La liste des tests sérologiques rapides Covid-19 a enfin été publiée par le Ministère de la Santé. 23 fabricants, dont plusieurs français, sont jugés fiables. Un décret doit à présent préciser si tous seront remboursés. Laboratoires et pharmacies jouent gros avec ce nouveau marché.

On dispose enfin de la liste des tests sanguins rapides
On dispose enfin de la liste des tests sanguins rapides © AFP / Valérie MACON

Enfin on sait ! La liste des tests sanguins rapides était attendue depuis des semaines. Au final sur la cinquantaine de produits testés, le Centre national de Référence de l'Institut Pasteur a en retenu 23 dont la fiabilité est donc garantie. Dans cette liste, on trouve des tests à réaliser en laboratoires sur automates (tests Elisa) et d'autres, plus simples d'emploi puisqu'une goutte de sang analysée sur un réactif fournit en 15' un résultat (TDR). Ces tests sont potentiellement concernés par le remboursement, selon la Haute Autorité de Santé qui a rendu un avis en ce sens cette semaine. 

Pour les patients qui ont déjà réalisé à leur frais ce test de dépistage ou pour ceux qui seront amenés à le faire, la publication des fabricants est majeure. Sans elle, impossible de savoir si le résultat de l'examen est fiable. 

En laboratoire ou en pharmacie ?

Reste à savoir qui réalisera ces tests. Les laboratoires de biologie bien sûr mais potentiellement les pharmaciens. Car, simples d'utilisation, les tests rapides ne nécessitent qu'une protection classique : une surblouse, un masque et une paire de gants. Rien à voir avec le prélèvement naso-pharyngé. Quand ils sont vendus en pharmacie, ces tests s'appellent TROD , Tests rapides d'orientation diagnostique.  Aujourd'hui, il en existe pour dépister l'angine ou le VIH. La présence de 3 tests TROD dans la liste est "une très belle avancée pour nous" selon Emmanuel Lataste président de ELSIE santé, un réseau indépendant de 100 officines. "Si demain nous souhaitons pouvoir tester massivement les français, c'est essentiel". 

Avec 24 000 pharmacies sur le territoire, le dépistage massif serait en effet plutôt rapide. Pourtant, tempère Carine Wolf, présidente du conseil national de l'Ordre  des pharmaciens : "Cette liste n'est pas un sésame. Il faut à présent des textes réglementaires pour encadrer cette pratique, pour déterminer quelle population est concernée et dans quelles conditions". Par ailleurs, cela ne doit pas dispenser le public de respecter les gestes barrières car, ajoute t-elle, "ce test informe sur la présence des anticorps mais ne dit pas si la personne est protégée et surtout, cette personne peut continuer à véhiculer le virus". S'il est pratiqué en officine et s'il est positif, ce dépistage devra être confirmé au laboratoire. Et les pharmaciens renverront donc leur client vers un médecin. Pour Gilles Bonnefond, secrétaire général de l'union syndicale des pharmaciens d'officine, cela complique la vie des patients. "Est-ce que l'objectif est de faire une stratégie de santé publique et d'ouvrir largement le dépistage ou bien est-ce qu'il va être réservé aux médecins et biologistes ?". Il plaide pour un remboursement de cet examen quelque soit le lieu où il sera pratiqué. 

Qui peut se faire tester ?

En attendant le décret, les premières personnes concernées par ce dépistage d'anticorps sont les personnels soignants. Le Ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé qu'ils recevraient tous une prescription à partir de la semaine prochaine. La Haute Autorité de Santé, s'est dite favorable au remboursement pour tous les personnels qui travaillent en lieu fermé comme les personnels d'Ehpad, les pompiers, les gardiens de prisons... Les autres publics visés sont les personnes ayant eu la Covid-19 mais sans avoir réalisé un test virologique ou bien dont le test était négatif en dépit de la présence de symptômes. La réalisation d'enquête de séroprévalence parmi des groupes ciblés est aussi prévue.

Des industriels qui pleurent...

Sans attendre ces recommandations ni les textes officiels encadrant pratiques et politique de remboursement, plusieurs hôpitaux ou collectivités se sont préoccupés de commander ces tests rapides. Pour certaines entreprises, ces demandes ont été déterminantes. Car si dans la liste figure un poids-lourd, le laboratoire Biomérieux, trois PME jouaient gros. Toutes n'ont pas obtenu le sésame. C'est le cas d'IDVet, une entreprise montpelliéraine de 100 salariés. Son directeur de la R&D déplore ne pas avoir reçu d'explication alors que le test développé depuis fin mars, après une mobilisation intense, avait reçu l'appui du CHU de Montpellier et qu'il lui semblait répondre aux critères édictés par la HAS. Loïc Contet avoue "sa surprise, son étonnement et son incompréhension" en découvrant la liste. Il raconte avoir déposé le dossier au Centre National de Référence le 15 avril. "Nous sommes depuis en interaction constante avec le CNR ainsi qu'avec plusieurs cellules du gouvernement auprès de qui nous avons remonté notre capacité de produire. Or à cette heure, nous sommes dans le flou le plus total puisque le CNR nous informe avoir procédé à l'évaluation du réactif (du test ndlr) mais à la demande des autorités de ne pas être en mesure de nous transmettre le rapport". L'entreprise n'a désormais d'autres choix que de proposer à l'export sa production : 1, 4 millions de tests.

D'autres qui rient

Plus heureux les responsables de NGBiotech en Bretagne. Sa collaboration de longue date avec l'AP-HP et le CEA l'a conduit à répondre elle aussi dans l'urgence à la mise au point d'un test rapide sérologique. Présente dans 50 pays, elle n'avait pas de doute sur la validation de son dispositif, déjà commandé par l'armée, le CHU de Rennes et la région Île de France. "Notre test a rencontré beaucoup d’intérêt, de la part de président de région, d’hôpitaux en pédiatrie notamment pour tester des enfants avant de les opérer, de la mairie de Paris" Pour Alain Calvo, responsable du développement commercial et associé de la PME, le référencement est un gage de qualité et il est donc important. Pour lui, il ne fait aucun doute que le test sera bientôt proposé en pharmacie. La demande est très forte. Il deviendra alors un TROD. Remboursable ou pas ? En attendant la réponse, l'entreprise est attentive au marché. Elle a consenti de gros investissements pour construire en urgence une deuxième ligne de production et compte embaucher. Il faut à présent la rentabiliser. 

Biosynex en Alsace est dans la même situation avec un doublement de ses lignes de production. Elle aussi peut compter sur une forte demande régionale des collectivités publiques et hospitalières. Même s'ils ne font pas partie des cibles identifiées par la Haute Autorité de Santé, les personnels dans les administrations ou en contact avec le public pourraient bien se voir proposer un test de dépistage prochainement.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.