C'est une première pour un Français : Thomas Pesquet, 43 ans, sera à la fin de sa prochaine mission, commandant de l'ISS. L'astronaute qui doit décoller de Floride le 22 avril à bord du vaisseau Crew Dragon de Space X, vit sa dernière ligne droite d'entrainement. Il a répondu à nos questions.

Thomas Pesquet, 43 ans, sera à la fin de sa prochaine mission, commandant de l'ISS.
Thomas Pesquet, 43 ans, sera à la fin de sa prochaine mission, commandant de l'ISS. © AFP / AFPTV

Ce sera sa deuxième mission dans l'espace. Six mois en compagnie de six autres astronautes, russes, américains et japonais. Honoré d'être commandant, à la fin de son séjour et avant d'accueillir l'équipage suivant, l'astronaute français estime récolter les fruits de l'implication française et plus largement européenne dans le programme international de l'ISS. 

FRANCE INTER : Comment avez-vous travaillé à la cohésion de votre équipage, essentiel à la réussite d'une mission, compte tenu du peu de temps passé ensemble ?

THOMAS PESQUET : "C'est vrai que c'est quelque chose qui m'inquiétait. La chance qu'on a eu c'est qu'on se connaissait déjà pour la plupart. J'ai passé quatre mois et demi avec Shane Kimbrough (commandant de bord, ndlr) en orbite et c'est comme un grand frère pour moi. Nos familles sont très proches. J'ai aussi passé six mois en orbite avec Oleg. Aki Hoshide, j'ai fait plusieurs missions sous marines NEMO avec lui. Quant à Mark Vande Hei, il était dans ma promotion NASA recruté en 2009 et on a passé du temps en Russie ensemble. Tant mieux car pendant cette année de pandémie, ça a été difficile de se connaître. Même si on passait les journées de travail ensemble, les week-ends, les dîners, les activités sportives ensemble n'ont pas pu avoir lieu. Et on n'a pas pu faire des stages de survie où on se met 4 ou 5 jours ensemble sous la tente. C'est difficile à organiser en temps de pandémie et puis on a manqué de temps car l'équipage a été désigné tard. Aki est très drôle, il est toujours partant et Megan McArthur a un super sens de l'humour, donc on a bien connecté tous les quatre. On a beaucoup de connivence et de confiance les uns envers les autres."

Quelles différences entre cette deuxième mission et la première ? Y a t-il une appréhension d'emprunter, pour aller vers l'ISS, un véhicule assez nouveau ? 

"Le risque, c'est quelque chose dont on discute entre astronautes. Le débat fait rage entre ceux qui disent 'c'est du matériel neuf, ça ne peut que marcher' et les autres qui pensent 'ça a marché une fois donc ça marchera encore'. Moi je suis optimiste et je fais confiance à la Falcon 9 de Space X. C'est vrai que c'est que le deuxième vol habité pour le Crew Dragon, mais le lanceur a un héritage impressionnant. Actuellement, la cadence de tir est d'une fois par semaine. Ça ne m'empêche pas de dormir, mais c'est comme un saut en parachute : la première fois, tu y vas la fleur au fusil, tu sais que ça fait peur, mais tu ne sais pas comment. Tu sautes. La deuxième fois, tu sais à quoi t'attendre et tu intellectualises plus. Une mission de six mois aussi, tu sais à quel moment ça va faire mal. Mais tu y vas. On a une communication toujours assez positive, donc on dit rarement 'là c'est difficile, ma famille me manque, j'ai mal au dos, etc'. On ne parle pas de tout ça mais c'est la réalité. La première fois, quand on ne l'a pas vécu, on le supporte. On est dans l'action et voilà. La deuxième fois, on l'anticipe. Un peu comme un Vendée Globe. La première fois, les gars y vont gonflés, affutés, remontés comme des pendules. La deuxième fois, on sait que ça va être long et dur mais on le fait quand même. Ma parade en cas de coups durs, ce sera le travail comme d'habitude. Pour ne pas laisser son esprit dériver."

Parmi les expériences que vous mènerez, l'une concerne la qualité du sommeil. Comment dormez-vous ?

"Je suis un mauvais sujet d'expérience. Je dors comme un bébé. Je ne me souviens d'aucun rêve et c'est dommage. Je me réveille dans la position où je me suis endormi, et dans l'espace, c'est pareil. Je n'ai aucun problème de sommeil et c'est pareil dans la station, même si la position flottante est bizarre. Certains se contractent pour maintenir la tête et le corps droits, en l'absence d'oreiller et se réveillent avec des contractures, des maux de tête."

Pour faire honneur à la gastronomie française, qu'ont concocté les "chefs" ?

"Pas de fromages normands. Il faut emporter des choses en boîte dont la date de péremption est deux ans plus tard. Mais Thierry Marx a fait du bœuf bourguignon, un risotto d'épeautre et des crêpes Suzette, la bombe calorique comme disent les Américains par rapport à ce qu'on mange habituellement, peu salé et sucré. En outre, Server qui fournit Air France, nous a préparé de la nourriture en boîte. Il est prévu de partager ces repas avec tout l'équipage bien sûr."