Une équipe de paléontologues argentins a mis au jour une nouvelle espèce de dinosaures au Nord de la Patagonie. Bajadasaurus Pronuspinax vivait il y a 140 millions d' années. Ses épines dorsales très longues lui servaient de système de défense selon ses découvreurs. Une thèse discutable pour d'autres spécialistes.

Une réplique d'un "Bajadasaurus pronuspinax", un nouveau dinosaure à longues épines découvert en Patagonie, lors de sa présentation à Buenos Aires, le 4 février 2019.
Une réplique d'un "Bajadasaurus pronuspinax", un nouveau dinosaure à longues épines découvert en Patagonie, lors de sa présentation à Buenos Aires, le 4 février 2019. © AFP / Juan MABROMATA

À peine publié et déjà reconstitué pour figurer au musée. Le tout nouveau dinosaure argentin appartient à la famille des Dicraeosaures dont cinq espèces étaient jusqu'ici répertoriées dans le monde. La description dans la prestigieuse revue Nature lui assure d'ores et déjà une notoriété certaine. Sa place au Centre culturel de Buenos Aires lui garantit la rencontre avec un public toujours conquis par ces animaux disparus.

Pourtant, le fossile déterré n'est pas particulièrement spectaculaire. Un crâne, des morceaux de mâchoires, une vertèbre et une double épine dorsale... Le squelette est loin d'être complet. Mais l'épine osseuse est spectaculaire et c'est sur elle que les auteurs de la publication se fondent pour affirmer qu'elle appartenait au système de défense de l'animal. Rapportée à la taille de l'animal, elle est particulièrement fine et longue, plus longue que celle dont était dotée Armagasaurus, un dinosaure lui aussi trouvé en Argentine. Et l'animal, s'il possédait 12 épines sur le dos comme le représentent Pablo A. Gallina et ses collègues, devait être impressionnant.

C'est parce qu'elles sont courbées, orientées vers l'avant, quelque soit la position du cou, que l'équipe argentine penche pour un système destiné à éloigner les prédateurs et non un ornement ou la marque d'une différenciation sexuelle.

La folle course au fossile

Contestable selon Ronan Allain du Muséum National d'Histoire Naturelle. Le souci c'est que le dynamisme de la discipline et les découvertes nombreuses (en Chine et en Argentine notamment) échappent parfois à une relecture exigeante et attentive des pairs. "Un chercheur qui publie 15 articles par an, cela pose question" affirme Ronan Allain pour qui, avec toute la rigueur nécessaire, on ne peut publier plus de deux bons articles par an. "On finit par avoir du mal à suivre tout ce qui sort" ajoute t-il. Désormais, ce minima est requis par les chefs d'équipe chinois quand ils accueillent de jeunes doctorants étrangers. À l'origine de cette situation, la pression mise sur de jeunes scientifiques. La tendance au "publish or perish" (plus on publie, mieux on est évalué) est telle, qu'elle s'apparente à une sévère course au fossile. Ce n'est plus de l'émulation propre, c'est de la sale compétition.

S'ajoute un choix des revues où faire paraître sa découverte. Compte tenu des tarifs pratiqués, seules les institutions "riches" peuvent se permettre d'accéder aux grands titres comme Science ou Nature. Jusqu'à acheter une place dans la revue ? À en croire certains chercheurs, on n'en est pas loin. Désormais, les grands titres monnayent si cher leurs services (le groupe Elsevier est particulièrement visé) que nombre de chercheurs aimeraient s'affranchir du système. Quant aux organismes ou bibliothèques, ils ont parfois décidé d'interrompre leur abonnement en raison des hausses de tarifs incessantes.

Bajadasaurus Pronospinax a t-il bénéficié de ce choix ? Y avait-il nécessité à décréter la naissance d'une nouvelle espèce ? La publication dans Nature lui donne de toute évidence du poids. En attendant d'être détrônée par une nouvelle espèce d'ici une semaine ou deux.

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