Racheté en 5 jours suite à une souscription publique, le zoo de Pont-Scorff dans le Morbihan va devenir un centre de réhabilitation pour la faune sauvage. À terme, le nouveau propriétaire, Rewild, un groupement de sept associations, dit vouloir relâcher le maximum d'animaux dans la nature. Une démarche difficile.

Le Zoo de Pont-Scorff, racheté par le collectif Rewild pour en faire un sanctuaire pour les animaux sauvages, est désormais fermé au public.
Le Zoo de Pont-Scorff, racheté par le collectif Rewild pour en faire un sanctuaire pour les animaux sauvages, est désormais fermé au public. © Radio France / Nolwenn Quioc

Il a suffi de cinq jours, d'une vidéo aux images et commentaires bien sentis et du soutien de quelques stars cathodiques (Hugo Clément et Stéphane Bern) pour rassembler 600 000 euros et permettre ainsi le rachat à son ancien propriétaire, Sauveur Ferrara, du zoo de Pont-Scorff, en situation financière délicate depuis au moins deux ans. Avec ses 560 animaux répartis sur 14 hectares, l'établissement était aussi en perte de vitesse en terme de fréquentation.

Pour le groupement d'association Rewild, il ne s'agit pas de sauver le zoo mais de le transformer en centre de réhabilitation. Sur la vidéo destinée à recueillir les fonds, les images insistent sur les manquements au bien-être animal : panthère des neiges faisant des allers/retours dans sa cage, phoques dans un bassin d'eau douce, lion des savanes condamné à un sol froid et boueux. Ce mardi 31 décembre 2019, Jakob, le rhinocéros noir de 28 ans est d'ailleurs mort, nous a annoncé Lamya Essemlali, l'une des trois présidentes de Rewild. Une autopsie va être pratiquée.

Épinglé par les associations française et européenne des zoos

Mais ce n'est pas l'absence de soins qui est à l'origine du rachat. Rewild veut en effet, à terme, accueillir les animaux issus de saisies (chez des particuliers ou aux portes d'entrée sur le territoire français), les réhabiliter en cas de besoin et leur redonner la liberté. Les 560 pensionnaires actuels sont eux aussi, destinés à cet objectif de retour à la nature. Un processus difficile comme en conviennent les nouveaux propriétaires qui ont été épinglés dès le 18 décembre par l'Association Française des parcs zoologiques.  L'association Seasheperd et le journaliste Hugo Clément ont aussi fait l'objet d'une réponse-lettre ouverte de la part de Raphael Windson sur Facebook qui met en doute la viabilité du projet. 

Dans son communiqué, l'AFdPZ soulignait que "le retour à la vie sauvage est rarement possible pour ces animaux issus du trafic, en particulier car le pays d'origine des spécimens est la plupart du temps inconnu". Sa directrice Cécile Erny insiste : "Il faut s'assurer de respecter plusieurs critères pour que la réintroduction marche et surtout assurer le suivi". L'action ne doit être tentée qu'au regard de ses chances de réussite. Elle prend en compte l'aptitude des animaux à rejoindre leur milieu naturel, autrement dit leur caractère, leur compatibilité génétique avec les futurs congénères, et passe par une phase d'adaptation au nouveau milieu, plus ou moins longue.

Rhinocéros noirs au Rwanda, gorille au Gabon, bison d'Europe en Azerbaïdjan, lion en Afrique du Sud... Les succès existent mais ne sont pas garantis. En atteste la mort récente d'une des deux femelles gorilles du zoo de Beauval relâchées au Gabon, quelques semaines seulement après son arrivée.

La réintroduction, un chemin difficile et coûteux

Les nouveaux propriétaires du zoo de Pont-Scorff seraient-ils moins à même de réussir leur pari ? C'est ce qu'affirme l'Association Européenne des Zoos et Aquarium  (EAZA) quand elle écrit le 19 décembre que les opérations de conservation et de réhabilitation de la faune sauvage ne sauraient être menées au nom de l'idéologie ou d'une opération de communication. L'EAZA dont Pont-Scorff est membre accuse les responsables de Rewild de ne pas "comprendre les principes de la réintroduction".

