Avant un Tour du monde bouclé, une découverte de Pôles ou d’îles, il y a de multiples tentatives infructueuses. Coups de projecteurs sur des aventuriers qui ont perdu : de Percy Fawcett dont on perd la trace dans la forêt amazonienne à Guillaume Le Gentil qui ruine sa vie pour observer en vain un phénomène céleste.

Quand les expéditions au bout du monde tournent au fiasco
Quand les expéditions au bout du monde tournent au fiasco © Getty / Kouichi Chiba

Avec Bruno Leandri, auteur des Ratés de l’aventure (Editions du trésor) qui recense quelques mésaventures ou fiascos. Il était l’invité de Daniel Fiévet pour l’émission Le Temps d’un bivouac. 

Si un aventurier, c’est un type qui n’est heureux que lorsqu’il nage dans les emmerdements alors d’accord, j’en suis un parce que les emmerdements… Dès qu’il y en a quelque part, je ne peux pas résister, je plonge.                                
(Jean-Paul Belmondo dans le film L'As des as)

Guillaume Le Gentil : une vie à attendre

C’est le recordman du malchanceux des aventuriers scientifiques. Nous sommes au XVIIIe siècle. Guillaume Le Gentil s’apprête à partir pour l’Inde. Il s’intéresse au Transit de Vénus : c’est le passage de la planète Venus devant le soleil. Quand on arrive à l’observer, on en tire d’intéressantes conclusions pour les astronomes. Or Venus a une étrange trajectoire. Elle passe une fois, puis huit ans plus tard. Puis ensuite, il faut attendre 120 ans. C’est un cycle. 

L’abbé Le Gentil de la Galaisière est mandaté par Louis XV, parmi d’autres, pour aller voir en de multiples lieux de la planète des points d’observation de ce fameux transit. Lui, doit se rendre à Pondichéry, un comptoir français. Le trajet pour s’y rendre à l’époque de la marine à voile est une aventure en soi : contourner l’Afrique, traverser l’Océan Indien etc… Ce scientifique prévoyant part avec un an d’avance pour être certain de ne pas rater la date. Arrivé à l’île Maurice, les ennuis commencent. La guerre de sept ans entre la France et l’Angleterre reprend et aucun bateau ne veut risquer de partir pour Pondichéry. Il attend. Le temps passe, la date de la rencontre avec Vénus (6 juin 1761) se rapproche. Enfin, une frégate accepte de le convoyer. Depuis le bateau mouvant, il ne peut observer correctement le phénomène céleste. A l’issue de son voyage, comme il ne veut pas rentrer bredouille, il décide de rester en Inde.

Huit ans plus tard.

En juin 1769, tout se présente bien. Prévoyant, il construit un observatoire sur place pour être certain de ne pas rater le coche. Le jour arrive, il est prêt, tous ses instruments sont réglés… Hélas le temps est nuageux. Dans ce lieu de la cote des Indes où il fait toujours beau, ce jour-là, l’abbé ne pourra rien voir. 

De retour à Paris, Guillaume Le Gentil se rend compte qu’il n’est pas attendu : tout le monde le croyait mort. La note positive de son histoire ? Tandis qu’il est occupé par ses procès pour récupérer ses biens et son rang, il rencontre l’amour. Il aura un enfant et terminera sa vie paisiblement en écrivant des essais scientifique. Inconnu du grand public, ses collègues astronomes vont donner son nom à un cratère de la Lune. 

Percy Fawcett, l’image d’Epinal de l’aventurier  

Percy Fawcett, ou l’image d’Epinal de l’aventurier du début du XXe siècle. L'explorateur a peut-être inspiré le personnage d’Indiana Jones, et celui du scientifique Ridgewell dans Tintin et l’oreille cassé. Topographe et géographe anglais fasciné par les mystères de la forêt amazonienne Percy Fawcett mène plusieurs expéditions. Il acquiert la certitude qu’il existe une cité mystérieuse. En fait, à force de marcher dans les lianes de la forêt vierge, il fantasme et imagine des merveilles derrière chaque arbre.

Il part en exploration avec son fils et un ami de son fils. 

Or cette cité, Percy Fawcett n’a pas trouvé sa trace en questionnant des Indiens mais au fond d’une bibliothèque de Londres, dans un vieux manuscrit portugais signé par conquistador inconnu qui prétend avoir trouvé une cité et une civilisation intactes. L’aventurier anglais va l’appeler La Cité de Z, et avoir enfin un objectif dans sa vie. 

On ne sait rien de ce qui va arriver aux membres de l’expédition. Arrivés en avril 1925 dans la vallée où est censée se trouver cette fameuse cité, ils envoient un dernier message. Ensuite, on perd leur trace. Ceux qui partent à la recherche du groupe disparu ne retrouvent rien. Les rumeurs les plus folles circulent : des Indiens affirment avoir vu Percy Fawcett vivant clochardisé avec une Indienne. Plus tard, dans la presse, il est dit qu’il aurait quitté volontairement le monde occidental, et serait devenu le sorcier d’une tribu inconnue.

Son histoire a inspiré le film The lost city of Z de James Gray avec Charlie Hunnam, Robert Pattinson, Sienna Miller, Tom Holland.

Marc-Joseph Marion Dufresne : tout avait si bien commencé

Celui qui a donné son nom à un bateau de ravitaillement (Le Marion Dufresne) dans les Terres Australes aujourd’hui n’était pas au départ un explorateur. C’était un gentilhomme, capitaine d’un bateau de la Compagnie des Indes à la fois trafiquant et commerçant. Il travaillait autour de l’Île Maurice et participait au juteux trafic d’esclaves. 

