L'astronaute français fera équipe avec l'américain Shane Kimbrough pour aller changer les batteries de l'ISS. Une sortie extravéhiculaire risquée mais maîtrisée. Décryptage.

Thomas Pesquet et Shane Kimbrough lors de la sortie dans l'espace
Thomas Pesquet et Shane Kimbrough lors de la sortie dans l'espace © Nasa

Cela fait deux mois que l'astronaute Thomas Pesquet est en orbite. Aujourd'hui marque une étape importante de sa mission de six mois, avec une première sortie en scaphandre dans l'espace. Objectif : remplacer les batteries situées à l'extérieur de la station. Une mission plutôt risquée d'environ sept heures.

Pour cette mission, Pesquet ne sera pas seul, et tout est fait pour sécuriser l'opération. À 13h05 heure de Paris, le Français sortira avec son collègue Shane Kimbrough dans un incroyable scaphandre, un bijou de technologie, qui a pourtant connu une défaillance récente : en 2013, Luca Parmitano a failli mourir noyé du fait d'une fuite de 1,5 litre d'eau dans son casque !

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Cette sortie de 6 ou 7 heures sera l'un des grands moments de la mission de Thomas Pesquet. Avec son sens de la formule, il s'imagine faisant de l'escalade en armure. Le scaphandre de plus de 100 kilos, blindé contre les rayonnements cosmiques et les éventuels débris est comme une carapace.

François Spiro, chargé des vols habités au CNES, explique les contraintes et les risques des sorties au micro de Sophie Bécherel.

Couche-culotte, ventilation et azote

Pour sortir dans l'espace, il faut d'abord s'équiper de la combinaison idoine. Un habillage long, pour lequel les astronautes s'entraident. Première étape : enfiler le sous-vêtement thermique, une grenouillère garnie de couches. Car pendant les sept heures que doit durer l'opération, il n'y aura ni pause-pipi, ni casse-croûte. Juste à boire !

Ensuite, les astronautes enfilent une deuxième couche, à ventilation et refroidissement par liquide, pour n'avoir ni trop chaud ni trop froid une fois dehors.

Thomas et Shane auraont aussi commencé dès 11h00 la pré-respiration d'oxygène. La pression à l’intérieur des scaphandres est plus basse que dans la Station spatiale, laquelle peut être comparée à celle du niveau de la mer sur Terre.

Sans cette étape, les astronautes seraient sujets comme les plongeurs à la maladie des caissons : à cause de changements de pression soudain, l’azote du corps humain peut former des bulles dans le sang et les tissus de l’organisme et provoquer des vertiges, voir mettre en péril la vie des astronautes. Il s’agit donc de respirer au préalable de l’oxygène pour purger le corps de son azote.

Enfin vient l'enfilage du pantalon, des bottes et du haut de la combinaison. Le tout est assez rigide pour résister à d'éventuelles micrométéorites ou débris qui viendraient à passer par là. Pour finir, le casque est fixé, et voilà notre homme paré.

Ce sont Peggy Whitson et Oleg Novitski qui aident Shane et Thomas à enfiler leur scaphandre, une étape rendue d’autant plus difficile par l’apesanteur. Une fois habillés, ces derniers sont entrés dans le sas Quest où la pression sera abaissée. L’ouverture de l’écoutille extérieure, à 13H00 (12H00 GMT) donnera le coup d’envoi officiel de leur sortie extravéhiculaire.

Ballet au ralenti

C'est parti pour un ballet spatial qu'on croirait être un film au ralenti.

Tout est lent parce que tout est vérifié par Houston. La voix des contrôleurs, les images en continu des caméras, impossible de visser, dévisser, brancher, débrancher sans feu vert préalable. Un travail épuisant dans lequel les astronautes peuvent perdre jusqu'à 4 kg !

C'est un robot qui fait le travail

La sortie extravéhiculaire que fait Thomas Pesquet s'inscrit dans un programme de travaux de modernisation de l'avant-poste orbital de l'ISS.

L'Américain Shane Kimbrough, commandant de l'équipage et sa compatriote Peggy Whitson, ingénieure de vol, ont branché trois des six nouvelles batteries lithium-ion livrées à la Station en décembre par le vaisseau de ravitaillement japonais "Kounotori 6" (cigogne).

Ces batteries fonctionnent parfaitement. C'est ce travail que Shane Kimbrough va poursuivre avec Thomas Pesquet. Ces six nouvelles batteries sont conçues pour durer au moins jusqu'en 2024.

Ce sont des contrôleurs au sol qui guident les astronautes depuis le centre de Houston à l'aide de Dextre, un robot "bricoleur" d'une tonne et demie et doté de deux bras de 3,30 m de longueur.

Dextre a été mis au point par l'Agence spatiale canadienne et installé à l'extérieur de l'ISS en 2008 pour alléger le travail des astronautes.

Les anciennes batteries seront placées à bord du vaisseau de ravitaillement japonais, également chargé d'une mission de nettoyage en déplaçant les débris laissés par l'activité de l'homme (morceaux de vieux satellites ou de fusées) vers des orbites de plus en plus proches de la terre afin qu'ils finissent par plonger dans l'atmosphère en s'y consumant.

La station, d'une masse de 450 tonnes, évolue actuellement à 400 km au-dessus de la Terre dont elle fait le tour toutes les 90 minutes. Son espace habitable est équivalent à une maison de cinq chambres.

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