C’est une première mondiale dans le domaine médical : au Brésil, un enfant est né grâce à une greffe d’utérus provenant d’une donneuse en état de mort cérébrale. Un an après, le bébé se porte bien, indiquent les scientifiques.

La petite fille est née le 15 décembre 2017
La petite fille est née le 15 décembre 2017 © Maxppp / Pascal Bonnière

Elle va bientôt souffler sa première bougie. La petite fille, née par césarienne le 15 décembre 2017 à São Paulo, est le premier enfant au monde né d’un utérus transplanté post-mortem. Cette prouesse a été dévoilée le 4 décembre par la revue médicale britannique The Lancet (article en anglais). Pour mieux comprendre, il faut remonter le fil de ces deux dernières années. 

C’est la première fois qu’un utérus issu d’une donneuse en état de mort cérébrale aboutit à une grossesse menée à terme. L’expérience avait été menée une dizaine de fois auparavant, aux États-Unis, en République tchèque et en Turquie. Elle s’était soldée chaque fois par un échec. La tentative la plus avancée, en 2011 en Turquie, avait donné lieu à un début de grossesse mais la receveuse avait finalement fait une fausse couche. 

Une expérience similaire à venir en France ?

Deux équipes travaillent sur la greffe utérine en France : celle du professeur Tristan Gauthier, au CHU de Limoges, a récemment obtenu l'autorisation de réaliser un essai clinique pour la transplantation utérine d'une femme en mort cérébrale.  La seconde équipe travaille à l'hôpital Foch de Suresnes, co-pilotée par le professeur René Frydman et le professeur Jean-Marc Ayoubi, chef de service gynécologie-obstétrique. "Nous avons opté pour la greffe sur des donneuses vivantes", indique le professeur. Car cette technique en est toujours à ses débuts. La première a eu lieu en 2013 en Suède, 39 transplantations ont eu lieu dans le monde et 11 ont conduit à des naissances. 

Il y a un an, l'équipe de Jean-Marc Ayoubi a obtenu l'autorisation de mener un essai sur dix femmes. L'équipe médicale en a reçu une centaine pour l'heure, mais le choix n'a pas encore été arrêté. "Nous espérons réaliser la première greffe dans la deuxième moitié de 2019. La sélection est assez lente, il faut s'assurer que l'utérus de chaque donneuse est sain, fertile."

Des dizaines de milliers de receveuses potentielles

Pour autant, cette première mondiale représente un immense espoir d'avenir : "Cela ouvre une nouvelle voie", résume le professeur. Aujourd'hui, les critères de greffe d'utérus pour des donneuses vivantes sont drastiques : "Il faut une femme de plus de 40 ans, qui a déjà eu des enfants, et qui soit apparentée à la receveuse pour limiter le risque de rejet." Il faut surtout qu'elle soit disposée à donner son utérus... "On estime qu'elles sont au mieux une centaine chaque année en France." 

De l'autre côté, les receveuses potentielles sont bien plus nombreuses : si environ une femme sur 4 000 naît sans utérus (syndrome MRKH), "Il faut ajouter à cela les patientes qui ont subi une hystérectomie à cause d'une hémorragie, ou d'un début de cancer", précise Jean-Marc Ayoubi. Au total en Europe, cela représente des dizaines de milliers de receveuses potentielles

Selon l’AFP, l’infertilité toucherait plus d’un couple sur dix dans le monde. Une femme sur 500 serait victime d’une anomalie de l’utérus. Pour elles, seulement trois solutions existent pour l’heure : l’adoption, le recours à une mère porteuse, et la greffe. Le professeur Jean-Marc Ayoubi estime que, si la technique de transplantation post-mortem finit par aboutir, 50 à 100 femmes en état de mort cérébrale pourraient être de potentielles donneuses en France chaque année.

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