Chaque année, 10 000 morts prématurées en Europe sont associées au bruit. Deux minutes de silence par jour suffisent à ralentir les battements cardiaques. Avec Michel Le Van Quyen, analyse des besoins du cerveau en silence pour sa régénération.

La régénération de notre cerveau passe par le silence
La régénération de notre cerveau passe par le silence © Getty / Juan Jimenez / EyeEm

Le neuroscientifique Michel Le Van Quyen était l’invité de La Tête au carré pour parler du pouvoir du silence. Suite à une paralysie faciale, le chercheur se fait arrêter. C’est ainsi qu’il prend conscience du besoin de silence du cerveau et se consacre à l’écriture de son nouveau livre Cerveau et silence. Il nous explique donc pourquoi le silence est primordial pour notre concentration, et même notre santé. 

Évacuer les toxines et se régénérer 

Quand le cerveau fonctionne à plein régime, il consomme beaucoup de glucose. Ce qui génère énormément de détritus (en l’occurrence des protéines qui s’amassent). Or le cerveau n’a pas de système lymphatique. Donc comment fait-il pour se "nettoyer", se débarrasser des toxines qui peuvent nuire à son bon fonctionnement ? 

La manière dont le cerveau évacue les toxines a été découverte en 2012 par la chercheuse américaine Maiken Nedergaard. Elle a appelé ce système, le système “glymphatique” en référence aux cellules gliales (qui forment l’environnement des neurones). 

Cellules qui par le biais du liquide cephalo-rachidien évacuent ces fameuses toxines. Elle a donc découvert que l’évacuation était plus efficace lorsque l’on se repose (en particulier pendant le sommeil, d’où le fait que l’on “récupère” pendant cette phase). 

Une "douche" du cerveau très importante en particulier dans le cas de la maladie d’Alzheimer. Maladie qui est liée à l’accumulation de protéines dans le cerveau, or beaucoup de chercheurs travaillent sur la manière dont on pourrait les évacuer plus facilement. Le sommeil, le calme pourraient donc être des pistes thérapeutiques, pas pour guérir la maladie mais au moins la ralentir. 

Se concentrer et se construire

Le chercheur nous rappelle que l’on vit dans une sorte d’économie de l’attention. Il affirme qu’un des objectifs de beaucoup d’entreprises du numérique est d’accaparer notre attention. Ce qui épuise notre cerveau. 

Il fait par ailleurs référence à la chercheuse Gloria Mark qui a étudié les "open space". Les conclusions sont alarmantes. La concentration des salariés sur une tâche est en moyenne de 11 minutes (avant d’être interrompus par une autre tâche). Par la suite ils auront besoin d’environ 25 minutes pour de nouveau se concentrer sur la tâche.

L’accumulation de ces interruptions constitue ce que les psychologues appellent une surcharge cognitive. Vous avez ce sentiment d’avoir trop de choses à faire à la fois, sentiment qui peut aller jusqu’à la douleur physique. 

Aujourd’hui d’une manière générale, on est tous un peu dans l’inquiétude permanente de passer à côté de quelque chose. 

Le silence est quelque chose de fondamental pour le bon fonctionnement cérébral. Les moments de déconnexion sont très importants pour favoriser la créativité, la concentration mais aussi la construction de soi. 

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