À l'heure du changement climatique, les satellites sont devenus un outil indispensable pour surveiller la planète. Pourtant, il n'existe pas à ce jour un moyen de détecter depuis l'espace les émissions de CO2. L'Europe envisage de combler ce manque d'ici 2025 et en débat au living planet summit à Milan.

Malgré son programme Copernicus, l'Europe ne peut toujours pas surveiller les émission de gaz à effet de serre
Malgré son programme Copernicus, l'Europe ne peut toujours pas surveiller les émission de gaz à effet de serre © ESA / Airbus

L'Europe, leader mondial dans l'observation de la Terre grâce à son programme Copernicus (7 satellites Sentinelle en orbite depuis 2014) n'a pas à ce jour d'engin dédié aux gaz à effet de serre. Ni le dioxyde de carbone ni le méthane ne sont suivis depuis l'espace alors même que ces rejets sont particulièrement contributeurs du réchauffement de l'atmosphère. 

L'an dernier, selon l'Agence Internationale de l'Energie, les émissions mondiales ont augmenté de 2,7% par rapport à 2017. Sur le podium, la Chine (28%), les États Unis (15%) et l'Inde (7%) tandis que les émissions dans les pays de l'Union Européenne baissaient de 2,5% selon Eurostat. 

Au regard de la crise climatique, il devient urgent d'être en mesure de savoir qui émet et combien. Mais jusqu'ici, la technologie n'a pas permis d'obtenir, en temps réel, ni en continu, ces relevés à l'échelle mondiale. 

Trois pays disposent de satellites dédiés au CO2 mais plutôt expérimentaux. Il s'agit du Japon, de la Chine et des États Unis. L'Europe faisait jusqu'à récemment figure de grande absente, alors même que son programme Copernicus, par la mise à disposition large et gratuite de ses données, est devenu indispensable à de nombreux utilisateurs. La NASA par exemple a fait des informations fournis par Sentinelle, sa première ressource d'observation de la Terre. 

Traquer le CO2, une idée de scientifiques, pas de décideurs

Depuis novembre, il est prévu que Copernicus aura un volet dédié aux émissions de CO2. Le programme CHE prévoit trois engins en orbite et un réseau de mesures au sol afin de distinguer la source des émissions. "Notre projet sera le meilleur parce qu'il est d'une nouvelle génération" affirme Josef Aschbacher, directeur du programme d'observation de la Terre à l'Agence Spatiale Européenne. "_Les trois satellites qui existent ne sont pas assez bons pour pouvoir faire la différence entre les émissions de CO2 d'origine anthropique (_provoquées directement ou indirectement par l'action de l'homme) _et les émissions naturelle_s". 

Le programme européen, dont le premier lancement est prévu en 2025 au mieux, aura une résolution de 2 km par 2 km, autrement dit une mesure tous les 2 km², ce qui permettra d'atteindre l'origine des pollueurs. Si précise et incontestable soit la mesure, il faudrait selon Mauro Facchini, chef du programme Copernicus à la commission européenne, intégrer dès à présent les partenaires étrangers. Pour lui, observer les émissions de gaz à effet de serre comporte une dimension politique à ne pas négliger. "Evidemment, si on veut avoir un système utile pour l'humanité et reconnu par tous, il faut partager l'effort, pour des questions de coûts et pour pouvoir avoir une constellation" précise t-il. 

Il faut encore boucler le financement de ce projet ambitieux. CHE fait partie des six missions choisies par l'UE pour l'avenir. Mais, au terme de plusieurs années de développement au sein de l'Agence Spatiale Européenne, il faudra obtenir de la part des États membres de l'Agence, suffisamment de fonds pour les financer jusqu'à leur terme. Si CHE passe toutes les étapes, les premières données ne seront au mieux accessibles qu'en 2026. Avantage : elles seront comme les 25 térabytes de données, envoyées chaque jour par les satellites de Copernicus, libres et gratuites. 

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