Emmanuel Macron a dévoilé ce jeudi un nouveau plan pour lutter contre le cancer qui concerne 380 000 nouveaux malades chaque année et provoque 150 000 morts. 40% de ces cancers pourraient être évités : explications avec le professeur Thierry Philip, président du directoire de l'Institut Curie.

Thierry Philip est cancérologue et président du directoire de l'Institut Curie.
Thierry Philip est cancérologue et président du directoire de l'Institut Curie. © Maxppp / Maxime JEGAT

FRANCE INTER : Quels facteurs font que 40% des cancers pourraient être évités ?

THIERRY PHILIP : "On peut éviter le cancer en faisant attention au tabac, à l'alcool, à son alimentation, à son activité physique et aussi si les pouvoirs publics prêtaient davantage attention à la relation entre le cancer et l'environnement. Il y a beaucoup de progrès à faire de ce côté-là. 40 % des cancers qui pourraient être évités, c'est énorme. Cela correspond à 60 000 cancers par an, 600 000 en dix ans."

Par rapport au tabac justement, la situation s'améliore chez les hommes mais pas chez les femmes. Comment décourager ces comportements à risque ? 

"On a commencé à faire des progrès chez les hommes mais les femmes commencent à fumer très tôt : dès 12 ou 13 ans. Elles ne se rendent pas compte que quand on fait un cancer du poumon à l'âge de 30 ans, qu'on a deux petits-enfants, on se dit : 'Si j'avais su, je n'aurais pas commencé !' Si tous les jeunes de moins de 20 ans arrêtaient de fumer demain matin - la fameuse génération sans tabac dont parle Emmanuel Macron - la mortalité par cancer diminuerait de 40 % dans les cinquante ans qui viennent. Le tabac, c'est l'ennemi numéro un." 

Pour lutter contre le tabac, il y a la hausse des prix. Mais existe-t-il d'autres armes ? 

"Le prix c'est ce qui marche le mieux pour réduire la consommation de tabac. La deuxième chose qui marche bien c'est la sensibilisation dans les écoles parce que ça participe à la fois à l'éducation des enfants mais aussi à celle des parents, puisque les enfants leur en parle quand ils rentrent chez eux après l'école. C'est assez efficace."

Vous appelez aussi à se concentrer sur les cancers les plus graves : poumons, œsophage, pancréas, foie, système nerveux. L'effort doit-il être concentré sur la recherche ? Le dépistage ?

"Il faut d'abord faire en sorte que ces cancers puissent être diagnostiqués le plus tôt possible. Un cancer du pancréas, c'est un cancer très grave. Mais si on peut le dépister quand il est encore chirurgical, on peut en guérir. Le cancer du poumon, on l'oublie toujours parce qu'il y a très peu de cancers du poumon que l'on peut opérer, mais 50 % des gens que l'on opère guérissent. L'une des nouvelles importantes dans l'allocution du président Macron, c'est le lancement, enfin, du dépistage du cancer du poumon en France."

On guérit 80 % des cancers chez les enfants, 60 % chez les femmes. Qu'est-ce qui marche chez ces catégories de population ? C'est le dépistage justement ? 

"Non, chez l'enfant ce qui marche c'est la chimiothérapie car ce sont des cancers très particuliers qui se développent à toute vitesse. Je suis cancérologue pédiatrique et j'ai vu des enfants qui avaient un ventre tout à fait normal le mercredi à la consultation, mais qui avaient un kilo de tumeur dans le ventre le dimanche. C'est extrêmement spectaculaire. Et c'est à cause de cette vitesse d'évolution que la chimiothérapie est extraordinairement efficace. Par contre, pour les 20 % qui ne guérissent pas encore chez l'enfant, la recherche fondamentale est la seule solution. 

C'est l'une des autres annonces importantes de l'allocution du président : les 175 millions d'euros qui seront consacrés à la recherche par an. J'espère que la moitié de cette somme sera allouée spécifiquement à la recherche fondamentale. À l'institut Curie, nous avons 1 200 chercheurs de 80 nationalités différentes. C'est à partir de cette recherche fondamentale que l'on trouvera des explications, que l'on pourra créer des start-up dont le président est très friand - et il a raison ! Puisque c'est à partir de ces start-up que l'on pourra faire de nouveaux médicaments."