Des pays développés ont déjà pré-commandé 51% des futures doses de vaccins-candidats contre la Covid-19, indique Oxfam dans un communiqué ce mercredi. "Nous avons besoin d'un vaccin pour le peuple, et non d'un vaccin à but lucratif", presse l'ONG.

Un groupe de pays riches représentant 13% de la population mondiale a pré-acheté la moitié des futures doses de vaccins de la Covid-19.
Un groupe de pays riches représentant 13% de la population mondiale a pré-acheté la moitié des futures doses de vaccins de la Covid-19. © AFP / Vladimir Pesnya

La moitié des doses de vaccins contre la Covid-19 déjà réservés par un groupe de pays riches. C'est ce que dénonce l'ONG Oxfam dans un communiqué, alors que les ministres de la Santé et des Finances des pays du G20 se réunissent ce jeudi pour échanger sur la pandémie mondiale.

Oxfam se base sur les conclusions de la société d'analyse de données scientifiques Airfinity, basée à Londres. Cette dernière a passé au peigne fin les accords conclus entre les sociétés pharmaceutiques et les producteurs de vaccins avec les différents États, pour ce qui concerne cinq candidats-vaccins. Ces vaccins sont développés par les sociétés AstraZeneca, Gamaleya/Sputnik, Moderna, Pfizer et Sinovac. Au total, neuf vaccins sont en phase 3 d'essais cliniques partout dans le monde, détaille Oxfam.

Des pays représentant 13% de la population mondiale

Un groupe de pays riches, représentant 13% de la population mondiale, a pré-commandé ou pré-acheté 51% des futures doses de ces cinq vaccins-candidats, dévoile Oxfam, ce qui leur permettrait de s'approvisionner si les essais cliniques sont concluants. 

L'ONG détaille dans le communiqué : "Des accords d'approvisionnement ont déjà été conclus pour 5,303 milliards de doses, dont 2,728 milliards (51 %) ont été achetés par des pays développés, dont le Royaume-Uni, les États-Unis, l'Australie, Hong Kong et Macao, le Japon, la Suisse et Israël, ainsi que par l'Union européenne. Les 2,575 milliards de doses restantes ont été achetées ou promises à des pays en développement, dont l'Inde, le Bangladesh, la Chine, le Brésil, l'Indonésie et le Mexique, entre autres." 

Le Royaume-Uni a conclu plusieurs accords avec des sociétés pharmaceutiques, ce qui équivaudrait à cinq doses par habitant. En comparaison, le Bangladesh n'a obtenu qu'une dose pour neuf habitants, analyse Oxfam. L'Union européenne a déjà conclu au moins cinq accords avec des sociétés pharmaceutiques. Le président américain Donald Trump promet lui un vaccin disponible d’ici un mois aux États-Unis, et a réservé un total de 800 millions de doses auprès de six fabricants, selon l'AFP.

Près des deux tiers de la planète privés de vaccin avant 2022

"Ces mêmes entreprises n'ont tout simplement pas la capacité de fabriquer suffisamment de vaccins pour tous ceux qui en ont besoin", alerte Oxfam, qui prédit que même si les cinq candidats-vaccins aboutissaient, "près des deux tiers (61 %) de la population mondiale n'auront pas de vaccin avant au moins 2022."

Chema Vera, directeur exécutif intérimaire de l'ONG, alerte : "Les gouvernements prolongeront cette crise dans toute sa tragédie humaine et ses dommages économiques s'ils permettent aux sociétés pharmaceutiques de protéger leurs monopoles et leurs profits", estime-t-il : "Aucune entreprise ne pourra jamais répondre à elle seule aux besoins du monde en matière de vaccin Covid-19. C'est pourquoi nous leur demandons de partager leurs connaissances sans brevet (...). Nous avons besoin d'un vaccin pour le peuple, et non d'un vaccin à but lucratif."

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a émis le souhait de donner à chaque pays de quoi vacciner 20% de sa population. Un groupe d'éthiciens a suggéré de donner la priorité aux pays où le virus tue le plus. Alors que les États-Unis annoncent qu'ils fourniront le vaccin premièrement à tous leurs habitants, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé un "nationalisme vaccinal". 

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