Le salon international du tatouage, commence ce vendredi à Paris. Des milliers de visiteurs vont choisir l'inscription qui sera gravée dans leur peau pour la vie. Pour la vie, vraiment ? Une équipe de chercheurs s'est penchée sur les raisons de la persistance du tatouage sur la peau.

En vous faisant tatouer, vous allez donner du grain à moudre à vos macrophages
En vous faisant tatouer, vous allez donner du grain à moudre à vos macrophages © AFP / Mairo Cinquetti / NurPhoto

Pour certains, le mondial du tatouage, qui se déroule ce week-end à la Grande halle de la Villette, à Paris, sera l'occasion de faire leur premier tatouage. Une décision souvent mûrement réfléchie, celle de se faire injecter, à l'encre noire ou colorée, un dessin ou une inscription, qui restera à sa place toute la vie – à moins de faire appel à une opération de "détatouage".  

Malgré les aléas de la vie, les transformations physiques et le temps qui passe, un tatouage reste ancré dans la peau de son possesseur. Comment cela est-il possible, alors même que les cellules du corps humain se renouvellent régulièrement ? Une étude, publiée mardi dans la revue scientifique Journal of Experimental Medecine, a été menée à ce sujet par des chercheurs du CNRS, de l'Inserm et de l'université d'Aix-Marseille, regroupés au sein du Centre d'immunologie de Marseille-Luminy.  

Découverte par hasard

Une découverte faite presque par hasard (les chercheurs, immunologistes, travaillaient à l'origine sur la biologie des cellules du système immunitaire de la peau), mais qui répond à une question qui jusqu'alors n'avait pas de réponse : que devient l'encre des tatouages une fois sous la peau ? 

La découverte est passée par l'étude d'un type de cellule bien précis, le macrophage, une cellule immunitaire "qui a la propriété de phagocyter, c'est-à-dire de "manger" des grosses particules dans le derme, un couche de la peau : à la fois les autres cellules qui meurent, et des éléments extérieurs pathogènes", explique Sandrine Henri, l'une des chercheuses ayant participé à l'étude. Or ces macrophages, quand ils absorbent de la mélanine (le pigment naturel de la peau humaine), ont beaucoup de mal à l'éliminer. On les appelle alors "mélanophages".  

C'est à partir de ces constatations que l'équipe de recherche s'est penchée plus particulièrement sur la question du tatouage, car en injectant de l'encre dans la peau des animaux, "on se retrouvait avec des cellules pleines d'encre qui avaient toutes les caractéristiques de nos mélanophages remplis de mélanine". Et en éliminant ces cellules, l'encre persiste.  

L'encre ne peut être éliminée par les cellules immunitaires

Qu'est-ce que cela enseigne sur la persistance des tatouages ? "Elle est liée au fait qu'un macrophage va internaliser des pigments de l'encre d'un tatouage", mais est incapable de l'éliminer, car ces pigments sont de trop grosses particules. Lorsque le macrophage, à la durée de vie relativement longue, meurt, il relâche cette encre, qui est presque immédiatement phagocytée par un nouveau macrophage.  

Ce qui explique que la forme d'un tatouage reste constante avec le temps et que l'encre ne se disperse pas dans la peau, étant donné que les macrophages ne meurent pas tous en même temps.  

Vers de nouvelles méthodes pour effacer les tatouages ? 

Quel est l'intérêt d'apprendre cela ? Pour les scientifiques comme pour les professionnels du tatouage, cette découverte pourrait permettre de mieux maîtriser l'effacement d'un tatouage. "Aujourd'hui, explique Sandrine Henri, le laser doit d'abord traverser la peau, puis tuer le macrophage, puis casser les particules de pigment en plus petites particules, pour qu'il soit mieux éliminé par le système immunitaire", explique la chercheuse. Une opération longue, qui nécessite plusieurs consultations, et douloureuse. 

"Ce qu'on pense, c'est que maintenant si on était capable de libérer toutes les molécules d'encre en une seule fois, en détruisant localement les macrophages pour libérer l'encre du tatouage, le laser pourra traverser la peau et directement casser les particules d'encre", ajoute-t-elle, ouvrant la voie vers de nouvelles recherches pour trouver ce moyen de libérer l'encre des tatouages, retenu "prisonnier" des cellules qui assurent, sans le vouloir, sa pérennité.  

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