On entend un peu tout et son contraire sur les effets de la pratique sportive sur la santé. Une étude menée par des chercheurs français devrait nous aider à y voir un peu plus clair.

Pour en parler, Jean-François Toussaint, médecin et professeur de physiologie à l’Université Paris Descartes qui a dirigé cette étude de Juliana Antero-Jacquemin et Dominique Dupagne, médecin généraliste invités de la Une de la Science.

Sportifs haut niveau - espérance de vie - Jeux Olympiques
Sportifs haut niveau - espérance de vie - Jeux Olympiques © MaxPPP

Jean-François Toussaint comment avez-vous procédé ?

On a souhaité s’intéresser à l’exhaustivité de la cohorte. Tous ceux qui en France ont participé aux J.O. entre 1948 et 2010. A partir de là, il fallait prendre ceux dont on était certains de pouvoir obtenir toutes les conditions et causes de mortalité. Et réinterroger les registres français. Et ensuite comprendre les différentes causes associées qui ont vu la fin de ces hommes et ces femmes exceptionnelles qui ont participé aux J.O.

Dominique Dupagne, une cohorte de sportifs seulement olympiques : est-ce une particularité importante pour analyser ces résultats ?

Ce sont des sportifs de haut niveau mais qui ne sont pas censés être professionnels, donc pratiquer de façon amateur.

Et en ça, ces sept ans ont un sens par rapport à l’amateurisme ?

D.D : On avait des données qui montraient que dans certains sports on avait au contraire une baisse de l’espérance de vie ou des complications, et cela concernait des sportifs professionnels.

Jean-François Toussaint, une différence importante alors ?

Il y a une grande différence par rapport à ce que certaines études ont pu montrer, c’est qu’il y a des effets de sur-risques chez certains sportifs professionels (comme ceux liés aux spécificités du football US avec toutes les commotions cérébrales).

Mais ce que l’on constate, y compris dans cette population-là, c’est que même si on a une petite augmentation des complications neuro-dégénératives, globalement le risque cérébral peut être augmenté, on a dans le même temps une augmentation de 3 à 10 décès sur la cohorte de 5000 footballeurs américains et une réduction de 300 à 150 décès par cancers et maladies cardio-vasculaires . Donc là on voit tout de suite l’effet majeur lié à l’état de santé ou aux prédispositions qui sont associées entre performance et survie, au détriment parfois d’une spécificité qui peut être, par exemple dans le cyclisme, les accidents traumatiques lors de descentes des cols. Et donc on a bien la confirmation - y compris pour les sports à risques - de cette association d’une prolongation de 5 ans de vie y compris pour les sportifs professionnels.

Est-ce que parmi les sports olympiques, on peut pointer du doigt des sports plus bénéfiques que les autres ?

JF. T : C’est la question que nous sommes en train de nous poser actuellement. Le premier constat que nous avons c’est que ceux qui combinent des qualités d’efforts différentes et donc des durées d’effort différentes, à la fois des efforts de puissance et d’endurance, vont avoir une augmentation du bénéfice cardio vasculaire . Ce qui est typiquement le cas des athlètes décathloniens et heptathloniennes, qui combinent des épreuves de vitesse et d’endurance.

Dominique Dupagne quel sport pratiquer pour être en meilleure santé ?

Sport n’est pas forcément synonyme de bonne santé, comme vient de le dire mon confrère. Vous avez des sports qui correspondent à des efforts explosifs, brutaux, et si il n’y a pas un travail d’endurance fait à côté, ils ne sont pas forcément bons pour la santé.

Les sports bons pour la santé sont ceux qui font travailler le corps un peu comme un diesel, avec un mouvement régulier, avec de l’oxygène qui est assimilé par les muscles.

JF. T : J’irai quand même à l’encontre de cette idée, parce qu’on a aussi constaté que l’augmentation des capacités physiques de puissance est aussi associée avec une augmentation de la durée de vie. On n’a donc pas du tout confirmé cette inquiétude qui était au départ que les efforts brutaux dans le sport diminuaient l’espérance de vie.

D. D : Oui mais comme vous le disiez vous-même il y a une prédisposition personnelle à la performance physique, au fait d’être un athlète olympique. Il y a un mode de vie associé qui peut être le fait de ne pas fumer, d’avoir une diététique, donc on ne peut pas tirer des éléments de causalité, on n’a pas de preuves bien sûr. Mais en tant que médecins on a quand même des éléments assez forts pour montrer que des sports d’endurance, aérobie sont quand même plus bénéfiques que des sports comme le squash ou le badminton.

JF. T : Non on n’a pas encore ces éléments-là, et c’est justement sur ces aspects que petit à petit les études sont en train d’être réalisées et toutes ne vont pas forcément confirmer cette première inquiétude que vous leviez de façon justifiée initialement. Mais on est peut-être en train de comprendre de façon différente cette distribution du risque.

Jean-François Toussaint, est-on capable de dire quelle part de ces sept ans gagnés est réellement due à la pratique du sport ?

C’est toute la question effectivement. On sait qu’il y a une part liée à la prédisposition, et d’autres liées au comportement, au mode de vie sain parce que beaucoup d’entre eux vont poursuivre une activité physique au-delà et qui ne sera plus aussi intense que celle qu’ils ont connus pendant leur carrière. Ce que l’on comprend c’est qu’en population générale,le fait de ne pas être sédentaire et d’être actif est effectivement associé à 2 à 3 ans d’espérance de vie en plus . Les 3 ou 4 ans supplémentaires viennent peut être de cet effet génétique de prédisposition, de capacité, d’entraînement, de contexte culturel précoce (pour ceux qui ont connu par la famille un contexte sportif très jeune).

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