera cette fois-ci le voyage de Cap Canaveral avec la navette Crew Dragon. Il sera le premier astronaute européen à voyager à bord de la navette de SpaceX.

FRANCE INTER : Vous repartez dans l’ISS en mars prochain. Quelle sera la différence, quatre ans après votre première mission ?

THOMAS PESQUET : "C'est un peu la suite de la première. Il faut savoir que les missions à bord de la station spatiale se succèdent. On relève les équipages, la destination est toujours la station spatiale internationale. On ne va pas encore sur la Lune, même si on ira dans quelques années !

Une des différences, c'est le moyen d'accès. Cette mission sera au décollage de Cap Canaveral avec une capsule Crew Dragon construite par SpaceX. C'est le retour des décollages et des vols habités côté américain [NDLR : ils avaient été abandonnés en 2011, avant de reprendre en mai dernier]. C'est un peu un retour historique important. Mine de rien, même si cela dure assez peu de temps (un jour ou deux à l'aller et quelques heures pour le retour), pour nous les équipages, c'est la phase où le danger est le plus important. C'est la phase qui demande vraiment d'être au point et de pouvoir réagir immédiatement sans l'aide du centre de contrôle. Donc, on passe énormément de temps d'entraînement.

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Je suis super enthousiaste parce que évidemment, c'est un plus pour moi. Tous les astronautes ont toujours envie de faire des choses nouvelles. Moi, j'ai la chance de voler une fois en Soyouz et de voler sur le Crew dragon de SpaceX."

C’est compliqué de passer de Soyouz à Crew Dragon ? 

"Crew Dragon est un véhicule super moderne par rapport aux Soyouz. Les navettes russes ont une fiabilité incroyable et c’est grâce à elles que l’on a vraiment maintenu à flot le programme de la station spatiale pendant 10 ans. Si on avait eu un problème avec le Soyouz, ça aurait été assez catastrophique pour le programme. Mais c'est une conception un peu plus ancienne, voire assez largement ancienne. Là, c'est vraiment un véhicule des années 2010, pour ne pas dire 2020. L'interface avec l'équipage, ce sont des grands écrans plats, ce qui est un peu déroutant au début. Quand on a une expérience de pilote, on a souvent envie d'avoir des contrôles manuels, physiques, un joystick. C’est ce qu’on a dans Soyouz, mais là, pas du tout. Là, tout est contrôlé à partir d'un écran. Tout est nouveau. Et puis, on utilise vraiment les technologies de 2020 pour simplifier les choses, pour les rendre plus efficaces.

Space X est devenu un acteur incontournable en quelques années, donc ils ont une méthode de travail, un enthousiasme et une rapidité qui sont assez rafraîchissants. Tout va très vite, les gens sont très jeunes. On pose une question, on a la réponse une heure après. Il y a ce côté vraiment enthousiasmant, où l’on construit les choses de zéro. Et puis on est dans les premiers équipages à décoller, quand même ! Je serai le premier Européen, ce sera le troisième lancement de ce véhicule. On participe quelque part un peu à l'élaboration du système, alors que le Soyouz était quelque chose de très établi depuis beaucoup d'années donc on ne pouvait pas tellement dévier. Là, on se sent peut-être plus impliqué dans l'aventure et c'est enthousiasmant."

Qui vous accompagnera dans cette nouvelle mission ?

"Une des caractéristiques des nouveaux vaisseaux, c'est que l'on va décoller à quatre, contrairement aux Soyouz, que j'ai eu la chance d'emprunter depuis Baïkonour, où on était trois. A bord, il y aura Robert Shane Kimbrough, qui avait été mon partenaire pour les deux premières sorties extra-véhiculaires [NDLR : lors de sa première mission sur l’ISS]. Donc on repart ensemble, c'est un binôme qui marche bien. Il y aura également Mégane Behnken, qui est la femme de Bob Behnken, en ce moment à bord de la station, et qui a fait le premier vol de test de la capsule Crew Dragon. Son épouse est également astronaute à la NASA. Et puis Akihiko Hoshide, de l'agence spatiale japonaise, et moi. Un équipage de quatre personnes plutôt expérimentées et avec qui il est facile de travailler, donc j'ai de la chance."

