Devant la violence d’Haiyan aux Philippines, le réchauffement climatique a été pointé du doigt comme pouvant être la cause de l’intensité du typhon. Le lien entre réchauffement climatique et intensité des cyclones est pour l’instant loin d’être avéré.

Par Antoine Bonvoisin pour La tête au carré

Typhon Haiyan
Typhon Haiyan © http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Haiyan_2013-11-06_0225Z.png

Immédiatement après la catastrophe d’Haiyan, plusieurs médias ont évoqué le réchauffement climatique comme cause de l’intensité du cyclone. Le chercheur Fabrice Chauvin tient par exemple ces propos dans un entretien avec Le Monde : « On note une hausse des cyclones les plus intenses, qui s'explique notamment par l'augmentation des températures des océans et la montée du niveau des eaux » . Un article dans The Sydney Morning Herald, quotidien australien reconnu, titre de la même façon « Selon les scientifiques, le typhon Haiyan est influencé par le changement climatique » .

Etrangement, cette question semble être soulevée à chaque évènement du genre, comme avec Katrina en 2005 ou Sandy en 2012 :

Les variations de températures influencent en réalité tout un ensemble de phénomènes : « Les cyclones sont l’un des mécanismes qui font que l’océan se débarrasse de sa chaleur. Si la température des océans augmente avec le réchauffement climatique, la chaleur emmagasinée peut être dégagée par l’intermédiaire d’autres évènements météorologiques » .

Les modèles climatiques globaux sont de plus trop approximatifs pour étudier les perturbations atmosphériques à petite échelle, comme les cyclones. Les scientifiques doivent déduire les effets du réchauffement global à partir de schémas généraux des courants atmosphériques.

Impossible de conclure que le réchauffement climatique influence l’intensité des cyclones. C’est plutôt un facteur de risque, explique Jean Jouzel sur France Info.

Les changements climatiques pourraient jouer sur les déplacements des cyclones, lesquels se développent dans une bande de température aux alentours de 27 degrés au-dessus de l’océan. Si la répartition des températures change, les cyclones auront des trajectoires différentes et pourront affecter des zones nouvelles.

Pour aller plus loin, qu’en est-il du lien entre réchauffement climatique et phénomènes météorologiques extrêmes, qui sont fréquemment associés ? Les doutes sont encore nombreux à ce sujet. Hervé Le Treut y voit une forme de catastrophisme à manipuler avec précaution. « Cela donne l’idée que le réchauffement climatique est une affaire de catastrophes, alors que c’est une question d’évolution lente de notre milieu : des sécheresses plus récurrentes, des changements dans les systèmes agricoles, la disponibilité de l’eau dans les rivières, l’enneigement des montagnes... Ce sont des choses auxquelles nous pouvons nous préparer » . Rappelons que le réchauffement serait susceptible d’influencer principalement les vagues de chaleur, qui seront plus fréquentes ou plus intenses, ainsi que l’intensité des pluies.

S’il est délicat d’apporter une quelconque conclusion sur le lien entre réchauffement climatique et cyclones, les études se poursuivent. Le climatologue Kerry Emanuel du Massachusetts Institute of Technology publiait en janvier une recherche qui utilise une nouvelle technique basée sur les six modèles climatiques les plus poussés. L’étude conclut à une augmentation de la fréquence et de l’intensité des cyclones dans tous les océans, sauf pour le sud-ouest du Pacifique. Publiée trop tardivement, l’étude n’a pas été considérée dans le dernier rapport du GIEC.

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