Les médias ont été nombreux à relater les propos racistes scandés à l’encontre de la garde des Sceaux Christiane Taubira. Ces insultes perpétuent parfois dans les esprits la possibilité d’un fondement « scientifique » de l’existence de races humaines. La science a pourtant clairement démontré l’inexactitude de cette idée.

Traitée de « guenon » lors d’une manifestation contre le mariage homosexuel, comparée à un singe par une candidate FN aux municipales, Christiane Taubira déclarait à Libération que « dans notre société les choses sont en train de se délabrer » .

Christiane Taubira
Christiane Taubira © CC-BY-NC-ND / Parti Socialiste

Le paléontologue Yves Coppens rappelait mercredi sur France Inter le non-sens scientifique de la notion de race : « nous sommes du même genre, de la même espèce, de la même race » . Yves Coppens qualifiait la libération de la parole xénophobe en France de « pitoyable » , évoquant les scientifiques qui affirment depuis longtemps l’unicité de l’origine humaine.

Spécialement interrogée par La tête au carré sur le sujet, Evelyne Heyer, ethnobiologiste et professeur au Musée d’Histoire Naturelle, précise que « les données actuelles nous permettent de dire qu’il existe des différences génétiques entre individus, populations et groupes humains, selon leur provenance géographique. Mais ces différences ne permettent en aucun cas de justifier des inégalités entre groupe ou d’associer des capacités comportementales ou culturelles à des singularités génétiques » .

Bertrand Jordan, biologiste moléculaire, complète ces propos : « par les analyses ADN, on peut obtenir des informations sur la provenance des ancêtres d’un individu. Mais les différences génétiques selon les régions du monde ne correspondent pas à la notion de race telle qu’elle était utilisée pendant deux ou trois siècles. Il faut être bien clair, il n’y a aucun lien entre les différences génétiques entre groupes et des différences de capacités cognitives ou comportementales ».

En mai 2013, l’Assemblée nationale adoptait une proposition de loi supprimant le mot « race » de la législation française, notamment parce que ce terme « n’a pas de valeur scientifique ».

Après la seconde guerre mondiale et l’énormité des crimes nazis, le racisme a largement été condamné. Les scientifiques disposent dès cette époque d’éléments solides pour discréditer scientifiquement la xénophobie. Dès 1949, l’UNESCO réunit des ethnologues, anthropologues, sociologues, psychologues, biologistes, pour publier leurs contributions dans un ouvrage collectif intitulé « Le racisme devant la science » .

Le racisme, depuis, définitivement enterré par les scientifiques ? « En Europe, les recherches et les scientifiques sont prudents au regard de l’histoire » précise Evelyne Heyer. « Nous faisons attention aux confusions, sans faire de hiérarchie ni d’essentialisation ».

La situation est parfois différente dans les pays anglo-saxons. Il y a quelques mois, un scandale éclatait aux Etats-Unis au sujet de Jason Richwine de The Heritage Foundation. Etudiant à Harvard en 2009, sa thèse intitulée « QI et politique d’immigration » avait été acceptée. L’ouvrage défend l’idée qu’il existe de profondes différences d’intelligence entre des races humaines, notamment entre populations latino-américaines et populations dénommées « blanches » .

Un article publié dans LeMonde.fr en 2007 souligne plusieurs affirmations et études scientifiques qui appuient l’idée d’une différenciation raciale. James Watson, connu pour être le codécouvreur de la structure de l’ADN, venait alors d’affirmer sans détours que l’intelligence des Africains n’est pas réellement identique à celle des occidentaux blancs. En 2005, des chercheurs américains affirmaient dans une étude (démentie par la suite), que la sélection aurait favorisé de meilleures capacités intellectuelles dans les populations européennes et asiatiques, au détriment des populations africaines.

Bertrand Jordan explique que malgré la couverture médiatique dont elles bénéficient, « ces études sont réellement marginales » . Et qu’en aucun cas une recherche scientifique valide n’affirme ou ne défend l’idée d’ascendances raciales. Les travaux en génétique, menés sur les populations, peuvent être utiles pour comprendre les déplacements et les mélanges de gènes, voire aussi pour identifier des ensembles cohérents dans le cadre d’études médicales. Il précise, « l’idée d’une supériorité entre groupe génétiquement différenciés ne ressort jamais » .

Pour aller plus loin : l’article de Bertrand Jordan, « La réalité génétique des races est-elle démontrable ? », publié dans le Huffington Post en mai 2013.

Antoine Bonvoisin

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