On commet tous des erreurs et on subit tous des échecs, même si on aimerait les éviter. Mais à quoi servent-ils ? Qu’en fait notre cerveau ?

Tirer profit de nos erreurs
Tirer profit de nos erreurs © Getty / Robert Niedring

Comment être à l’écoute de ce qu’ils disent de nous ? Dans La Tête au carré, l’émission scientifique de France Inter, Mathieu Vidard entouré d’un philosophe, Charles Pépin, d’un neurobiologiste, chercheur au C.N.R.S, Emmanuel Procyk et d’un journaliste, Sébastien Bolher a fait le point sur le rôle et la perception de l’échec.

À quoi ça sert de se tromper ?

À apprendre. On peut même aller plus loin et dire qu’on on ne réussit rien sans multiplier les tentatives. Les erreurs permettent de réévaluer les choses, de rectifier un comportement en déclenchant des mécanismes d’adaptation.

Ce que l’on sait du traitement de l’échec par le cerveau

Dans les années 1990, les chercheurs ont commencé à détecter par électroencéphalographie chez l’homme et chez l’animal des signaux qui émergeaient du cerveau au moment où les individus se rendaient compte qu’ils produisaient une réponse erronée. Ce signal est une onde négative : l’E.R.N pour error rating negativity.

Puis on a fait des tests en laboratoire : on a demandé à des sujets de choisir entre deux options. On leur a posé des questions de plus en plus rapidement. Les sujets vont aller vite, et plus ils vont aller vite, plus ils vont avoir tendance à produire des réponses erronées. Au moment de ces erreurs, dans les 90 millisecondes, le cerveau détecte l’erreur. Avant même que l’action ne soit finalisée ! Ce sont d’ailleurs les mêmes systèmes qui détectent les erreurs, et qui reconnaissent les réussites. Ça se passe dans la même région du cerveau.

Le cerveau, c’est Madame Irma ?

L’erreur, c’est l’écart entre la prédiction du cerveau et la réponse donnée. Il estime si oui ou non, c’était correct. Le cerveau fonctionne par prédiction. Il ne fait même que ça ! Et c’est grâce à cela qu’il nous aide à comprendre le monde, et les autres.

Mais l’échec n’est pas valorisé dans la culture française

Dans l’enseignement en France, il y a un problème : on sanctionne une erreur, un décalage, par rapport à une norme, sans voir dans ce ratage ce qui peut être prometteur, et, peut-être même parfois, annonciateur de quelque chose d’intéressant. On va induire la confusion avec un échec au sens psychique. L’élève va avoir un sentiment d’être un raté, alors qu’il a simplement fait une erreur. Pourtant, tous les chercheurs le savent : l’erreur fait partie du chemin normal pour arriver à la vérité.

Bachelard dit même :

La vérité, n’est qu’une erreur rectifiée

Il y a aussi un mot : la sérendipité, qui est la découverte par le hasard, donc, aussi, par les erreurs. Les sciences du cerveau nous expliquent que l’erreur est une nourriture pour le cerveau.

C’est seulement en France, que l’on rend les copies publiquement en lisant les notes à voix haute, en mettant en rouge des notes basses : c’est extrêmement violent, humiliant et ça ne sert à rien...

Écouter l'extrait de La Tête au carré sur les racines culturelles de l'humiliation dans l'apprentissage en France :

Ce qu’il ne faut pas faire

Il ne faut surtout pas dire à un enfant : « tu t’es trompé, ce n’est pas grave, l’essentiel, c’est ne pas recommencer. » C’est anxiogène ! L’enfant se dit alors qu’il n’a plus le droit à l’erreur.

Écoutons plutôt Samuel Beckett :

Tu peux rater, mais de mieux en mieux

Ce qu’il faut faire

Faire comprendre qu’on est multiple, qu’il y a des domaines dans lesquels on est meilleurs que d’autres. Qu’une erreur n’est pas l'échec de la personne, mais de son projet, ou de son travail. Ne jamais humilier.

Pourquoi c’est bien de se tromper

Si on a un cerveau assez flexible pour intégrer les messages que nous donnent la vie, l’erreur devient un guide.

Ça arrive même, et surtout, aux meilleurs

Darwin a échoué en fac de médecine, un an, en fac de théologie, deux ans avant de s’embarquer pendant plusieurs mois parce qu’il était désœuvré. Il est l’exemple qui nous montre ce que l’erreur peut nous apprendre. Dans beaucoup de relations de maîtres à élèves, l’élève peut apprendre par imitation en appliquant des préceptes. Mais pour trouver sa voie dans la vie, il n’y a pas de cours.

La trajectoire de Darwin nous montre exactement comment ça se passe : il faut se trouver devant des portes fermées, et des cul-de-sac pour prendre un autre chemin. Quelquefois, l’échec, ne nous apprend rien, sinon que cette voie n’est pas faite pour nous. Il faut être à l’écoute de soi et des erreurs. Il faut abandonner une voie pour une autre. Il a finalement rencontré son désir grâce à ce double échec.

Et si on ne se trompe jamais ?

C’est plutôt mauvais de ne jamais avoir de retour négatif sur sa fonction. Si on ne se trompe jamais, on ne réévalue jamais ses prédictions. Et s’il n’y a jamais de retour sur l’inadéquation de ses choix, on risque de persister dans l’erreur.

►►► Écouter l’émission consacrée à l'erreur

Aller + loin sur le cerveau avec La Tête au carré

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