Parcoursup, Spotify, Google, les véhicules autonomes : autant d'algorithmes qui attestent de l'omniprésence de l'intelligence artificielle. Entre progrès et risques, les changements de société nés de l'IA doivent être régulés. Des chercheurs proposent d'y réfléchir collectivement.

Demain, notre santé connectée?
Demain, notre santé connectée? © AFP / Mondolithic Studios / Leemage

La société a profondément évolué ces dernières années sous l'effet de la numérisation, de l'arrivée massive des algorithmes. Transport, santé, finance... l'intelligence artificielle "est partout et gagne tous les secteurs" souligne Anne Laude, doyen de la faculté de droit de l'Université Paris Descartes. "La question est de savoir si on  peut tout laisser faire ou s'il faut réfléchir à des outils juridiques qui viendraient l'encadrer et éviter des dérives excessives" ajoute t-elle. 

Vos données, qui va pouvoir les consulter ?

Décider qui, dans une voiture autonome, est responsable en cas d'accident, n'est pas trivial. De la même façon, en matière de santé, alors qu'on touche à l'intimité des individus, on est en droit de se demander si les données recueillies par votre application de footing sur votre téléphone relèvent de données privées, strictement personnelles ou si elles ont vocation à être connues du système de protection sociale. Il n'y a aucune raison pour que seuls les constructeurs automobiles, l'administration ou les usagers décident. C'est ensemble que les règles et lois doivent être édictées, estiment les chercheurs qui ont mis sur pied un programme de recherche interdisciplinaire.

À partir d'aujourd'hui et au cours de neuf sessions consécutives, ces chercheurs dont plusieurs sont juristes, proposent des séminaires afin d'exposer l'état des connaissances, les différents points de vue et d'en débattre. À l'issue de chaque session, consacrée à un thème particulier, un questionnaire sera mis en ligne afin que les citoyens puissent donner leur avis, exprimer leurs souhaits et craintes.

On a des droits, mais ils ne sont pas respectés 

Pour Nathalie Martial-Braz, professeur de Droit Privé à la faculté de droit de Paris Descartes et membre de l'Institut de France, si certaines lois existent depuis longtemps, on peut s'interroger sur leur pertinence en 2019. C'est le cas de la loi sur la protection des données personnelles -elle date de 1978-. "Est-elle toujours adaptée aux algorithmes d'aujourd'hui ?" interroge-t-elle. Au delà, nous devons nous assurer que la régulation que l'on décidera sera respectée. Si les données personnelles concernent des plateformes de musique ou de films, l'enjeu est bien moindre que lorsqu'il s'agit de Parcoursup ou d'un algorithme qui décide de vous accorder une allocation, de décider d'un crédit bancaire. Parmi les questions qui se posent : "Comment l'algorithme est-il composé ? Quelles informations sont prises ? Puis-je demandé à rectifier les données ? Puis-je savoir comment la décision est prise ? Tous ces droits sont actuellement reconnus explique Nathalie Martial-Braz mais encore faut-il qu'ils soient respectés."

Des séminaires pour comprendre et débattre

Les séminaires aborderont les données personnelles, la banque, la finance et les assurances, mais aussi la santé, la mobilité ou encore les ressources humaines et la management. Au terme du projet, prévu pour durer jusqu'en juin, une séance de restitution et de synthèse est prévue en septembre, suivie de l'édition d'un livre blanc.

D'ores et déjà, on peut consulter des vidéos de présentation de ce projet.

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