Une nouvelle étude, publiée par l’Académie américaine des Sciences, estime que le niveau de la mer pourrait augmenter de 1m11 à la fin du siècle si le réchauffement atteint +5°C avec un risque d’emballement. Et c'est en grande partie à cause de la fonte des calottes glaciaires.

Glacier et icebergs sur la côte de la Terre Adélie, dans l'antarctique. Dumont d'Urville, janvier 2010.
Glacier et icebergs sur la côte de la Terre Adélie, dans l'antarctique. Dumont d'Urville, janvier 2010. © Radio France / Hans Lucas / Guillaume Pepy

Dans le scénario le plus optimiste (une planète à +2°C) par rapport à l’époque pré-industrielle fin du 19e siècle) l'augmentation médiane du niveau de la mer serait de 69 cm en 2100, d’après cette étude publiée dans les comptes rendus de l’Académie américaine des Sciences (PNAS). Dans le scénario le plus pessimiste (un réchauffement de 5°C), cette augmentation médiane serait de 111 cm. Avec 5 % de risque d’atteindre 2m38.

Nous concluons qu’il est plausible que la montée du niveau des mers dépasse deux mètres d’ici 2100 dans notre scénario haute température.

Avec des conséquences dramatiques. Cela se traduirait par la perte de 1,79 million de kilomètres carrés de terres et le déplacement de 187 millions de personnes, selon les auteurs de l’étude

Une étude beaucoup plus alarmiste que les derniers travaux du GIEC qui font référence. 

En 2013, le groupe d’experts sur l’évolution du climat prévoyait, dans son pire scénario, une élévation du niveau des mers de 98 cm d’ici 2100.

Pourquoi une telle différence de résultat aujourd’hui ?  Parce que le rôle de la fonte des calottes glaciaires, et surtout de l’Antarctique était sous-estimée en 2013, faute de données explique la glaciologue Catherine Ritz, chercheuse à l’Institut des géosciences de l’environnement de Grenoble : "Au moment où ont été acceptés les articles pour le GIEC, il n’y avait aucune simulation de l’évolution de l’Antarctique dans le futur.  Les travaux du GIEC n’ont pas pu prendre en compte la réelle influence de la fonte de l’Antarctique sur le niveau des mers parce que les travaux sont parus après".

Le recul des calottes glaciaires n’est pas le seul facteur pour expliquer la montée des océans. Elle s’ajoute à la fonte des glaciers terrestres et la dilatation thermique des océans (le réchauffement de l’eau conduit à une expansion de son volume). Mais la disparition des immensités blanches aux pôles est de loin celle qui contribue le plus à l’élévation du niveau de la mer. 

D’après l’étude publiée par l’Académie américaine des sciences : dans le scénario le plus optimiste, (+2°C) la fonte de l'Antarctique et du Groenland entraînerait une augmentation de 26 cm (valeur médiane) du niveau de l’océan d’ici la fin du siècle. Dans le pire scénario (+5°C), cette élévation serait de 51 cm (valeur médiane) en 2100, avec un risque d’emballement jusqu’à 178 cm. 

Pour parvenir à ces résultats l’étude a utilisé une méthodologie originale 

Elle a interrogé 22 experts, parmi les meilleurs spécialistes des calottes glaciaires pour leur demander leurs propres estimations. Ils se sont prononcés sur trois mécanismes physiques : l’accumulation des chutes de neige, l’écoulement des glaces et le ruissellement de surface en fonction de deux scénarii, optimiste (+2°C) et pessimiste (+5°C).

Même si les experts ne sont pas unanimes, cette  méthodologie est robuste selon Catherine Ritz, l’une des experts du panel, car tous les avis ont été pris en compte et que chaque expert a été évalué sur sa capacité à estimer ses propres marges d'erreur. "Ce n’est pas celui qui crie le plus fort, ni celui qui est le plus connu qui l’ emporte, mais c’est par rapport à la capacité de prédire soi-même ses propres limites". 

En septembre prochain, le GIEC doit rendre un nouveau rapport très attendu sur les océans. Il  intégrera ces dernières évaluations sur la fonte des calottes.

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