Chez les poissons tropicaux, la beauté ne fait pas tout. Une étude du CNRS de Montpellier démontre que notre perception de la beauté du vivant pourrait mettre en danger la biodiversité.

Des photos de 116 espèces, dont le mérou noir et le poisson-ange, ont été soumises à plus de 8 000 personnes pour déterminer leur valeur esthétique.
Des photos de 116 espèces, dont le mérou noir et le poisson-ange, ont été soumises à plus de 8 000 personnes pour déterminer leur valeur esthétique. © Maxppp / F. Launette / Z. Kizilkaya

Une étude menée par des écologues du CNRS de Montpellier nous apprend que, s'ils sont beaux, les poissons tropicaux ne sont pas les plus utiles d'un point de vue écologique. Les chercheurs ont demandé à plus de 8 000 personnes, âgées de 3 à 80 ans, de classer 116 espèces selon leurs propres critères de beauté.

'Il y a une certaine universalité dans la perception de la beauté'

Le poisson-ange, la rascasse volante, le poisson-lime, et le poisson-papillon (de gauche à droite et de haut en bas) font partie des espèces les plus belles selon l'étude.
Le poisson-ange, la rascasse volante, le poisson-lime, et le poisson-papillon (de gauche à droite et de haut en bas) font partie des espèces les plus belles selon l'étude. © Maxppp / .

Un des auteurs de l'étude, Nicolas Mouquet, relève la présence quasi-systématique des deux héros de dessin-animé Nemo et Dory, le poisson-clown et le poisson chirurgien. "On retrouve aussi des poissons-anges ou des poissons-papillons qui vont souvent avoir de belles parures avec une très forte hétérogénéité des couleurs" précise-t-il.

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Ces critères esthétiques ont ensuite été comparés avec la valeur écologique et fonctionnelle des poissons. Il apparaît que les poissons tropicaux les moins attractifs sont en fait ceux qui ont une richesse fonctionnelle en moyenne 33% supérieure à celle des poissons considérés comme les plus beaux.

Le nasique, l'empereur gros-yeux, le mérou noir, ou le poisson-ballon (de gauche à droite et de haut en bas) font partie des espèces les moins "attractives" selon l'étude.
Le nasique, l'empereur gros-yeux, le mérou noir, ou le poisson-ballon (de gauche à droite et de haut en bas) font partie des espèces les moins "attractives" selon l'étude. © Maxppp / .

Malheureusement pour eux, les plus gros poissons, les plus actifs ou les plus utiles à leur écosystème ne sont pas les plus jolis. Ils nettoient les coraux, vivent la nuit, mangent les parasites... Les résultats de l'enquête inquiètent donc Nicolas Mouquet qui se demande si ce "biais dans notre perception de la beauté" pourrait avoir des conséquences majeures sur la façon dont nous protégeons notre environnement.

Les espèces les moins attractives seront-elles moins protégées ?

Selon Nicolas Mouquet, "nous devons faire un effort de communication important sur la diversité biologique en ne privilégiant pas le beau et le sensationnel mais plutôt le rôle écologique des espèces".

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