La Une de la Sciences s'intéresse à la façon dont les traumatismes des parents ont des effets sur les générations futures. On parle alors d'épigénétique , ou comment notre expérience de vie influence directement celle de nos enfants et de nos petits-enfants via l'ADN. Deux publications dans la revue Sciences ont exploré ce mode de transmission encore méconnu.

Spermatozoïdes-traumatismes-déséquilibres alimentaires
Spermatozoïdes-traumatismes-déséquilibres alimentaires © corbis

Isabelle Mansuy , neurobiologiste, professeur de neuro-épigénétique à l'Université de Zürich nous en parle :

Ces deux études confirment un concept encore mal accepté qui complémente la génétique : l'héritabilité des caractères acquis. Les expériences de vie, les facteurs environnementaux auxquels nous sommes exposés peuvent modifier notre physiologie, induire des maladies... et être transmis à d'autres générations.

Une mauvaise nutrition ou un régime alimentaire déséquilibré conduisent à des troubles métaboliques qui sont transmis à la génération suivante.

Les deux études n'ont été réalisées que sur une seule génération pour l'instant. Il est donc important de vérifier si la transmission se fait sur plusieurs générations.

Est-ce que ces études permettent d'aller plus loin dans la connaissance des mécanismes qui sont en jeu ?

Oui car elles mettent en évidence que des petits ARN de transfert, dont on connait la présence dans les spermatozoïdes, sont liés à l'influence d'un déséquilibre et à ses conséquences sur le métabolisme.

Comment fait-on pour démontrer les liens entre épisodes traumatiques et comportement de la descendance comme vous l'avez fait lors de votre étude en 2012 sur des souris ?

Une expérience traumatique, comme une séparation maternelle imprévisible chez la souris, pendant la vie précoce

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conduit au transfert sur plusieurs générations. Pour prouver que c'est par le biais des spermatozoïdes, on a eu recours à la fécondation in vitro, excluant ainsi les facteurs environnementaux. Si l'on utilise les spermatozoïdes de mâle traumatisé, on observe les même maux (dépression, retard de développement...) sur la progéniture.

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Sinon on a également injecté l'ARN des spermatozoïdes d'un mâle traumatisé. Et on arrive ainsi à reproduire le même profil de dépression et/ou de comportement anti-social chez la progéniture sur deux générations.

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