Dans deux tribunes parues coup sur coup dans Le Parisien et Libération, des professionnels de santé d’horizons divers demandent à ce que le masque devienne obligatoire dans les lieux publics clos. Une "urgence" pour eux, que ce soit pour éviter un deuxième confinement total et un sursaut brutal de l’épidémie.

Jeune femme portant un masque pour visiter la Sainte-Chapelle, sur l’île de la cité à Paris
Jeune femme portant un masque pour visiter la Sainte-Chapelle, sur l’île de la cité à Paris © Radio France / Aurélien Accart

Tout le monde a encore en tête les récentes soirées électorales, passations de pouvoir ministérielles, et autres visites officielles de nouveaux membres du gouvernement. Mais dans combien de ces situations a-t-on vu toutes les personnes présentes porter un masque ? Trop peu, s’agacent les professionnels de santé, qui s’inquiètent dans une tribune publiée par Libération que "nos dirigeants, prompts à recommander ces mesures, s’en affranchissent allègrement dans leurs activités publiques".

Dans une autre tribune, publiée ce week-end par Le Parisien, d’autres médecins s’inquiètent du relâchement, en miroir de celui de ses dirigeants, de la population pendant ces vacances d’été bien particulières. "Le port du masque ne vise pas qu’à se protéger soi-même", rappellent-ils, "mais aussi à  empêcher la diffusion du virus ; à condition que tout le monde le porte". "Beaucoup d’entre nous ont relâché leurs efforts depuis quelques jours ou semaines."

Le port du masque, le plus important des gestes barrières ?

Or le port du masque est un élément essentiel de la lutte contre la propagation de l'épidémie. C’est non seulement un "geste barrière", mais il pourrait bien être le plus important d’entre eux. Les médecins signant la tribune dans Libération estiment ainsi que le "risque de transmission par aérosol – un nuage de particules virales en suspension durable dans l’air non renouvelé –" a été trop longtemps sous-estimé, par rapport au risque de transmission "par microgouttelettes et par les mains souillées".

Des moyens de transmission contre lesquels le lavage des mains et la distanciation sociale sont les méthodes les plus efficaces... Sauf qu'on se rend compte désormais qu’ils sont sans doute marginaux. "La transmission par aérosol, donc uniquement par l’air respiré dans une pièce, semble être désormais reconnue comme une des voies majeures de  transmission du virus en population générale, voie qui n’est pas affectée par le lavage des mains ou des surfaces, ni par le respect du  mètre de distance entre les personnes", précisent les médecins. Et pour éviter ce type de contamination, il faut agir à deux niveaux : "l’aération des locaux et [les ] systèmes de climatisation et de filtration", mais aussi "l’obligation du port du masque pour la fréquentation de tous les lieux fermés publics, voire privés".

"Une deuxième vague serait dramatique"

La tribune cite l’exemple de l’Allemagne, qui a généralisé le port du masque en lieu public clos dès la fin du mois d’avril, et évoque "une réduction de 40% à 60% du taux de croissance épidémique suite à cette introduction du port de masque" dans une étude sur une ville du pays. "Dans les pays ayant adopté massivement le port de masque pendant le pic épidémique du printemps, la mortalité par habitant n’a augmenté «que» de 7,2% par semaine, contre 55% dans ceux qui ne le préconisaient pas (étude portant sur 198 pays)."

"Nous demandons que [le port du masque dans les lieux clos] soit rendu obligatoire, pour tous, dans tous les lieux publics clos, sans attendre une éventuelle deuxième vague", conclut donc la tribune de Libération, tout comme celle du Parisien, qui estime qu’il faut d’autant plus le faire que "les stocks nécessaires" sont désormais bien là. "Nous demandons également à tous les personnages publics de s’astreindre à donner l’exemple dans toutes leurs activités, systématiquement et sans exception." Ça fera moins joli sur la photo, certes. Mais si cela peut sauver des vies…

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