En 1770, on lui demande de ramener un indigène tahitien (Aoutourou, que Bougainville avait emmené à Versailles pour le montrer à la cour). Marc-Joseph Marion Dufresne accepte de le raccompagner. Le Tahitien meurt en route, mais son accompagnant poursuit sa route en quête de nouvelles terres à apporter à la couronne de France. 

Marc-Joseph Marion Dufresne découvre l’archipel de Crozet, puis arrive en Tasmanie où deux de ses bateaux entrent en collision. Comme il ne trouve pas de bois sur place pour les réparer, il pousse son exploration plus loin et accoste en 1772 en Nouvelle-Zélande, où il est accueilli par les Maori très amicalement. 

Au début, tout se passe bien

Les matelots de l’expédition française font la fête avec les autochtones. Le commandant Dufresne reçoit des honneurs… Mais du jour au lendemain, les Indiens deviennent hostiles. Un jour, le capitaine et plusieurs de ses hommes ne reviennent pas. Le reste de l’équipage envoient une chaloupe pour les retrouver qui disparaît à son tour. Le soir, un rescapé blessé, raconte que les Indiens les ont attaqués. Le lendemain, les marins français voient les Maori danser sur la plage en agitant les uniformes des officiers ensanglantés… On a ensuite su qu'ils avaient été mangés par leurs agresseurs. 

On ne sait pas ce qu’il s’est passé

Manifestement il y a eu un faux-pas des occidentaux qui ont dû transgresser une coutume. Ont-ils péché dans un lieu sacré ? Ont-ils coupé des arbres sacrés ? 

Eric de Bisschop : quand ça ne veut pas...

Peu connu du grand public, le navigateur français Eric de Bisschop est pourtant le recordman des aventures qui échouent. C’est un véritable spécialiste des bateaux en allumettes, ou en bambou… qui coulent.

Dans les années 1930, Eric de Bisschop commence par construire une jonque qui est détruite à l’embouchure du Yan Tsé. Quelques années plus tard, accusé d’espionnage, il se retrouve dans les geôles japonaises. Libéré, l’aventurier atterri à Hawaï presque mort où son bateau s’éclate sur les récifs…

Ce « Pierre Richard » de l’aventure soutient le Maréchal Pétain

Il (re)construit un bateau avec les méthodes ancestrales hawaïennes, avec lequel il joint l’Europe. Mais lorsqu’il arrive, c’est la guerre. Il repart donc avec un navire, qui va couler lui aussi, pour Hawaï. 

Entre temps, comme il soutenait le Maréchal Pétain, il se fait nommer consul honoraire à Honolulu. Mais après la guerre, il est obligé de se faire oublier.

On le retrouve à Tahiti où il entend parler de cette aventure scientifique dont tout le monde parle : un chercheur norvégien, Thor Heyerdahl, veut prouver que l’Océanie a été peuplée par des personnes qui venaient d’Amérique du Sud. Le Norvégien construit donc une embarcation selon des méthodes du néolithique, part de l’Amérique du Sud et réussit à rejoindre la Polynésie. Il devient héros mondial. 

Eric de Bisschop jaloux, veut prouver l’inverse : que ce sont des Polynésiens qui sont partis en Amérique du Sud. Il construit un bateau en bambou et s’embarque avec un petit équipage, un chat et un cochon et prend direction du Chili. Suite à des intempéries, le bateau souffre, les bambous s’éparpillent, l’eau monte… Les matelots abandonnent à 700 km des côtes du Chili. Comme ils ont fait la majeure partie du trajet, ils sont accueillis en héros. Pas découragé, Eric de Bisschop continue l’aventure en rentrant par la mer. Son radeau va se démantibuler sur les récifs de Rakahanga dans les Iles Cook où l’aventurier meurt dans le naufrage en février 1958. 

Robert Falcon Scott : encore raté ! 

Au début du XXe siècle, en pleine course aux Pôles, Robert Falcon Scott, officier de la Royal Navy est en concurrence avec un Norvégien : Roald Amundsen. L'Anglais arrive en 1910 sur l’Antarctique. Son expédition bénéficie de beaucoup de moyens : tracteurs, poneys… Le Norvégien, lui, observe les Esquimaux.

Dès le début, l’équipe de Falcon Scott rencontre des avaries de matériel… Certains membres rebroussent chemin, d’autre continuent en tirant eux-mêmes le matériel sur des chariots. Au bout d’un moment, le pôle Sud est en vue. Mais une mauvaise surprise les attend : ils ont été devancés par Roald Amundsen qui avait fait croire qu’il menait finalement une expédition au pôle Nord.

Doublé et triste, Scott prend le chemin du retour. Là, les vivres viennent à manquer. Ajouté au mauvais temps… L’expédition s’achève avec la mort des participants à 18 km de la base. Avant sa mort le 29 mars 1912, Robert Falcon Scott a laissé une émouvante lettre (conservée au British Museum) dans laquelle il explique son échec par la malchance.

Et...

Parmi les aventuriers malchanceux, on peut également citer Magellan, qui ne verra jamais la fin de son Tour du monde. Il intervient dans un conflit armé qui ne le concerne pas et se fait tuer le 27 avril 1521. Ou encore le capitaine de vaisseau Yves Joseph de Kerguelen, qui se vante à la fin du XVIIIe siècle d’avoir trouvé un archipel paradisiaque (les actuelles Îles Kerguelen). Puisque que ce nouveau lieu est si bien : le roi le renvoie là-bas. Quand Kerguelen revient en France, le Roi sait que cette Terre est hostile et l’envoie en prison où il meurt en 1797.

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