Le Molnupiravir et le Paxlovid, deux pilules américaines développées par les laboratoires Merck et Pfizer, pourraient être les premières administrées aux Français pour prévenir les formes graves du Covid. Toutefois, elles doivent encore être validées par les agences européenne et américaine des médicaments.

L'antiviral Molnupiravir, développé par le laboratoire américain Merck, est en cours d'étude au sein des agences américaines et européennes des médicaments.
L'antiviral Molnupiravir, développé par le laboratoire américain Merck, est en cours d'étude au sein des agences américaines et européennes des médicaments. © AFP / GARO / PHANIE

Dans son allocution ce mardi, le président de la République a annoncé de manière laconique l'arrivée d'une "nouvelle arme" contre le Covid-19 : des traitements "réellement efficaces" et disponibles "dès la fin de l'année". De quels traitements parle-t-on ? Quels sont leurs avantages ? Présentent-ils des risques ? Et quand seront-ils disponibles ? Réponse en quatre points.

Quels sont les traitements dont parle Emmanuel Macron ?

Il fait référence à des traitements antiviraux, qui serviront à prévenir les formes graves du Covid chez des patients à risque, qui viennent de contracter le virus (à l'inverse du vaccin, qui a un rôle préventif avant d'attraper la maladie). Les deux plus avancés sont américains et prennent la forme de pilules à avaler : le Molnupiravir, du laboratoire Merck, et le Paxlovid, chez Pfizer. Le Molnupiravir, commercialisé sous le nom de Lagevrio, réduit de 50% le risque d'hospitalisation ou de décès chez les patients susceptibles de développer des formes graves du Covid, selon les premiers résultats d'une étude clinique publié en octobre par le laboratoire. Vendredi dernier, le géant Pfizer, qui a développé le vaccin le plus injecté en France à ce jour, a fait savoir que son traitement par voie orale serait encore plus efficace, à 89% contre ces mêmes formes graves. Il s'agit dans les deux cas de conclusions provisoires, communiquées uniquement par voie de presse par les deux entreprises.

Quels sont les avantages du Monulpiravir et du Paxlovid ? 

Il sont administrés par voie orale, et donc beaucoup moins contraignants que les traitements aux anticorps monoclonaux, dont certains sont autorisés depuis le printemps dernier et actuellement utilisés pour soigner les formes graves du Covid dans les hôpitaux. "L'intérêt de ces médicaments antiviraux, c'est qu'ils vont pouvoir être prescrits par la médecine de ville", analyse sur France Inter Christine Rouzioux, virologue à l'hôpital Necker. Elle évoque des "traitements de cinq jours, avec des pilules à prendre deux fois par jour". L'objectif est de prescrire les comprimés aux personnes présentant des comorbidités juste après un test positif, pour éviter la réplication du virus dans l'organisme, et une éventuelle hospitalisation. "Ce sont des gélules et donc c'est beaucoup moins difficile que des produits à injecter tous les jours (à l'hôpital)", explique la spécialiste.

Quels sont les risques ?

Toutefois, cette nouvelle "arme" évoquée par le président, doit être maniée avec précaution selon Bruno Canard, virologue au CRNS spécialiste des coronavirus. En effet, le Molnupiravir, antiviral très puissant qui pousse le virus à tellement muter qu'il meurt, avait initialement été développé contre un type de grippe qui touche les chevaux et les hommes. "Il était resté dans les cartons parce qu'il y a un inconvénient sur la génotoxicité à long terme, c'est-à-dire sur son pouvoir potentiel de créer des mutations chez les patients", analyse le chercheur. "Qui dit mutations, dit risque de cancer", explique-t-il.

"C'est un médicament qui va être très surveillé et pris de manière très contrôlé"

Il sera donc contre-indiqué pour les femmes enceintes par exemple, et prescrit uniquement aux personnes présentant des risques de développer des formes graves du covid-19. La Haute autorité de santé (HAS) doit déterminer dans les prochaines semaines le public éligible à ce traitement et les circonstances de prescription.

Quand seront-ils disponibles ? 

Dans son allocution, Emmanuel Macron a évoqué des traitements disponibles "dès la fin de l'année". "C’est parce que la France a très tôt misé sur la recherche sur les traitements, que nous avons su en commander très en amont", a-t-il complété, en référence aux 50 000 doses déjà réservées par l'État auprès du laboratoire américain Merck. Toutefois, le Molnupiravir, autorisé au Royaume-Uni depuis jeudi dernier, est toujours en attente d'une validation par les agences européenne et américaine des médicaments (EMA et FDA).  En Europe, l'EMA a annoncé ce lundi qu'elle donnerait ses recommandations dans un délai "le plus court possible". Les premières livraisons sont attendues "à compter des derniers jours de novembre ou des premiers jours de décembre", avait déclaré Olivier Véran devant le Sénat le 26 octobre. 

Concernant le Paxlovid, l'État n'a pas encore officiellement commandé de doses au laboratoire Pfizer. La validation par l'agence européenne du médicament n'est attendue que fin décembre, voire début janvier.