Au terme d'une mission de 6 ans, la sonde japonaise Hayabusa 2 a rapporté des échantillons de l'astéroïde Ryugu, situé à 440 millions de kilomètres de la Terre. A l'ouverture du collecteur, la quantité de particules noires semble supérieure aux attentes des scientifiques.

A l'ouverture du collecteur, la quantité de particules noires semble supérieure aux attentes des scientifiques
A l'ouverture du collecteur, la quantité de particules noires semble supérieure aux attentes des scientifiques © AFP / Handout / JAXA / AFP

Ils sont restés sans voix. A l'ouverture de premier compartiment de conteneur abritant la précieuse poussière d'astéroïde, l'un des scientifiques japonais Hirotaka Sawada a déclaré avoir été étonné par la quantité récoltée : "c'était davantage que ce que nous espérions et il y en avait tellement que j'étais réellement impressionné". "C'est génial" renchérit Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS, impliqué dans la mission Hayabusa 2 réalisée par l'Agence Spatiale Japonaise. Succès total donc pour cette mission historique sur un astéroïde carboné. Sur l'image diffusée ce mardi matin, on voit dans le collecteur un petit tas de grains noirs de différentes tailles : du gravillon de 1 millimètre de diamètre à de la poussière fine comme du talc. L'échantillon (le premier des 2 collectés) que Patrick Michel compare à la croute d'un crumble aux pommes ravit ceux qui s'apprêtent à l'analyser. 

Des géochimistes français choisis pour l'analyse

Au Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques CRPG à Nancy, Bernard Marty fait partie d'une équipe de chercheurs qui auront un accès privilégié aux échantillons de Ryugu en raison des capacités analytiques du laboratoire et d'une compétence reconnue au niveau international. Gaz et grains seront passés au crible. Et l'enthousiasme des Japonais est partagé. "Les machines sont chauffées à blanc" dit-il en riant. Il lui faudra pourtant attendre quelques mois. "D'abord, les échantillons vont être examinés à la JAXA" détaille Bernard Marty. "Ensuite, les équipes choisies auront le droit d'étudier pendant 1 an ou 1 an et demi les échantillons et dans un 3ème temps, les autres équipes du monde entier pourront faire des demandes". En France, plusieurs équipes à Lille, Grenoble, Paris et Nancy sont donc sur les rangs.

L'étude se fera par différents moyens qui permettent désormais d'atteindre le niveau atomique. "_On va s'intéresser aux éléments dits volatiles_, c'est-à-dire carbone, azote, gaz nobles. Ils forment l'atmosphère des planètes et qui sont a priori riches dans ce type d'astéroïdes" explique le professeur de géochimie au CNRS et enseignant à l'université de Lorraine. "L'idée est de voir s'il y a un lien génétique entre cette matière primitive et l'atmosphère de la Terre qui a permis le développement de la vie, ou l'atmosphère d'autres planètes comme Mars".

Remonter aux origines du système solaire

Les outils sont devenus si performants que sur un grain d'un millimètre, il est possible d'analyser tous les éléments chimiques du tableau périodique ! Cela permet de remonter à l'origine de la matière, aux briques élémentaires qui composent cet astéroïde. Il est dit "carboné", c'est-à-dire riche en éléments organiques, indispensables à toute vie. Les scientifiques veulent notamment comparer cette poussière céleste avec les météorites tombées sur Terre, en particulier les chondrites carbonées, assez rares. Ces météorites sont issues d'une zone éloignée du système solaire plus lointaine où les conditions ambiantes leur auraient permis de piéger des composés volatiles avant de les "apporter" sur Terre et de contribuer ainsi au développement de la vie.

"On en a apparemment énormément" s'enthousiasme Patrick Michel pour qui cela n'est pas étonnant car la collecte sur 2 endroits différents de l'astéroïde s'était très bien passée. Les Japonais visaient 100 milligrammes. Il pourrait y en avoir 1 gramme, peut-être même plus. Cela permet d'envisager plus d'études. Dans un premier temps, détaille Bernard Marty, "les analyses sont non-destructives, elles ne détruisent pas les grains et on va pouvoir les observer avec des microscopes ou des faisceaux de lumière et dans un 2ème temps, on passera à des analyses plus destructrices qui endommageront la matière mais cela ne sera fait qu'une fois qu'elle aura été caractérisée". Une grande partie - 70% - sera conservée pour les générations futures. Au CRPG, on attend les échantillons gazeux en mars et les grains au 2ème semestre 2021. Bernard Marty ne s'attend pas à devoir aller au Japon récupérer le butin extraterrestre comme cela lui est arrivé par le passé pour d'autres cailloux du système solaire. Cette fois-ci, c'est vraisemblablement par la poste que lui sera livré le colis.

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