"J'avais des frissons et je me mettais à leur place", témoigne le spationaute français Jean-François Clervoy après le décollage réussi de la mission Space X. "C'est la première fois qu'une société privée fabrique un vaisseau, reste propriétaire et opérateur depuis son propre centre de contrôle", analyse-t-il.

Envol de la fusée SpaceX Falcon 9, transportant le vaisseau spatial Crew Dragon avec à son bord les astronautes de la NASA Robert Behnken et Douglas Hurley, samedi 30 mai 2020 à  à 15 h 22 EDT (19h22 en France)
Envol de la fusée SpaceX Falcon 9, transportant le vaisseau spatial Crew Dragon avec à son bord les astronautes de la NASA Robert Behnken et Douglas Hurley, samedi 30 mai 2020 à à 15 h 22 EDT (19h22 en France) © Maxppp / Bill Ingalls/picture alliance / Consolidated/Newscom

Tandis que la navette filait vers la Station spatiale internationale avec deux américains à son bord, le spationaute français Jean-François Clervoy était l'invité de France Inter dimanche midi pour analyser cette relance des Etats-Unis dans l'envoi d'astronautes dans l'espace. Ce n'était pas arrivé depuis neuf ans et le retrait de la navette spatiale ; c'est la société Space X d'Elon Musk qui offre désormais cette nouvelle possibilité à l'Amérique.   

FRANCE INTER : Qu'avez-vous ressenti au décollage de Space X ?  

JEAN-FRANCOIS CLERVOY : "Comme tout décollage de fusée quand je suis spectateur, mais sans faire mon job à l'intérieur, j'étais très ému. J'avais des frissons et je me mettais à leur place. Ils devaient être doublement excités parce que c'est un vol spatial, mais c'est aussi parce que c'est une nouvelle capsule, une nouvelle fusée, une nouvelle façon d'aller dans l'espace. Je les enviais un peu bien sûr, mais j'étais très content que ce vol se déroule parfaitement pour eux et pour les agences spatiales partenaires de l'ISS qui comptaient sur ce lancement."

En quoi est-ce une ère nouvelle qui commence avec ce vol Space X, privé, financé par Elon Musk ? 

"Dans le domaine du vol habité, c'est la première fois qu'une société privée fabrique un vaisseau mais surtout en reste propriétaire et opérateur depuis son propre centre de contrôle. Ça veut dire que Space X peut vendre des vols à des clients privés qui n'auront plus besoin de négocier avec les agences spatiales gouvernementales pour leur demander s'ils peuvent prendre une place à bord d'une navette ou d'un vaisseau Soyouz, d'un vaisseau du gouvernement. Donc, ça ouvre l'accès à l'espace à des initiatives privées pour d'autres missions que les missions d'exploration réservées aux agences." 

Mais cette possibilité de faire voyager des passagers privés en orbite, voire vers la station spatiale à 400 km de la Terre, ça restera quand même extrêmement cher ? 

"Ça restera très cher en effet. On parlera toujours de quelques dizaines de millions de dollars le ticket, comme pour ces sept milliardaires qui ont pu acheter un vol dans les années 2000 lorsqu'il y avait un siège disponible sur le vaisseau russe. Mais ça reste aussi très risqué : on parle toujours de l'ordre de une chance sur 100 d'y laisser sa peau, dans une mission spatiale. Ce sont des personnes qui devront être très riches, mais aussi très audacieuses pour accepter un risque élevé." 

Pourquoi les vols Space X sont 10 fois moins chers qu'avec la NASA, du temps où elle envoyait des navettes spatiales ? 

"Dix fois moins cher, peut-être pas, je dirais peut être cinq fois moins cher, mais il y a plusieurs raisons. D'abord parce que la NASA est une très grosse machine bureaucratique et c'est beaucoup plus compliqué de gérer des programmes de cette envergure. Mais surtout, la navette spatiale transportait des hommes et une très grosse cargaison. Chaque mission coûtait en moyenne 500 à 600 millions de dollars. Une mission qui ne transporte que les hommes et pas la cargaison, c'est forcément moins cher et surtout plus sûr. Parce que à tout moment, l'équipage peut être détaché de la fusée s'il y a un problème. Dans le cas de la navette spatiale, il y avait des phases de lancement au cours duquel, si ça se passait mal, on ne pouvait rien faire pour sauver les astronautes." 

Comment va se dérouler le retour de la capsule ? 

"Le retour, c'est intéressant, est un retour en mer, sous parachute, comme à l'époque d'Apollo. Contrairement aux vaisseaux russes, qui descendent aussi sous parachute mais sur terre et utilisent des petites rétrofusées pour amortir. Ce qui est intéressant, c'est que cette capsule, au lieu d'être équipée d'une tour d'éjection pour la sauvegarde qui est jetée à chaque fois, elle intègre dans la structure de la capsule des moteurs très puissants qui servent de déjection si nécessaire, mais qui, à terme, pourront peut être servir à poser en douceur la capsule sur Terre sans besoin de parachute."

Jean-François Clervoy astronaute de l'Agence Spatiale Européenne (ESA)
Jean-François Clervoy astronaute de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) © Radio France / Valérie Priolet
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