Ce mercredi, le Palais de la découverte accueille des hôtes colorés, inquiétants, bizarres... À écailles, à poils et même à plumes, ils ont un point commun : tous sécrètent du venin toxique. Qui peut, aussi, se transformer en antidote.

Un crotale albinos.
Un crotale albinos. © Universcience

Serpents, araignées, mais aussi grenouilles, poissons et mammifères : à partir de ce mercredi et pour près d'un an, une trentaine d’espèces animales prennent leurs quartiers dans l'exposition "Poison", à Paris. Certains sont venimeux, d’autres vénéneux. 

Une installation sous haute surveillance

"La nature a conçu l'arme biologique parfaite (...) : le venin a évolué au moins cent fois, dans des espèces animales complètement différentes", explique la voix qui nous accueille dans une vidéo, au début de l'exposition. Pour autant, pas de panique : les organisateurs le garantissent, venir observer ces animaux est bien "sans aucun risque". Et pour cause : toutes les précautions ont été prises, explique François Lemoine, capaciteur de l'exposition. C'est lui qui donne son aval - ou non - pour que l'exposition ouvre au public. 

"Je suis parti aux Pays-Bas, à la dernière exposition, pour voir comment étaient construits les terrariums, avec quels types de verre. Nous avons installé des alarmes sur les terrariums. Il s'agit de matériel haut de gamme, hautement sécurisé."

Certaines espèces de grenouilles ou de crapauds doivent être manipulés sans aucun contact avec la peau.
Certaines espèces de grenouilles ou de crapauds doivent être manipulés sans aucun contact avec la peau. / Universcience

La prudence est telle que certaines espèces, comme le cobra royal et d'autres serpents, ont même dû être recalées. "Le sérum antivenin pour ces espèces n'est pas autorisé en France par l'ANSM". Le capaciteur précise que le risque de morsure est moindre, mais qu'il existe malgré tout. "D'autant que le venin agit très rapidement", ajoute François Lemoine. 

Du côté des soigneurs aussi, la méfiance est de mise, notamment avec le mamba noir. Ce serpent, le plus dangereux d'Afrique, possède un venin neurotoxique très puissant, et il se déplace très rapidement. "_Jusqu'à 6 mètres par seconde_", soit 20 km/h. Pour cette espèce, "il n'y a pas de contact direct". Le serpent est nourri à travers un sas et une double porte qui permet d'éviter le moindre risque. 

Des poisons qui peuvent guérir

Pour autant, toutes ces toxines pourraient sauver des vies. Depuis longtemps, les chercheurs s'intéressent aux propriétés médicales de certains venins qui, utilisés correctement, peuvent servir de remèdes. "Un venin, c'est un ensemble de 300 à 500 substances", explique Elodie Ducasse, médiatrice à Universcience, l'organisme qui regroupe le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l'industrie.

Il existe des toxines bien précises qui nous permettent de comprendre comment fonctionne notre corps, et nous étudions leur valeur thérapeutique.

Par exemple, le venin du mamba noir possède des propriétés anti-douleur, qui pourraient remplacer la morphine et autres opiacées. De même, les molécules des dendrobates, ces petites grenouilles aux couleurs chatoyantes et dont le contact peut provoquer un choc neurotoxique, sont également connues pour leurs vertus analgésiques.

Autre exemple : le venin du scorpion cubain, dont il se sert dans la nature pour neutraliser ses proies. En laboratoire, des scientifiques ont découvert que ce même venin pourrait détruire sélectivement certaines cellules cancéreuses. 

Si nombre de ces découvertes sont encore au stade de la recherche, à ce jour, 4 900 espèces "intéressantes du point de vue pharmacologique" ont été recensées. Avec à la clé, certainement, des avancées importantes dans la médecine de ces prochaines années.

Des plantes et des minéraux toxiques 

L'aconit pousse dans toute l'Europe
L'aconit pousse dans toute l'Europe © Getty / Getty

Outre les animaux, l'exposition fait aussi découvrir des plantes et des minéraux aux propriétés dangereuses pour l'Homme. Toujours protégés par une vitrine solide, on observera de l'arsenic, du mercure ou encore du radium. 

Du côté des plantes, on s'attardera devant la belladone, dont les baies auraient été utilisées pour empoisonner nombre d'ennemis depuis l'Antiquité, de même que la cigüe, aussi appelée "poison de Socrate". On découvrira aussi les propriétés de l'aconit, une plante répandue en Europe. A haute dose, elle est mortelle. A petite dose, elle est un excellent anesthésiant. 

L’exposition “Poison” est visible au Palais de la découverte du 10 octobre 2018 au 11 août 2019. 

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