Pour tenter de comprendre pourquoi l'île de Mayotte était secouée par d'incessants séismes depuis un an, une vaste campagne scientifique a été mise sur pied. Elle vient de révéler la naissance récente d'un volcan à 3,5 km de profondeur.

Un nouveau volcan sous-marin a été découvert à 50 km à l'Est de Mayotte. Une découverte qui permet de mieux comprendre les séismes ressentis à Mayotte depuis un an.
Un nouveau volcan sous-marin a été découvert à 50 km à l'Est de Mayotte. Une découverte qui permet de mieux comprendre les séismes ressentis à Mayotte depuis un an. © AFP / Biosphoto / Gabriel Barathieu

"C'est extraordinaire car c'est très rare d'assister à la naissance d'un volcan!" s'exclame Anne Le Friant, directrice adjointe des Observatoires à l'Institut de Physique du Globe de Paris, qui partage avec ses collègues l'enthousiasme de découvrir, quasiment à sa naissance, un nouveau volcan à 50 km au large de Petite Terre, l'une des deux îles principales de l'archipel de Mayotte.

C'est parce que l'île connaît un phénomène de séismes "en essaim" depuis un an, que le CNRS a lancé un appel d'offres à la communauté scientifique. De nombreux organismes (Ifremer, IPGP, BRGM, IGN, ENS, CNES, Shom) ont répondu et en quatre mois, l'expédition Thélus était mise sur pied et confiée à Nathalie Feuillet, chercheuse à l'IPGP. Deux campagnes à terre pour installer des sismomètres et une troisième pour profiter de la présence dans la région du navire Marion Dufresne afin de déposer des sismomètres sous l'eau et de réaliser des relevés bathymétriques pour mesurer la topographie du sol de la mer. C'est ainsi qu'est apparu le volcan, invisible sur les dernières cartes réalisées par le Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom) il y a quatre ans.

Un volcan invisible depuis la surface de la mer

"C'est un beau bébé" sourit Eric Humler, directeur adjoint scientifique à l'Institut National des Sciences de l'Univers du CNRS qui a coordonné le projet. Le volcan fait 4,5 km de diamètre et 800 mètres de haut. Un panache de gaz s'échappe sur 2 km de hauteur, sans atteindre la surface de la mer puisqu'il reste une épaisseur d'eau d'1 km. De la surface, le nouveau relief est donc totalement invisible.  

Cette découverte a permis de relier ce phénomène géologique à l'épisode sismique de Mayotte, un archipel où aucune activité notable n'avait jusque là marqué les esprits. 

Pour Anne Le Friant, quand un volcan naît, le processus est associé à des secousses. "Une hypothèse serait que le début de la construction volcanique date de juillet", hypothèse qui reste à confirmer, insiste t-elle.  Actuellement "les séismes ont cessé" ajoute Eric Humler pour qui il faut continuer la surveillance du volcan régulièrement. "Il faut dans l'idéal y retourner tous les deux mois afin de suivre son évolution car nous ne sommes pas capables de prédire l'avenir". Les premiers résultats ont permis d'estimer la zone d'activité sismique, entre 5 et 10 km de Petite Terre, "plus près que ce que l'on avait imaginé" explique le scientifique. Pour l'auteur de Quand la terre tremble, séismes et éruptions volcaniques aux Editions CNRS, "la bonne nouvelle, c'est que leur origine se situe à 20 ou 30km de profondeur, ce qui atténue les conséquences à terre"

Un plan d'action pour surveiller et rassurer

Pour les autorités locales, la question est en effet de taille : rassurer la population, améliorer l'information voire l'éducation au risque dans le 101e département français, l'un des plus pauvres de la République. Dans un communiqué commun, quatre ministères ont annoncé un plan d'action en cinq points. Il est notamment prévu de compléter les dispositifs de surveillance et les instruments de mesure, de parfaire par de futures missions la connaissance scientifique et de renforcer le dispositif de gestion de risques. En lien avec le préfet, une mission est attendue ce vendredi 17 mai sur place à ces fins.

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