Pour Jérôme Pansu, administrateur de Rewild et pressenti pour être gérant du futur centre de soins, "c'est très facile de dire que ce n'est pas possible de réintroduire". Il dit travailler actuellement avec des États africains et sud-américains, pour trouver des réserves qui accueilleront les animaux du zoo morbihannais. "_Techniquement, un animal détenu en captivité, même depuis longtemps, retrouve la nature sans aucun problème_" martèle t-il, "si on suit les protocoles". Quant aux animaux abîmés par la captivité, ils seront orientés vers des sanctuaires, c'est-à-dire des lieux clos où ils sont suivis et aidés par l'homme, pour l'alimentation notamment.

Jean-Christophe Gérard, vice président de l'Association Tonga est moins affirmatif sur la facilité supposée d'une réintroduction dans le milieu naturel. Lui qui a récemment renvoyé quatre lionceaux en Afrique du Sud dans un sanctuaire, juge que "pour les animaux saisis, c'est plus difficile voire impossible car ils ont été élevés par l'humain : le contact avec l'homme rend le processus très difficile si ce n'est impossible. Les lionceaux ont d'abord été habitués à vivre ensemble avant ensuite d'être considérés comme aptes à retrouver la terre de leurs ancêtres". Pierre Gay, directeur du Bioparc de Doué la Fontaine, lui aussi impliqué dans des programmes de bioconservation, insiste sur les idées reçues. "Il est possible de remettre dans la nature un grand carnivore mais c'est beaucoup plus compliqué qu'un vautour-fauve par exemple". Il précise par ailleurs qu'un animal sauvage qui passe de la captivité au milieu naturel sait chasser mais qu'il choisira la proie la plus facile à attraper. Cette proie, ça peut être l'homme !

Il n'existe à ce jour pas de statistiques sur la réussite des programmes de retour à la vie sauvage. Les parcs zoologiques mettent en avant des succès emblématiques ; l'association Athenas, elle, affirme avoir relâché en 30 ans 17 000 animaux, mais on ne trouve aucun chiffre précis par espèce. Pour tous, la réalité est difficile et coûteuse

Un statut à définir

C'est une des interrogations concernant le zoo de Pont-Scorff. Après avoir récolté 600 000 euros, il faut maintenant trouver 100 000 euros chaque mois pour nourrir, chauffer et sécuriser les animaux et payer les salaires des 17 soigneurs et employés. Le tout sans pouvoir compter sur la billetterie puisque le zoo est maintenant fermé. Sans compter les futurs investissements pour transformer le lieu en "zoo ne montrant pas d'animaux en direct" selon la formule de Jérôme Pansu. Un zoo virtuel où le public se verra proposer une visite par le truchement de caméras et des explications pédagogiques sur les protocoles de réhabilitation et les soins.

"On ouvre une brèche dans la législation. On devient un établissement atypique. Statutairement un zoo est un centre d'élevage ouvert au public. Nous devenons un centre d'élevage sans ouverture au public, avec une section centre de soins pour la faune européenne" pour laquelle une demande en préfecture sera bientôt déposée, précise t-il.

Optimiste quant à la capacité de Rewild de mobiliser le grand public et les fonds privés (une soirée de sensibilisation est prévue à Lorient auprès notamment des entrepreneurs le 6 février prochain), les porteurs du projet souhaitent qu'on les laisse faire leurs preuves. À commencer par l'accueil annoncé pour la semaine prochaine de 200 oiseaux saisis. Sans pour autant donner la provenance ni les circonstances de ces saisies, alors même que l'Association a promis à ses généreux donateurs la transparence dans toutes ses actions.

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