Une des différences aussi c’est que ce ne sera plus une première pour vous, est-ce que cela modifie votre préparation ?

"Cela change pas mal de choses. Je ne dirais pas qu’il y a moins d’excitation. La première fois, quand on va dans l'espace, on a des étoiles dans les yeux, alors on ne peut pas être émerveillé tout le temps, évidemment, parce que sinon on ne fait pas du bon boulot. Mais il y a quand même ce côté rêve d'enfant qui se réalise. Là, mon rêve d'enfant, il s'est réalisé la première fois donc je suis évidemment extrêmement content, enthousiaste d'y retourner mais ce n'est pas la même disposition. La deuxième fois, j'ai tendance à plus répartir mon effort en terme d'entraînement.

La première fois, on veut tout savoir par cœur. On veut absolument être au point. Et surtout, on ne fait pas vraiment pas de priorité entre ce qui est important et ce qui l'est moins. La deuxième fois, par contre, je sais qu'il y a des choses qui ne me serviront pas, parce qu'on a toujours le temps de demander au centre de contrôle, donc pourquoi donner trop de priorité à ces choses-là ? Je sais, d'un autre côté, qu’il y a peut-être des choses qui m'ont manqué la première fois, que j'aurais souhaité avoir un peu plus peaufinées avant de partir, donc je vais avoir cette approche un peu différente.

Et puis, on sent bien que pendant l'entraînement, cette fois-ci, on apprend autant que l'on partage, même avec les instructeurs, parce que j’ai déjà passé six mois dans la station. À l'approche de la première mission, je recevais, je recevais, je recevais. Cette fois ci, j'ai tendance à dire "oui, mais nous, on avait l'habitude de faire comme ça dans la station". C'est une discussion qui s’installe et c’est comme ça que cela bénéficie, j'espère, aux plus jeunes et à la génération suivante."

Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur les recherches que vous allez mener à bord de l’ISS ? 

"On est à 9 ou 10 mois du décollage, donc on n'a pas un programme complètement finalisé. Il y a des expériences qui, de toute façon, ne sont pas spécialement préparées pour moi, elles sont organisées à bord de la station et c'est la personne qui est là, à ce moment-là, qui les réalise. Et puis, d'un autre côté, il y en a certaines qui vont être plus, côté français et côté CNES (Centre national d'études spatiales), préparées spécifiquement pour moi. Je sais qu'il y a des expériences d'intelligence artificielle dont le but est de nous aider à bord de la station pour organiser nos tâches. Il y a également une expérience qui étudiera le vieillissement de mini-cerveaux.  Il s’agit de cultures de cellules souches de cerveau humain qui représentent, de manière très simplifiée, évidemment, des mini-cerveaux. On sait qu’une mission dans l’ISS équivaut à peu près à un vieillissement de 10 ans. Un vieillissement réversible pour nous, astronautes, heureusement. Mais on va étudier ce phénomène sur des cellules souches, c'est porteur de plein d'applications pour les thérapies du cerveau.

On a aussi pas mal d'expériences de cristallisation de protéines. En fait, synthétiser des cristaux de protéines au sol n'est pas facile, parce qu’elles s'écroule un peu sous leur propre poids. Le faire dans l'ISS, cela permet d'accéder un peu plus finement aux propriétés intrinsèques de ces cristaux-là. Et puis ensuite, ça apprend en laboratoire, par exemple, à produire des médicaments. Je sais que lors de ma première mission, le Pembrolizumab, un médicament utilisé dans le traitement contre le cancer, a été amélioré par la production de cristaux de protéines à bord de l’ISS. Il y aura évidemment un volet éducation aussi. On essaie de parler aux plus jeunes afin de les attirer vers les carrières scientifiques et technologiques parce que c'est important."

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