Déjà testé à l’hôpital Foch de Suresnes, le Tocilizumab des laboratoires Roche, utilisé depuis 10 ans dans une maladie inflammatoire du squelette, a un impact positif chez des patients du Covid-19 souffrant de pneumonie sévère. L'étude sur 129 malades sera prochainement publiée.

Un espoir pour les malades du Covid-19 souffrant de pneumonie sévère
Un espoir pour les malades du Covid-19 souffrant de pneumonie sévère © AFP / Silvio AVILA

France Inter s'était fait l'écho d'une première étude sur une trentaine de patients à l’hôpital Foch. Une étude mise en ligne sur le site MEdRxiv, sans relecture ni publication prévue. Néanmoins, son auteur principal, le rhumatologue Felix Akermann, y montrait déjà un effet prometteur de la molécule sur un moment épineux dans l'évolution de la maladie : la bascule vers la réanimation. L'étude menée par 420 médecins de l'APHP, elle aussi en attente de validation par les pairs, mais plus solide méthodologiquement, confirme l'impact positif du Tocilizumab pour traiter l'orage "cytokinique". 

Combattre l'orage cytokinique

Cette expression qualifie le moment où, le virus entré par le nez et descendu dans les poumons, déclenche une réaction immunitaire démesurée. Une sur inflammation s'enclenche, créé par une libération massive d'une protéine, l'Interleukine 6. Cela se produit dans 5 à 10% des cas selon le professeur Olivier Hermine, immunologiste à l’hôpital Necker de Paris. 

Une fois qu'ils ont eu compris ce qui provoquait cette réaction immunitaire massive, le fameux orage cytokinique, les chercheurs ont pensé utiliser une molécule connue depuis 10 ans et utilisée pour ce type d'inflammation. 200 000 patients sont traités chaque année avec le Tocilizumab pour leur polyarthrite rhumatoïde. Les effets secondaires sont donc bien connus comme la tolérance des malades. 

Mise en ordre de marche en un temps record

En un temps record, le consortium Reacting, réactivé au début de la pandémie, a reçu plusieurs propositions semblables. Il a donc rassemblé toutes les équipes intéressés par mener un seul essai clinique avec la molécule. "Il fallait agir vite, dans les 6 premières semaines de l'épidémie" souligne  Philippe Ravaud, (Hotel Dieu/ INSERM) en charge de la méthodologie de cette étude clinique "afin de pouvoir si possible proposer un traitement". 

420 scientifiques auront au final été mobilisés autour de cette étude randomisée qui a inclus 129 patients répartis dans 13 hôpitaux en France. Les formalités administratives et autorisations ont été données en un temps record, ce qui permet aux scientifiques français de coiffer sur le poteau d'autres équipes internationales qui s'apprêtent à publier ces prochains jours.

Une diminution significative du nombre de passage en réanimation, où l'on peut mourir

Les résultats de l'étude n'ont donc pas été entièrement dévoilés lors de la conférence de presse organisée sous la houlette du patron de l'AP-HP, Martin Hirsch, ce lundi. Les chercheurs insistent sur leur volonté d'être relus et jugés par leurs pairs avant de donner par exemple le nombre de patients qui ont répondu avec succès au traitement. 

L'injection du Tocilizumab est intervenue 10 jours après que la maladie se soit déclarée, au moment précis où se produit l'orage cytoknique. L'efficacité était jugée au 14e jour. "Ce qu'on peut dire c'est qu'on a diminué de façon significative le nombre de patients qui vont en réanimation ou qui meurent, ce qui est important car on sait que quand on va en réanimation, on diminue ses chances de survivre" note Olivier Hermine. Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat (AP-HP) et membre de Reacting, a tenu à souligner "le succès", car il s'agit du premier essai randomisé avec groupe contrôle (des patients qui ne reçoivent qu'un placebo). Cette méthodologie irréprochable, aux standards classiques de recherche, est ce qui fait la différence avec les autres études menées jusque là qualifiées par les chercheurs "d'expériences sur une série de patients".  

Vers une recommandation de traitement 

Les résultats provisoires ont été envoyés à l'Organisation Mondiale de la Santé et aux autorités sanitaires françaises. S'ils sont convaincants, ils pourraient se transformer en recommandation pour soigner les malades du Covid-19 atteints de pneumopathie modérée à sévère. "Ce n'est pas à nous de dire qu'il faut désormais traiter les malades avec ce médicament" a précisé Yazdan Yazdanpanah, "mais fournir un tel essai randomisé solide est ce qui est nécessaire pour dicter une conduite à tenir". Pour Philippe Ravaud, divulguer les résultats avant publication est aussi une question d'éthique afin de soigner au plus vite les malades. 

Reste à régler la question du coût de ce traitement. Une injection coûte 800 euros. Certains malades en ont reçu deux soit 1 600 euros. Un montant qui ne permet pas d'envisager une généralisation à l'échelle mondiale de cette prise en charge. Yazdan Yazdanpanah a souligné que c'était selon lui, une question majeure à résoudre. Pour l'essai, le laboratoire Roche a fournit gracieusement les doses de Tocilizumab mais à l'avenir, elles seront facturées. 

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