Alors que la température augmente à l'approche de l'été, la tentation peut être grande de piquer une tête. Mais en période d'épidémie de coronavirus, comment se rafraîchir sans être contaminé ? Christophe Gantzer, professeur de virologie à l'université de Lorraine, était l'invité de Bruno Duvic et Mathieu Vidard.

Un bassin du centre aquatique Nungesser à Valenciennes (Nord), le 6 février 2020.
Un bassin du centre aquatique Nungesser à Valenciennes (Nord), le 6 février 2020. © Radio France / Rafaela Biry-Vicente

"Détecter un virus dans l'eau n'est pas chose facile", explique Christophe Gantzer. "Il s'agit de particules d'une centaine de nanomètres." Toutefois, y parvenir pourrait permettre de détecter efficacement où le virus est encore présent dans la population : d'ailleurs, "à partir du confinement, on a observé une diminution de la concentration en génome de SARS-CoV-2 dans les eaux usées, ce qui traduisait bien l'effet bénéfique de ce confinement, et que le virus circulait moins dans la population".

Mais combien de temps le virus reste-t-il actif dans l'eau, et peut-on par exemple l'attraper simplement en nageant dans le même bassin qu'un malade ? Tout dépend de la situation, pour le professeur de virologie.

En plongée, en pleine mer ?

Pour Christophe Gantzer, _"_le risque de transmission entre deux plongeurs qui sont sous l'eau est moindre que par l'air puisque le virus va être soumis au phénomène de dilution de toute l'eau environnante. Donc le virus va être dilué par cette eau, et le risque est amoindri. Le coronavirus est fait partie des virus 'enveloppés', bien plus fragiles que les virus qu'on étudie classiquement en laboratoire, qui sont par exemple des gastroentérites ou les virus des hépatites, des virus 'nus' qui sont beaucoup plus résistants. Donc, c'est un virus qui va être inactivé assez rapidement dans l'eau, ou en tout cas, plus rapidement que les virus qu'on connaît traditionnellement."

Sur la plage, non confiné ?

"Pour ce qui est de la survie de ce virus sur le sable, il faut bien comprendre qu'un virus est un micro-organisme à part, qui ne peut pas se multiplier en dehors de son hôte. Or, pour le coronavirus, l'hôte est l'homme. Donc, _en dehors de l'homme, le virus ne pourra que résister à l'environnement, il ne pourra en aucun cas se multiplier_, comme c'est le cas, par exemple, des champignons ou des bactéries dans des situations particulières."

Christophe Gantzer estime donc que l'espérance de vie du virus sur le sable est faible, comme le risque de contamination. "Il faut bien comprendre qu'il y a deux paramètres majeurs qui vont inactiver les virus dans l'environnement : le premier paramètre, c'est la température, c'est le paramètre principal de l'inactivation d'un virus ; l'autre paramètre, ce sont les ultraviolets. Le sable en plein soleil, sur une plage, en été, va être à très forte température et va recevoir beaucoup d'ultraviolets, donc le virus dans cette situation-là va être dégradé assez rapidement. Ceci dit, effectivement, il faut bien évidemment respecter les barrières et respecter les distanciations, comme cela est conseillé par toutes les autorités."

À la piscine, en nombre limité ?

Une vingtaine pourraient rouvrir de manière anticipée, dès le 2 juin, dans des conditions très strictes : réservation d'une ligne à l'avance, limite de temps, vestiaires collectifs fermés, impossibilité de se sécher les cheveux...

Pour Christophe Gantzer, c'est une nécessité, même si l'eau des piscines collectives devrait être relativement peu exposée à une contamination. "La première chose qu'on peut dire, c'est que les règles de distanciation qui sont préconisées sur terre doivent l'être aussi dans l'eau, bien entendu. Or, les piscines sont souvent des endroits propices à différents loisirs qui facilitent le rapprochement. Ensuite, le virus va se diffuser moins rapidement dans l'eau qu'il ne le ferait dans l'air. Et le troisième point, c'est que les piscines sont traitées par le chlore, qui est extrêmement efficace pour inactiver ces virus. Et comme je vous le disais tout à l'heure, ces virus étant moins résistants que les virus traditionnels, les virus nus, normalement il devrait être rapidement inactivé par les doses de chlore qu'on observe dans les piscines."

Le risque est surtout présent dans l'environnement de la piscine, d'où la nécessité de respecter scrupuleusement certains gestes. "La règle d'éviter de se sécher les cheveux est basée sur le fait d'éviter de créer des aérosols, puisqu'à ce moment-là le virus pourrait se transmettre sur des distances plus importantes. Les règles qu'il faut observer dans la vie quotidienne (distance de plus d'un mètre, se laver les mains, éviter de se toucher les yeux et port du masque en salle confinée) restent évidemment d'actualité dans les piscines."

Dans des piscines privées, attention au traitement de l'eau

"Pour les piscines chez les particuliers, on peut conseiller d'observer une densité minimale de baigneurs et, d'autre part, de vérifier régulièrement la dose de chlore dans l'eau." Tout dépend ensuite du traitement de l'eau : tout comme en piscine collective, le chlore est particulièrement efficace.

"D'un point de vue général, tous les oxydants sont efficaces pour éliminer ce virus, et les ultraviolets aussi sont efficaces. Le problème des ultraviolets, c'est la réception de la dose UV par le virus : les ultraviolets sont appliqués avec des lampes généralement, et l'eau circule devant cette lampe. Si l'eau est trop chargée en particules ou en matières en suspension, les UV vont avoir du mal à impacter le virus, qui peut être sur la matière en suspension ou protégé derrière elles."

Lacs, rivières : seulement si l'eau est surveillée et contrôlée

"Dans l'état actuel des connaissances, on ne sait pas si le virus est encore infectieux dans les eaux usées, donc évidemment on va prendre des précautions pour toutes les zones qui pourraient être "polluées" par ces eaux", recommande Christophe Gantzer. "Dans ces zones-là, la première règle est d'être le plus loin possible du rejet des stations d'épuration. La deuxième est de favoriser les baignades dans les zones surveillées : car ces zones sont surveillées non seulement par des surveillants de baignade, mais aussi surveillées du point de vue de la pollution fécale." Si une zone est déclarée "surveillée", cela signifie donc que la qualité de son eau est sous contrôle également.

Saunas, hammams, cures... selon les situations

Sur les saunas, Christophe Gantzer rappelle que "la température est un point important de l'inactivation [du virus]. Donc, tout ce qui est température, chaleur sèche, a priori va inactiver les virus extrêmement rapidement."

La situation est un peu différente pour les les hammams : "Le virus sera aussi inactivé par la chaleur, mais comme c'est une chaleur humide, a priori, il faut encore plus respecter les distanciations sociales, et il faut même prendre des mesures assez importantes dans ces situations-là." Pourquoi ? Parce que dans ce cas, "on a d'une part l'augmentation de l'humidité qui va favoriser les transmissions dans l'air, même s'il y a la chaleur qui va diminuer la survie [du virus]. Mais comme dans ces zones là, la transmission peut se faire assez rapidement, l'inactivation n'est peut être pas suffisante. Les données scientifiques ne sont pas très précises là-dessus."

Enfin, en ce qui concerne les cures, "tout dépend du traitement des eaux qui est appliqué : s'il s'agit d'oxydant, on va inactiver les virus, si c'est uniquement par une augmentation de la salinité, l'inactivation sera moindre. Mais _là encore, il faut prendre des garanties de distanciation extrêmement drastiques_."

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