Nouvelle tendance dans le paysage de l’innovation et des nouvelles technologies, les Smart cities , ou villes intelligentes, font régulièrement parler d’elles. Notamment lors de la dernière campagne municipale, au cours de laquelle Anne Hidalgo, élue maire de Paris, a déclaré vouloir consacrer un milliard d’euros pour faire de la capitale une ville intelligente. Ce concept, qui incarne l’innovation et des solutions pour des villes durables, recouvre néanmoins certaines ambivalences.

Smart cities
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A l’heure actuelle, plus de la moitié de la population mondiale vit en ville. Dans les années 2050, on estime qu’environ deux tiers de cette population habitera dans un environnement très urbanisé, souvent des mégapoles. Les défis sont nombreux et variés : optimiser l’énergie, réguler la pollution et le trafic, adapter l’urbanisme, développer et organiser la vie sociale, veiller à la qualité de vie des habitants, au développement économique et à la maîtrise des dépenses publiques…des défis auxquels la ville intelligente est censée apporter des solutions.

Pour faire simple, la ville intelligente doit optimiser , à l’aide des moyens numériques, informatiques et technologiques disponible, les services déjà existants, tels que les transports, l’alimentation en eau, en électricité, etc. Une idée qui a pris son essor avec l’arrivée des Smartphones, donnant la possibilité de saisir facilement des données, notamment géolocalisées.

Interrogé dans l’émission Place de la toile, Antoine Picon, ingénieur, architecte et docteur en histoire au Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS), résumait en disant qu’une Smart city est « Une ville qui devient sensible » . « Une ville pour laquelle on a suffisamment de capteurs pour savoir ce qu’il se passe, et où il est possible de faire remonter l’information » .

Difficile de dessiner un contour précis des projets menés sur les Smart cities , tellement les applications concernent des problématiques locales. Cependant, « Les sujets les plus d'actualité sont au niveau de la mobilité et de la gestion intelligente des bâtiments » , selon Anne-Céline Lamballe, responsable sectoriel énergie, transport et développement durable à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria).

Deux visions s’affrontent sur la conception des Smart cities : une approche top-down, plutôt portée par les gros opérateurs économiques, qui envisagent la ville comme « une salle de contrôle », et dans laquelle le citoyen est presque absent. L’autre vision est plus humaine, et centrée sur les problèmes de cohésion sociale, et de désaffection démocratique. Une approche qui considère plutôt la ville intelligente comme un moyen pour favoriser la participation des citoyens dans le développement de leur ville.

Mais cette dernière acception est peu représentée , et c’est là l’ambivalence des Smart cities. Aussi innovant que le concept puisse paraître, et intéressant pour apporter de nouvelles solutions aux enjeux posés par l’urbanisation croissante, les porteurs de projets, les entreprises, voient derrière les Smart cities un nouveau moyen d’utiliser les données des utilisateurs, et a priori d’en tirer profit.

Antoine Picon évoquait clairement que cette quantité énorme d’information est « ce dont tout le monde veut s’emparer » . Les citoyens le veulent mais les entreprises le souhaitent également, les administrations, les politiques… la question du traitement devient une question sociale et politique.

La recherche sur les villes intelligentes s’effectue en grande partie en collaboration avec le milieu entrepreneurial. « Les projets de R&D ont besoins de financements pour exister, il n'existe pas de fondations humanistes investissant dans ces projets. On trouve des entrepreneurs désireux de développer des nouveaux usages que ce soit pour l'autopartage, l'information des voyageurs sur les impacts, etc. » explique Anne-Cécile Lamballe. La recherche a besoin de données de terrain pour valider les modèles d'études, donc de celles détenues par les entreprises.

Deux questions se posent alors : que va-t-on faire des données, et où s’arrêtera-t-on dans le développement des villes intelligentes ? Les fichiers clients recueillis par les entreprises ne sont pas forcément anonymisées, et l’usage qui en sera fait devrait être clairement défini. Par ailleurs, les activités de la toile représentent une consommation d’énergie, non négligeable, qui pourrait représenter plus que celle de l’aviation civile. Un facteur à prendre en compte dans l’utilisation des nouvelles technologies pour réduire la consommation énergétique des villes.

Pour en savoir plus :

- Un dossier complet sur les Smart cities

- Un article : Ta ville, trop smart pour toi

Antoine Bonvoisin pour La tête au carré.

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