La Grande-Bretagne devient le premier pays à autoriser la conception de bébés à partir de l'ADN de trois adultes. La communauté scientifique est divisée.

Un laboratoire de recherche génétique (illustration)
Un laboratoire de recherche génétique (illustration) © Maxppp / Ip3 press

C'est une première mondiale : jeudi, le Royaume-Uni est devenu le premier pays à autoriser la conception de bébés à partir de l'ADN de trois parents. L'idée, c'est donc de permettre à une femme porteuse d'un syndrome potentiellement très grave d'avoir un enfant biologique sans lui transmettre l'anomalie.

Remplacer un ADN malade par un ADN sain

L'anomalie en question est un dysfonctionnement des mitochondries, des petites structures présentes dans les cellules et qui jouent un rôle capital : ce sont elles qui transforment le sucre et l'oxygène en énergie. Ces malformations concernent 125 bébés chaque année en moyenne en Grande-Bretagne.

Or les mitochondries ont leur propre ADN (l'ADN mitchondrial, noté ADNmt), qui est différent de celui contenu dans le noyau de la cellule, l'ADN nucléaire. Et lors de la fécondation, seul l'ADNmt de la mère est transmis à l'enfant. La technique consiste donc à remplacer l'ADN des mitochondries de la mère par celui d'une mère en bonne santé.

Pour y parvenir, on utilise une donneuse, on prend l'un de ses ovules, que l'on débarrasse de son noyau. A la place, on implante le noyau de la mère, porteur de tout son capital génétique et de ses chromosomes. Avantage : la partie malade de l'ovule maternel n'est pas transférée.

Controverse éthique et scientifique

L'ovule modifié est ensuite fécondé par le sperme du père, puis implanté dans l'utérus de la mère. La technique est finalement assez simple, et permet une naissance inespérée. Pour le généticien Axel Kahn, "la seule chance qu'a cette femme d'avoir des enfants biologiques, c'est cette technique. Il me semble que cette technique dispose d’antécédents d'expérimentations animales extrêmement abondantes, je ne vois pas d'objection éthique", affirme-t-il.

Mais est-on sûr que lors du transfert du noyau, on n'importe pas un peu d'ADN malade ? Et est-on certain que l'enfant né d'un ovule ainsi modifié grandira sans problème ? Pour le Professeur Samir Hamama, professeur de biologie de la reproduction au CHU de Montpellier, on peut tout faire techniquement, ce qui ne veut pas dire qu'il faut tout s'autoriser :

"C'est beaucoup de bricolage pour quels résultats ? (...) Il faut être prudent, car votre santé dépend de la santé de l'ovocyte dont vous êtes issu".

Un appel aux dons d'ovules

Certains s'inquiètent déjà qu'on ait franchi le premier pas jeudi vers un monde de bébés fabriqués sur mesure. Après le feu vert d'un comité indépendant d'experts qui a validé une "adoption prudente", puis celui jeudi du comité d'éthique, quelque 25 couples vont pouvoir tester cette technique, avec des premières naissances espérées pour fin 2017. Mais "maintenant, nous avons besoin de donneurs d'ovules", alerte le professeur Mary Herbert qui a développé la technique expérimentale.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.