Oui, le plaisir animal existe bel et bien lui aussi ! Nous sommes très loin d'imaginer combien les animaux ont bien plus à nous apprendre à ce sujet tant leur mécanisme évolutif traduit chez eux un plaisir sexuel extrêmement diversifié loin de se réduire aux seuls déterminismes et organes sexuels.

Plaisir animal : pourquoi les animaux sont de véritables bêtes de sexe ?
Plaisir animal : pourquoi les animaux sont de véritables bêtes de sexe ? © Getty / Oliver Heinz / EyeEm

Le biologiste Thierry Loder, spécialiste de l'écologie évolutive, des amours et des sexualités animales, était au micro de Mathieu Vidard, dans l'émission La Terre au carré. Il explique que loin d'être réservé aux humains, le plaisir sexuel serait central pour toute la chaine animale. Ce plaisir serait si diversifié qu'il va jusqu'à constituer le moteur même de l'évolution en général, essentiel à sa survie. 

Il y a "des sexualités animales". Elles peuvent prendre différentes formes de plaisir, loin des codes culturels humains qui ont longtemps empêché les scientifiques d'aborder la question

Comment le plaisir animal se traduit-il  ?

TL : "On a appris qu'il existait des systèmes nerveux particuliers chez les vertébrés. Quand on remonte à l'origine des espèces. À l'intérieur de tous les éléments qui conditionnent la sensibilité animale, il y a un certain nombre de critères d'information qui traduisent ce plaisir. 

Dans la manière dont s'exécutent les circuits nerveux de la récompense, il se passe véritablement quelque chose. Le plaisir est là.

Des stimuli extérieurs sont provoqués en écho avec plein d'autres choses qui se passent dans le corps animal, que cela soit des états comportementaux physiologiques, ou des sécrétions de neuro-hormones…

Ces moments de plaisir s'expriment très différemment selon les espèces mais on retrouve en général les mêmes critères physiologiques. Surtout chez les vertébrés qui partagent tout un système de circuits nerveux similaires. 

Lorsqu'il y a une jouissance, un plaisir, s'opère un ensemble de contractions musculaires qu'on peut parfaitement mesurer. Prenez, par exemple, la constriction de l'anus des lions, au moment du plaisir, c'est quelque chose qui se constate. De la même manière, quand on voit deux lions qui pratiquent une sodomie, on se doute bien qu'il y a là quelque chose qui ferait normalement fuir l'un ou l'autre quand, au contraire, ils s'y adonnent très volontiers". 

Le plaisir est un mécanisme essentiel chez toutes les espèces et dans l'histoire de l'évolution. La plupart des animaux fuient le déplaisir car le plaisir est vital !

Quelques exemples 

  • Les Lions

Chez le lion, si ils ne réussissent à procréer qu'une fois sur 3000, on voit bien qu'il y a quelque chose d'autre qui incite à recommencer

  • La tortue 

L’accouplement de la tortue terrestre des Seychelles Aldabrachelys gigantea s’accompagne d’un plaisir sonore unique dont un extrait a été récolté par l'équipe de La Terre au carré : 

20 sec

Son d'une tortue terrestre des Seychelles lors d'un accouplement

Par Extrait de "La Terre au Carré"
Deux tortues en train de s'accoupler
Deux tortues en train de s'accoupler © Getty / Tim Bird
  • La mouche 

"Elle est capable de jouir ! D'ailleurs l'éjaculation est la forme de jouissance de la mouche". 

Deux mouches en train de s'accoupler
Deux mouches en train de s'accoupler © Getty / kuritafsheen

Un plaisir sans logique de reproduction au départ

Dans le monde animal, cette recherche de plaisir sexuel serait absolument décorrélée de toute logique de reproduction :

TL : "Dans l'activité sexuelle, les efforts auxquels il faut consentir se définissent d'abord en termes d'approche et d'excitation mutuelle. Ce sont de véritables préliminaires qui s'illustrent où le plaisir prend toute sa place. 

Par exemple, chez les hyènes, les femelles disposent d'un taux très élevé de testostérone et leur organe se développent en fonction. À tel point que le clitoris peut d'abord s'allonger jusqu'à une cinquantaine de centimètres par simple effet du plaisir. C'est un clitoris érectile (un pseudo pénis) qui, comme chez la taupe, chez le loris grêle, ou chez la Fossa, a "une fonction sexuelle plus socialisante" que simplement reproductive. 

Deux hyènes en plein ébats
Deux hyènes en plein ébats © Getty / Londolozi Images/Mint Images

Ce mécanisme du plaisir encourage ainsi le mécanisme évolutif qui lui-même encourage la multiplication des partenaires et les différentes formes de reproduction. On se rencontre d'abord parce qu'on éprouve du plaisir et c'est seulement après qu'est induite la possibilité de copuler, y compris entre animal de même sexe". 

Parfois, même pas besoin des organes sexuels pour en éprouver ! 

La recherche de plaisir sexuel animal ne dépend pas de la simple stimulation des organes reproducteurs. Ce n'est pas forcément l'excitation suscitée par les organes génitaux qui va générer le plaisir. Ces derniers sont simplement des moteurs supplémentaires de jouissance. Le biologiste explique que le mécanisme du plaisir est évolutif et entretient un rapport plus ancien et complexe qui remonte aux origines des espèces. Il n'est pas exclusivement stimulé via les organes de reproduction : 

La morphologie des organes sexuels n'est pas la seule chose qui intervient dans le plaisir animal. Il y a de nombreux animaux qui ne disposent ni de pénis, ni de clitoris, ni même de vagin et qui sont parfaitement capables de jouir. 

D'ailleurs avant que les organes reproducteurs ne jouent le rôle prédominant dans la sexualité reproductive, il y a longtemps eu d'autres formes plus comportementales autre que par la simple pénétration. 

Le sexe sans contact existe notamment chez les tritons qui s'accouplent d'une manière originale : le mâle relâche des odeurs par ses glandes anales et les oriente vers la femelle avec sa queue. Le mâle éjecte une petite boule blanche qui contient son spermatophore. À nouveau, il agite sa queue. Un appât factice incite la femelle à s'approcher de sa semence et à l'aspirer. Pas de pénis, pas de pénétration et, pourtant, ça reste de la sexualité reproductive !"

La mécanique du plaisir sexuel animal est si diversifiée qu'elle est, selon le professeur, "indispensable à l'évolution écologique du monde, à la survie de la planète".

Aller plus loin

🎧  RÉÉCOUTER - La Terre au carré : Histoire naturelle du plaisir et de l'orgasme chez les animaux

📖  LIRE - Thierry Lodé : Histoire naturelle du plaisir amoureux (Editions Odile Jacob)