Un collectif de chirurgiens internationaux est parvenu à la conclusion qu'après une infection Covid, il ne faut pas opérer le patient avant au moins sept semaines, pour réduire le risque de mortalité post-opératoire.

Opérer trop vite après une infection Covid multiplie par 2,5 le risque de décès post-opératoire
Opérer trop vite après une infection Covid multiplie par 2,5 le risque de décès post-opératoire © Getty

C'est le groupe CovidSurg, un collectif de chirurgiens internationaux qui le dit et qui publie là-dessus, ce mercredi 10 mars, une étude dans la revue internationale Anaesthesia : après une infection au Sars-Cov2, toute chirurgie est déconseillée pendant au moins les sept semaines qui suivent. L'étude, qui s'appuie sur des données collectées sur plus de 140.000 patients (ce qui est énorme) montre en effet qu'opérer trop vite après un diagnostic augmente par 2,5 le risque de mortalité post-opératoire.

Au delà de sept semaines, on retrouve le risque standard de décès post-opératoire. Avant, il est nettement plus élevé.

Ce même collectif avait déjà montré au printemps dernier qu'opérer un patient infecté – mais on ne le savait pas toujours à l'époque – augmentait très significativement la mortalité postopératoire. En revanche, on ne savait pas combien de temps il fallait attendre, pour bien faire : sept semaines minimum, c'est finalement la durée qui semble raisonnable au regard de ce qui a été constaté sur des dizaines de milliers de patients opérés. Et cela quel que soit l'âge du patient, la lourdeur de son cas et le type d'intervention, qu'elle soit de gravité majeure ou pas.

Le docteur Alexis Arnaud, coordonnateur français de l'étude et chirurgien viscéral pédiatrique au CHU de Rennes, explique : "Le nombre de patients de l'étude est très important, ça nous permet de faire une analyse statistique très approfondie. On s'est rendu compte que, à partir de sept semaines de délai entre le diagnostic de Sars-Cov2 et l'intervention, on retombait sur un risque de décès post-opératoire comme chez les patients non atteints, un risque standard, de l'ordre de 1,5|%. Avant ces sept semaines, c'est clairement plus élevé en termes de mortalité..."

Comment faire en cas d'opération urgente

Évidemment, certaines interventions, en cancérologie notamment, sont plus urgentes que d'autres et il peut être dangereux de les retarder. Décaler l'intervention peut en effet dans certains cas présenter plus de risques. Cette étude donne également des clés pour savoir dans quelle mesure on peut repousser l'échéance.

_"_Il y a une gradation dans le risque en fonction de l'éloignement. Plus on se rapproche des sept semaines, plus le risque diminue", explique le docteur Alexis Arnaud. "Le risque est beaucoup plus élevé si on opère entre 0 et 2 semaines, ou même entre 4 et 5 semaines après l'infection. En gros, à 3 ou 4 semaines, on est encore entre 2 et 2,5 fois le risque standard de décès post-opératoire, et à 5 semaines on est encore à un risque multiplié par deux" décrit le médecin.

"Donc face à un patient pour lequel il est compliqué d'attendre, on a des données bien claires pour estimer les risques, et voir s'il est opportun ou pas de repousser l'opération de quelques semaines. Et c'est important pour en discuter avec lui."

Car le but de cette étude, même si beaucoup d'interventions sont déprogrammées en ce moment, c'est justement d'aider la décision chirurgicale pour des patients récemment infectés mais qui ont besoin aussi de passer, de façon plus ou moins urgente, au bloc opératoire.