Découverte archéologique : l'équipe du Dr Jean-Jacques-Hublin a trouvé des ossements d'Homo sapiens vieux de 300 000 ans au Maroc. En sait-on plus sur le berceau de l'humanité ?

Le site de Jebel Irhoud au Maroc. La zone d'excavation est visible comme une entaille sombre à peu près au milieu de la ligne de crête en pente vers la gauche
Le site de Jebel Irhoud au Maroc. La zone d'excavation est visible comme une entaille sombre à peu près au milieu de la ligne de crête en pente vers la gauche © CC-BY-SA 2.0 Shannon McPherron, MPI EVA Leipzig

La découverte d'ossements humains vieux de 300 000 ans à Jebel Irhoud au Maroc par l'équipe du professeur Jean-Jacques Hublin fait reculer de 100 000 ans les origines de notre espèce.

Peut-on maintenant situer le berceau de l'humanité de l'homme au Maroc ? Ce n'est pas l'avis du professeur Jean-Jacques Hublin : "Quand on met ensemble cet Homme de Florisbad et d'autres découvertes en Afrique du Sud, pas seulement des découvertes de fossiles mais aussi les outils que fabriquent ces hommes et qu'on attribue au "Middle Stone Age", on voit très bien ces Homo Sapiens archaïques apparaître un peu partout en Afrique après -300 000 ans. Notre idée, c'est qu'à -300 000 ans ils sont déjà partout".

Pour lui, nous sommes tous sortis d'Afrique - mais pas d'un point particulier d'Afrique :

S'il y a un jardin d'Eden, il a la taille de l'Afrique

Le Dr Jean-Jacques-Hublin sur le site de Jebel Irhoud (Maroc). Il indique le crâne humain écrasé (Irhoud 10) dont les orbites sont visibles au-delà de l'extrémité du doigt
Le Dr Jean-Jacques-Hublin sur le site de Jebel Irhoud (Maroc). Il indique le crâne humain écrasé (Irhoud 10) dont les orbites sont visibles au-delà de l'extrémité du doigt © CC-BY-SA 2.0 Shannon McPherron, MPI EVA Leipzig

Un Sahara vert

Jean-Jacques Hublin rappelle que l'Afrique il y a 300 000 ans était radicalement différente de celle d'aujourd'hui, avec plusieurs périodes de Sahara vert, avec une surface grande comme les USA avec des savanes, des prairies, des lacs (qui pouvaient être grands comme l'Allemagne), avec des girafes, des gazelles, des zèbres... et des groupes de chasseurs cueilleurs, qui vivent dans cette immensité.

Quand l'aridité monte, les populations d’hominidés connaissent des périodes d'isolement et l'évolution humaine se fait un peu en vase clos. À d'autres époques au contraire, on voit des connexions entre tous ces groupes, des échanges de gênes, d'innovations, de comportements nouveaux...

Plusieurs espèces humaines sur Terre en même temps

Jean-Jacques Hublin rappelle aussi :

Cette situation d'une espèce unique très homogène, avec une origine commune récente, est une situation qui ne s'est quasiment jamais produite dans le passé !

En remontant simplement 100 000 ans dans le temps, on trouvait des Néandertaliens en Europe, des Hommes de Flores en Indonésie, des ancêtres des Hommes modernes en Afrique… À l'époque des fossiles trouvés à Jebel Irhoud, il y avait peut être, même à l'intérieur de l'Afrique, plusieurs formes très différentes de l'humanité.

Mais d'où vient le DAC (Dernier Ancêtre Commun) ?

Il y a 300 000 ans, on voit des Homo Sapiens archaïques dans différentes parties d'Afrique. Même s'il nie le fait que sa découverte à Jebel Irhoud démontre une origine de l'humanité au Maroc, le professeur Jean-Jacques Hublin reconnaît qu' "il y a probablement en amont un point d'origine et même un point géographique d'origine". Mais où ? On l'ignore, car, dit-il, "on n'a pas de documentation".

La paléoanthropologie est plus développée en Europe qu'en Afrique

Jean-Jacques Hublin rappelle :

On connaît aujourd'hui beaucoup plus de choses sur l'évolution de l'homme de Néandertal qu'on en sait sur l'évolution et l'origine de notre propre espèce.

La raison en est simple : la paléoanthropologie est née en Europe, au milieu du XIXe siècle. Le premier Homme de Néandertal est identifié en tant que tel en 1856 ; et depuis on a continué les recherches donc on a trouvé des centaines de fossiles...

En Afrique, la paléoanthropologie n'a commencé qu'en 1930... et s'est concentré jusqu'à aujourd'hui sur certaines zones, estimées plus favorables (Il est plus probable de trouver des fossiles en Afrique de l'Est que dans la forêt équatorienne par exemple). À cela s'ajoutent aujourd'hui des considérations d'ordre sécuritaire… Il y a des régions entières en Afrique pour lesquelles on ne sait absolument rien de ce qu'il s'est passé !

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