La découverte en Bavière d'os fossiles appartenant à une nouvelle espèce de grand singe du Miocène rebat les cartes de la locomotion. La bipédie existait déjà il y a 11,6 millions d'années et en Europe.

Reconstruction du crane de Danuvius guggrnmosi
Reconstruction du crane de Danuvius guggrnmosi © Université Tubingen

Danuvius Guggenmosi, un drôle de nom pour un drôle d'animal... Découvert dans la localité d'Hammerschmiede en Bavière, notamment par Madelaine Böhme, du département de géosciences de l'Université de Tübingen, Danuvius est une nouvelle espèce de grand singe. 

Avec une poignée d'os fossiles, Mme Böhme et d'autres chercheurs allemands, canadiens et américains nous donnent à voir ce grand singe. Quatre individus au total (deux femelles, un mâle et un juvénile) dont il reste entre autre, des dents, un tibia, un fémur, des os du pieds, une rotule. 

Le thorax de Danuvius était large, sa colonne vertébrales comme ses bras longs. Quant à sa posture, il apparaît que cette bête était bipède. Datée de 11,62 millions d'années, Danuvius rebat les cartes de la bipédie qu'on croyait avoir émergée en Afrique et au mieux il y a 7 millions d'années.

À cette époque du Miocène moyen, l'Europe était bien plus chaude qu'aujourd'hui et la végétation tropicale. Les espèces de grands singes nombreuses dont celle-ci. Ce qui fait l’intérêt de la découverte publiée dans la revue Nature, c'est l'étude de la locomotion.

 Reconstruction d'un squelette de Danuvius guggrnmosi
Reconstruction d'un squelette de Danuvius guggrnmosi / Université Tubingen

En effet, il apparaît, avec l'analyse du squelette, que Danuvius se tenait debout et marchait sur la plante des pieds. Pas sur le sol mais sur les branches d'arbres. C'est une forme de bipédie. "Clairement, on a un grand singe bipède arboricole. Quand vous avez une certaine stature et celui-ci faisait de 14 à 30 kilos, la meilleure stratégie pour se déplacer dans un contexte compliqué comme un couvert forestier, c'est de se redresser et de se maintenir grâce aux branches en surplomb et de se maintenir en bipédie" explique Guillaume Daver, paléoanthropologue et maître de conférence à l'Université de Poitiers.

Voilà qui alimente la thèse de plusieurs formes de bipédies. Après avoir longtemps défendu l'idée que c'est le passage d'un paysage de forêt à la savane qui avait conduit les australopithèques à se redresser (vers 4 millions d'années), puis que des terrains escarpés auraient pu provoquer cette évolution, Danuvius montre que des grands singes bien avant ce que l'on pensait avaient adopté la marche. 

À quoi ressemblait-elle ? "Très difficile à dire" ajoute Guillaume Daver. Le squelette ne fait pas tout. Les muscles, les tendons, les chairs jouent un rôle. Proche de cette des orang-outangs actuels ? De celle d'Homo sapiens ?

Comme les grands singes ont disparus d'Europe il y a 8 millions d'années, ce grand singe n'est pas notre ancêtre marcheur. Celui là reste encore à trouver. 

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