L'équipe de Simon Cauchemez, modélisateur à l'Institut Pasteur et membre du Conseil Scientifique, publie aujourd'hui de nouveaux scenarii. Pour retrouver une vie sans contraintes à l'automne 2021, compte tenu de la dynamique de l'épidémie et des variants, il faudrait que 9 adultes sur 10 soient vaccinés.

Combien de personnes faudra-t-il vacciner pour retrouver une vie normale à l'automne ?
Combien de personnes faudra-t-il vacciner pour retrouver une vie normale à l'automne ? © AFP / Loic VENANCE

Un restaurant entre amis, un apéro en terrasse, une grande tablée pour les 80 ans de grand-mère... La vie d'avant, quoi. À quel horizon et à quelles conditions peut-on espérer retrouver cette vie sans contraintes, à l'heure où plus de 5 000 malades sont en réanimation et le nombre de cas autour de 39 000 par jour ? L'équipe de l'Institut Pasteur a choisi de mettre l'automne 2021 en ligne de mire et modéliser l'impact de la vaccination pour apporter une réponse aux autorités, notamment. 

On est loin de l'immunité collective 

Selon cette étude, depuis le 20 mars 2020, début de l'épidémie de Covid-19, environ 20% des Français ont été infectés par le virus, ce qui reste très loin d'une immunité collective. Les vaccins ont été longs à arriver et au début de l'année, les autorités sanitaires géraient la pénurie. La stratégie choisie a donc été de prioriser les publics en France. À ce moment-là, les variants commençaient tout juste à faire parler d'eux (en Grande-Bretagne notamment) et on savait peu de choses sur la capacité des vaccins disponibles à lutter efficacement contre eux.

Il s'avère que si le vaccin n'agit que sur les cas sévères, alors le choix de cibler d'abord les plus fragiles réduit considérablement le nombre de morts, en comparaison d'une vaccination non-ciblée. C'est l'option choisie par le gouvernement et que valident en quelque sorte ces scientifiques.

En revanche, pour un vaccin qui évite les formes graves, mais diminue aussi les contaminations et la transmission, on obtient le meilleur impact en vaccinant  les plus jeunes. Cela permet de protéger de façon indirecte les plus fragiles .

L'hypothèse des modélisateurs de l'Institut Pasteur

Ces modélisateurs se sont aussi projetés à moyen terme. Ils se sont demandés avec quelle couverture vaccinale il serait possible de revenir à une vie sans contraintes. Pour cela, Simon Cauchemez et son équipe ont pris trois hypothèses  mais n'ont gardé que la plus solide en l'état actuel des données: des vaccins efficaces à 90% mais plus ou moins capables de limiter l'infection et la transmission du virus. Et explique le chercheur également membre du Conseil scientifique, "le scénario qu'on regarde, ce n'est pas forcément celui où il n'y aurait aucune circulation du virus mais on souhaite en cas de nouvelle vague à l'automne qu'elle ne dépasse pas le pic de 1 000 hospitalisations par jour, soit trois fois moins que lors des trois précédentes vagues". Le résultat c'est que "dans un scénario où on ne vaccinerait pas les enfants, il faudrait des couvertures vaccinales extrêmement élevées des adultes, de l'ordre de 90%". Leur hypothèse se base sur un variant particulièrement contagieux à cette période-là, avec un taux de reproduction de 4, c'est-à-dire qu'une personne infectée en contamine 4 autres .

Des taux de vaccinations moindres (90% chez les 65 ans et plus et 70% chez les 18-64 ans) ne permettrait pas d'abandonner toutes les restrictions actuelles comme l'interdiction des rassemblements ou la limitation des déplacements. 

Le refus de la vaccination est une variable non négligeable 

La situation est donc bien sombre, compte tenu du nombre de personnes toujours hostiles à toute vaccination contre le Covid-19 en France (46% selon la dernière enquête de Santé publique France). 

Tous les cas de contaminations n'auront pas disparu à l'automne en dépit d'un effort vaccinal massif. Le virus continuera de circuler chez les enfants qui resteront transmetteurs. Voilà qui pose la question d'une vaccination chez eux. Une éventualité à laquelle personne n'a aujourd'hui d'informations puisque les essais cliniques menés chez les enfants par Pfizer BioNTech et Moderna ne sont pas encore achevés.

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