C’est une avancée inédite dans la recherche sur la reproduction. Des scientifiques chinois ont réussi à engendrer des souriceaux viables et en bonne santé… à partir de deux parents femelles.

La reproduction à partir d'un seul sexe existe déjà, mais pas chez les mammifères
La reproduction à partir d'un seul sexe existe déjà, mais pas chez les mammifères © Maxppp / Yves Salvat

Faire naître un bébé à partir d’un ovule non fécondé : ce phénomène, c’est la parthogénèse. On en parle pour désigner la reproduction d’une espèce sans intervention de gamète mâle, uniquement grâce à une femelle non fécondée. Cela existe déjà dans la nature : c’est ainsi que se reproduisent les coraux, mais aussi des invertébrés comme l’écrevisse marbrée, certains poissons, ou encore des reptiles tels le gecko ou l’impressionnant dragon de Komodo.

Mais les mammifères, eux, n’ont pas cette possibilité. Du moins, c'était le cas jusqu’à présent.

Comment a-t-on procédé ?

Ce vendredi 12 octobre, la revue Cell Press annonce donc que des scientifiques de l’Académie chinoise des sciences ont réussi l'exploit de faire naître des souris viables à partir de deux femelles seulement, en manipulant les cellules-souches des deux parents. C’est ce que l’on appelle l’édition du génome. 

Un phénomène que nous explique le généticien Axel Kahn, invité du 13 heures de France Inter ce vendredi. 

En temps normal, certains des gènes ne sont actifs que chez les mâles, d'autres que chez les femelles. Ce sont les "gènes soumis à empreinte". Donc, pour faire un petit, il faut un complément mâle/femelle. Là, les chercheurs ont pris d'un côté, un ovocyte (femelle), et de l'autre côté des cellules-souches embryonnaires qu'ils ont modifiées en manipulant les gènes soumis à empreinte. Une fois modifiées, ces cellules ont donc agi comme des spermatozoïdes... Mais qui venaient d'une femelle.

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Le test réalisé par les scientifiques chinois est en outre entièrement réussi, puisque les souriceaux nés de cette expérience ont grandi, et ont pu eux-mêmes engendrer des petits.

En revanche, l’expérience n’a pas fonctionné chez les mâles : en tentant d’obtenir des souriceaux à partir de deux individus masculins, les petits n’ont pas survécu plus de 48 heures, et présentaient des malformations. 

Quelles répercussions chez l’Homme ?

Bien sûr, on serait tenté de se dire que si ce procédé fonctionne chez la souris, il fonctionnera chez les humains. À l’heure où la question des enfants chez les couples homosexuels fait débat, cette découverte pourrait changer beaucoup de choses. Axel Kahn le confirme : en théorie, il serait possible pour deux femmes de procréer ensemble. 

L'une fournirait l'ovule et l'autre, une cellule de peau par exemple. En modifiant cette cellule, elle pourrait en quelque sorte devenir un équivalent de spermatozoïde. Les enfants nés à partir de cette manipulation seraient toutes des filles, mais elles seraient génétiquement différentes. Il faut bien faire la différence avec le clonage.

Une découverte géniale ou au contraire inquiétante ? Dans tous les cas, si la transposition à l'être humain est envisageable, "ce n'est pas pour demain la veille", nuance Axel Kahn. "Sur le plan purement technique, il faudrait compter 10 à 20 ans de recherche." Sans compter les questions éthiques, très nombreuses, qui risquent d'être soulevées par cette avancée.

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