L’image de la fourmilière harmonieuse où chacune vaque courageusement à ses occupations en prend un coup. Selon la biologiste Cléo Bertelsmeier, il y aurait, parmi les fourmis, de véritables fainéantes, et les relations au sein de la communauté ne seraient pas toujours pacifistes. Loin de là...

Fourmi en très gros plan
Fourmi en très gros plan © Getty / Rui Santos / 500px

Cléo Bertelsmeier est l’autrice du livre Les Guerres secrètes des fourmis : sexe, meurtres et invasions territoriales (Editions Fabre) qui recense les dernières découvertes de la science sur ces insectes. Elle a répondu aux questions de Daniel Fiévet dans l’émission, Grand Bien vous fasse.

Les fourmis, de qui parle-t-on ? 

C'est méconnu, mais les chercheurs ont répertorié plus de 16 000 espèces de fourmis. Il en existerait probablement bien plus, qu'on ne connaît pas encore. Leur point commun ? Elles vivent toutes en collectivité, dans des colonies qui comptent de quatre individus à 20 millions d’individus, selon les espèces. Et, pour ces insectes, la vie en société peut s'avérer particulièrement mouvementée.

Les fourmis, ces fainéantes !

Cléo Bertelsmeier : "La fourmi travailleuse est un mythe. 

En marquant individuellement les fourmis, on a découvert qu'un tiers, voire la moitié des ouvrières d'une colonie, ne font absolument rien !

On imaginait que c'était impossible. Souvent, dans la Nature, tout est optimisé, et produire une ouvrière a un coût ! Les chercheurs ont cherché à mettre les paresseuses au travail. Ils ont détruit leur nid. Et certaines d'entre elles ne se sont pas du tout activées."

Game of Thrones dans la foumilière

Cléo Bertelsmeier : "Parfois, dans certaines espèces, comme chez la fourmi sauteuse, il arrive que les ouvrières se disputent le trône de la reine. Elles vont s'allier et dès que la monarque montre des signes de faiblesse, elles vont l’occire pour régner. Chez cet insecte, cela revient à prendre des œufs. Puis ce nouveau groupe d'oligarques va vieillir et sera à son tour remplacé par d'autres fourmis."

Une guerre sans merci entre colonies qui fait intervenir des fourmis kamikazes et... du vomi

Cléo Bertelsmeier : "Pour protéger leur territoire, les colonies de fourmis ont, à leur disposition, un arsenal d'armes et de techniques. Elles peuvent utiliser des jets d'acide, mordre ou découper leur adversaire en morceaux... Certaines, dotées d'un dard, peuvent piquer. 

On a découvert, cette année, des fourmis kamikazes : elles se rendent au milieu de leurs attaquantes et se font exploser.

Ces fourmis organisent des attentats-suicides en contractant leur abdomen. Ce qui a pour effet de libérer une substance toxique située dans des pochettes autour de leur ventre.

Comme c'est une perte pour la colonie de voir certaines de ses habitantes aller se faire exploser, certaines d'entre elles tentent d'abord de dissuader leur adversaire en leur vomissant dessus un produit malodorant et engluant."

La colonisation ou parasitisme social

Cléo Bertelsmeier : "Quand la reine veut fonder une colonie, elle doit élever la première fournée de fourmis. Si elle n'a pas l'instinct maternel, elle va préférer se rendre dans une autre colonie, tuer la reine locale et se faire passer pour elle.  Elle va alors se servir des ouvrières pour élever ses bébés.

Parfois, la reine met au monde des ouvrières incapables de s'occuper des petites et qui ont besoin en permanence d'aide maternelle... pour cela, elles vont piller d'autres colonies ! Elles vont en ramener de jeunes ouvrières qu'elles vont réduire en esclavage."

Certaines fourmis sont capables de diplomatie

Cléo Bertelsmeier : "On imagine toujours que règne, dans la Nature, la loi du plus fort.  Or, il existe chez les fourmis des contre-exemples. Comme les conflits leur "coûtent" cher, certaines vont chercher à apaiser les relations. Elles vont faire des offrandes de nourriture à l'adversaire. Les fourmis charpentières vont faire un "bisou" humide. Ce bouche à bouche va transférer la nourriture, ce qui a comme effet immédiat d'apaiser l'autre."

Fourmis
Fourmis © Getty / Artur R. Mazurek / EyeEm
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