Ouvrez les yeux ! Au bord de la mer, l’exotisme est à nos pieds, à condition de savoir regarder. Le naturaliste Marc Giraud était l’invité de Daniel Fiévet dans l’émission Le Temps d’un Bivouac à l’occasion de la sortie de son livre "La Nature en bord de mer" (Delachaux et Niestlé). De quoi s’émerveiller.

Ancienne illustration des animaux de la mer
Ancienne illustration des animaux de la mer © Getty / amdandy

Des phoques… français !  

Marc Giraud : "On en trouve surtout dans la partie nord du pays. Il y avait des phoques-moines en Méditerranée, mais ils ont complètement disparu aujourd'hui. Il subsiste deux espèces en France : les phoques gris, que l’on voit par exemple à Molène, et les phoques dits "veaux marins", très célèbres pour se reproduire en Baie de Somme. 

On peut les observer en train de "bananer" : quand la mer monte, pour ne pas se refroidir les parties les plus sensibles, la tête et la queue, le phoque montre les deux. On trouve des phoques dans les Sept-Îles, ou au Mont-Saint-Michel, et parfois dans des cours d'eau. 

Le phoque "veau marin" peut remonter les cours d'eau jusqu'à 500 km de la mer ! Les gens pensent qu'il est perdu ou qu'il est malade. En fait, c’est normal, il se plaît aussi en eau douce. 

Des baleines, requins et mêmes des dauphins tout près de chez nous 

"Près des côtes, on peut observer des dauphins en prenant le bateau. On a vu cet été des globicéphales en Baie de Canche, en Normandie. Ça a fait le buzz parce qu'on n'est pas habitués. 

Avec le confinement, les animaux avaient moins peur des bruits de moteur, et on a vu des baleines, et des cachalots à quelques kilomètres de Nice. Il y a de telles richesses autour de nous !"  

De véritables cabinets de curiosité dans des flaques d’eau

"Crabes, crevettes, anémones de mer, ces animaux que l'on trouve dans des petites mares d’eau sont un passionnant résumé de la vie des océans à portée de regard. Les herbes, posidonie en Méditerranée, ou les herbiers, les zostères en Atlantique sont de véritables pouponnières qui abritent des poissons, des hippocampes ou des coquillages… 

Que des animaux petits, mais "très costauds", qui doivent s’adapter aux conditions de vie très changeantes dans ces espaces : les variations importantes de température, de salinité en cas de pluie… 

C’est pour cela que les coquillages, les huîtres et les moules sont solides et armés, pour résister à la montée de la mer et aux marées."

Les étoiles de mer : des animaux qui n’ont aucun sens

"C'est un échinoderme comme les oursins. Si on la regarde, elle a l'air allongé. Mais en fait, elle est debout. Elle a des centaines de petits pieds souples avec des ventouses au bout. 

Autrement dit, elle a "des pieds plein les bras". 

C'est comme ça qu’elle l'avance. Elle a l'air d'être allongée, mais en fait, elle est debout. Elle n'a aucun sens ! 

C'est un animal pentaradié : elle est divisée en cinq. Nous, humains, sommes symétriques avec une moitié de chaque côté, ce qui est le plus banal. 

Conséquences ? Quand elles bougent, on ne sait pas si elles avancent ou si elles reculent… Et comme les lézards, elles ont des facultés d'automutilation ou d’autorégénération incroyables : parfois, on voit des étoiles de mer avec un bras en moins ou alors avec deux, car quelquefois, il repousse bifide."

Lire l’évolution humaine 

À travers de petits poissons capables de sortir de l'eau, on peut lire l’évolution humaine. "Quand on regarde ces poissons qui sortent de l’eau, comme nos très lointains ancêtres, on a nos origines en face des yeux… Nous-mêmes avons encore de la mer en nous : le plasma sanguin est très étrangement semblable à l'eau de mer. Lorsque l'on pleure, cette eau salée, c'est un peu notre mer perdue. Et nous sommes constitués à 60 % d'eau. 

Notre cerveau dont nous sommes si fiers, c'est même 80 % de "flotte". De quoi nous remettre à notre place ! 

La blennie est un poisson qui a une espèce de nageoire ventrale divisée en deux, comme une béquille de vélo. Elle peut donc se poser sur le sol. Et la blennie coiffée sort de l'eau pour dormir à la belle étoile. Une adaptation qui s’est faite de génération en génération, au fil de la sélection naturelle."  

Les coquillages, pas si immobiles

"Les chapeaux chinois (berniques en bretagne, patelles ou arapèdes en Méditerranée) ont la faculté de s’arrimer très fermement aux rochers… Seul l’huîtrier-pie arrive à le déloger. 

Et ces coquillages, malgré les apparences, se déplacent : la nuit, ils broutent des algues situées à 50 cm maximum de leur point d’arrimage. 

Après leur repas, ils reviennent toujours à la même place pour dormir dans la journée. On peut même parfois voir les traces de leurs déplacements sur les rochers." 

Les petits crabes dans les moules : un crustacé qui se tape l’incruste

"La moule se nourrit en filtrant l’eau. Donc le petit crabe n’est pas une proie, mais un parasite. On l’appelle crabe "petit-pois" : il en a la taille et la rondeur. Souvent, il est arrivé dans la moule petit et y est resté. C’est un crustacé qui se tape l’incruste ! 

Pour se nourrir, il attend que les particules aspirées par la moule lui arrivent dans les mandibules sans rien faire. Mais pour se reproduire, le mâle est obligé de sortir de la moule pour aller chercher une femelle. Il prend alors un risque : que la moule dans laquelle est la femelle, se referme trop vite ! 

Ces deux petits crabes qui s’accouplent dans une moule, sont considérés au Japon, comme un symbole de fidélité."

Les éponges : pas vraiment végétales 

"L'éponge est un amas de cellules indifférenciées. Lorsque c’est écrit 100% végétal dessus, c’est une erreur. L’éponge est un animal, mais très étrange : 

si une vague l'écrase, elle l'éclate et en fait plusieurs éponges. Au contraire, si plusieurs éponges se réunissent, elles refont un seul individu.

Cette étrangeté nous ramène au stade de l'évolution des premières cellules qui commençaient à s'organiser."