Prix de l'innovation lors du congrès de l'Encéphale, l'application "Mon Sherpa" vise à apporter un soutien psychologiques aux personnes qui souffrent d'anxiété, de troubles du sommeil ou de stress. Développée par des psychiatres et des chercheurs, elle ne remplace pas le médecin mais enrichit le suivi.

"Mon Sherpa", déjà téléchargée 100.000 fois, est la première application développée par des psychiatres entourée de chercheurs. Image d'illustration.
"Mon Sherpa", déjà téléchargée 100.000 fois, est la première application développée par des psychiatres entourée de chercheurs. Image d'illustration. © Getty

Déjà sous tension, la psychiatrie n'a plus assez de bras pour prendre en charge tous les patients affectés par la crise sanitaire du Covid-19. Confinement, télétravail, perte d'emploi... Depuis près d'un an, les conditions de vie sociale ont été profondément bouleversées au point que bon nombre de Français font part de troubles psychiques. Anxiété, troubles du sommeil, stress, perte de confiance, solitude, les maux touchent tous les publics. 

Selon le dernier bulletin hebdomadaire de Santé Publique France, la dernière enquête montre que 29% des personnes interrogées présentent un état anxieux ou dépressifs et 67% se plaignent de troubles du sommeil. Cette "vague psychiatrique" comme la qualifie Marion Leboyer, directrice de la fondation FondaMental, ne semble pas faiblir d'autant que, désormais, les étudiants sont en proie eux aussi à une détresse généralisée après un an d'enseignement à distance.

Répondre à une demande d'écoute exponentielle en temps de Covid-19

Décrocher un rendez-vous chez un psychologue ou un psychiatre est devenu difficile, sans parler du coût de cette écoute, pas toujours remboursée. D'où l'intérêt d'avoir un "relais", un outil de pré-consultation ou qui permet un suivi entre deux séances. En France, "Mon Sherpa", application gratuite déjà téléchargée 100.000 fois, est la première application développée par des psychiatres entourée de chercheurs. 

Si ces agents conversationnels (appelés aussi "chatbot") sont déjà bien avancés aux États-Unis, c'est la première fois qu'une application dans le domaine de la e-santé mentale va si loin en France. Il ne s'agit pas de simple bien-être ou d'information sur la dépression par exemple selon Xavier Briffaut, chercheur en sciences sociales et épistémologie de la santé au CNRS mais bien d'un chatbot sophistiqué. "Là, avec un dispositif interactif, le chatbot propose des interventions personnalisées et des techniques de thérapie cognitive et comportementale bien structurée. C'est une amorce de psychothérapie à distance et automatisée". 

Capture d'écran de l'application "Mon Sherpa"
Capture d'écran de l'application "Mon Sherpa"

Le chatbot ou agent conversationnel, c'est ce robot capable d'interagir avec l'humain qui lui parle. Sans qu'on en ait toujours conscience, il s'est beaucoup développé depuis quelques années. Pour répondre au téléphone à la place d'un agent d'assurance, pour vous guider dans votre voiture, pour diffuser votre musique préférée, on parle désormais à son téléphone sans s'étonner d'avoir une réponse pertinente

"Jamais aucun chatbot ou système informatique ou intelligence artificielle ne remplacera un thérapeute humain. Ces outils ne comprennent pas le sens du langage humain, du moins la manière dont nous l'utilisons. Ces robots n'ont pas d'affects or le ressenti des affects est un élément importants pour les thérapeutes" Il ne s'agit pas pour autant de prendre la place du praticien

Des parcours adaptés aux besoins

L'application peut s'adapter au profil de l'utilisateur si celui-ci remplit un questionnaire à la première utilisation. Les questions cernent la santé mentale (les symptômes de dépression, d'anxiété, de la confiance en soi) et la personnalité de la personne. "En fonction des données recueillies, 'Mon Sherpa' vous oriente vers des parcours recommandés pour vous", détaille Fanny Jacq, sa créatrice et directrice santé mentale de Qare. 

Un petit moral ? Mon Sherpa vous propose de choisir entre différents parcours : "anxiété", "méditation", "efficacité", etc. "Il ne s'agit pas de diagnostiquer une maladie mentale mais d'accompagner dans la prévention et le traitement des symptômes légers à modérés", précise Fanny Jacq, également psychiatre. En réalisant des exercices de plus en plus compliqués à l'image de ceux donnés par un praticien dans son cabinet, on aide à sortir le patient de ses troubles psychiques. 

En cas de symptômes sévères détectés (si les mots suicide, idées suicidaires sont tapées par le patient, par exemple) l'application suggèrera de consulter un professionnel de santé, voire un service d'urgences psychiatriques.

Vers un thérapeute augmenté

L'application a été conçue pour servir de relais entre deux consultations physiques avec son thérapeute. La demande exponentielle de soutien psychologique rend impossible un suivi soutenu des patients. Habituellement, on leur demande entre deux séances de faire des exercices. L'application propose peu ou prou les mêmes mais l'interactivité augmente la motivation selon les créateurs de "Mon Sherpa". Surtout, elle est gratuite et accessible au plus grand nombre, en particulier les étudiants actuellement. 

À l'avenir, les données de l'application seront transmises au médecin avec l'accord du patient. Cela fera de lui "un praticien augmenté", selon les mots de Fanny Jacq. Il aura accès aux résultats des exercices voire à d'autres paramètres potentiellement enregistrés via une montre connectée comme le pouls, la qualité du sommeil. Ces informations permettront un suivi au quotidien, aujourd'hui inaccessible au médecin. 

"C'est une nouvelle clinique augmentée par la technologie", pour Xavier Briffaut pour qui la crise majeure a mis en évidence la nécessité de tels outils pour répondre à la demande.