Les images des effets du confinement sur la pollution de l'air ont fait le tour du monde. Au delà de ces données atmosphériques, les satellites du programme européen Copernicus permettent de suivre l'impact du Covid depuis l'espace. Y compris dans sa dimension économique.

Mesures de concentration de dioxyde d'azote en Europe
Mesures de concentration de dioxyde d'azote en Europe © Satellite Sentinel du programme Copernicus

Ces nuages de pollution de dioxyde d'azote qui disparaissent au fil des jours d'avril, on les doit aux satellites Sentinel du programme Copernicus de surveillance de la Terre. Mouchards de la pollution, ils sont capables de suivre la composition de l'atmosphère mais aussi de veiller aux pollutions maritimes, à l'état de la végétation ou la présence de chlorophylle en mer.   

Tirer partie de l'énorme quantité de données recueillies chaque jour par ces satellites (250 térabytes, soit l'équivalent de 125 000 heures de vidéo), c'est l'idée de la commission européenne à l'occasion de la crise du Covid-19.  Selon Pierre Delsaux, directeur adjoint à l'industrie spatiale à la commission, "aujourd’hui, l'espace est perçu comme quelque chose de coûteux et sans grande utilité. Ce n'est pas du tout notre point de vue. Nous pensons au contraire qu'il s'agit d'un volet fondamental pour notre économie". 

Suivre la reprise post crise

La commission européenne a donc mandaté l'Agence Spatiale Européenne pour mettre sur pied un tableau de bord capable de mettre en avant 127 indicateurs. Ce projet, baptisé RACE ( Rapid Action Coronavirus Earth observation) a été lancé ce vendredi. Destiné au grand public, il permet de mesurer l'impact du confinement et le rythme de la reprise dans 10 pays européens (d'autres devraient être intégrés prochainement). 

En deux mois, scientifiques et développeurs ont mis au point ce nouvel outil, simple d'usage. On peut sélectionner un pays de l'Union ou un indicateur et on voit alors apparaître les informations disponibles. Une courbe, une carte, un graphique, des photos... Un texte, établi par les scientifiques en charge de ces programmes satellitaires, complètent la représentation visuelle des données.

La récolte d'asperges trahie depuis l'espace

Premier indicateur disponible pour le secteur de l'agriculture : celui d'une production locale pénalisée par l'impossibilité pour la main d'oeuvre étrangère de rentrer en Allemagne. "On peut suivre la production d'asperges dans la région du Brandebourg en Allemagne ou la production de fraises dans le Sud de l'Espagne et les comparer à l'année précédente" détaille Yves Louis Desnos, chef du département Utilisations de la donnée à l'Agence Spatiale Européenne. 

D'autres indicateurs concernent  l'activité industrielle. C'est ainsi que les images depuis l'espace des tarmacs d'aéroports ou des parkings de sites industriels trahissent le soudain arrêt d'activité. À Gènes ou Dunkerque, l'activité portuaire est signalée au fil des semaines. À Gand, la circulation de produits miniers ou pétroliers. 

Yves Louis Desnos insiste sur le tour de force. Avoir réuni autant d'expertises en deux mois, c'est court ! De nombreuses équipes et industriels ont été impliqués dans le projet. Un concours a permis à des développeurs du monde entier d'apporter leurs idées. "Une dizaine d'équipes gagnantes dans le monde ont été sélectionnées pour figurer sur la plateforme" précise t-il. 

Une plateforme unique au monde

Proposer un rendu visuel des données satellitaires, à l'image de ce qu'on fait les épidémiologistes pendant la crise avec leurs nombreuses courbes, graphiques ou images animées, c'est la première fois que cela est fait dans un contexte de crise. Aux données de Copernicus, l'ESA a ajouté celles de satellites nationaux comme les Pléiades de France par exemple. 

Même si le potentiel de cet outil interactif est prometteur, au jour du lancement, plusieurs indicateurs étaient encore signalés comme "à venir". Chaque semaine, et parfois en fonction du passage des satellites, RACE sera enrichi, permettant des comparaisons entre pays. Un plus grand nombre de pays européen sera aussi proposé selon ses promoteurs. On devrait ainsi voir les effets décalés de la reprise économique en fonction des dates de déconfinement. 

Fin juin, deux partenaires viendront s'ajouter au programme: la NASA et l'Agence Spatiale Japonaise. 

> le site du projet RACE

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