Identifiée en 2010 par analyse génétique d'une phalange de jeune fille, les Dénisoviens sont une espèce d’homininé aujourd'hui disparue. Présent dans l'Altaï en Sibérie, on découvre aujourd'hui qu'ils occupaient le plateau Himalayen il y a 160 000 ans. Leur tolérance à l'altitude jusqu'ici incomprise, s'éclaire.

L'Homme de Denisova, une espèce d'hominines découverte en 2010 dans une grotte de l'Altaï en Sibérie du Sud
L'Homme de Denisova, une espèce d'hominines découverte en 2010 dans une grotte de l'Altaï en Sibérie du Sud © Tim Evanson Flickr CC by sa 2.0

Fossile après fossile, le puzzle prend forme. Et avec lui l'histoire du peuplement de l'Est de l'Asie. Cette mâchoire, décrite dans la revue Nature, a été trouvée dans un haut lieu du bouddhisme tibétain : la grotte de Baishiya, en surplomb d'une falaise de 40 mètres. 

Récupérée par des chercheurs chinois de l'université de Lanzhou, la mandibule de 8 cm de long a été étudiée. Mais parce qu'il leur manquait des compétences, ces chercheurs ont contacté Jean-Jacques Hublin, à l'Institut d'anthropologie évolutionniste Max Planck à Leipzig en Allemagne. Le paléontologue, par l'étude morphologique du fossile, a tout de suite pensé à l'Homme de Denisova, une espèce d'homininés découverte en 2010 dans une grotte de l'Altaï en Sibérie du Sud. Son collègue Frido Welker, de l'université de Copenhague, a confirmé l'attribution à ce groupe du genre Homo. Les protéines contenues dans l'os qu'il a pu extraire sont bien semblables à celles déjà connues chez cette espèce initialement localisée à 3 000 km de là. 

La mandibule de Xiahe, découverte en 1980
La mandibule de Xiahe, découverte en 1980 / Dongju Zhang, Lanzhou University

La datation par la technique des radio isotopes donne un âge de 160 000 ans. Autrement dit, bien avant de s'installer dans les montagnes de l'Altaï, Denisova occupait les plateaux de l'Himalaya et en particulier cette grotte située à 3 280 m d'altitude. En cela, souligne Jean-Jacques Hublin, "le lieu de la découverte est exceptionnel car personne jusqu'ici n'imaginait que des homininés archaïques puissent vivre dans un environnement comme le plateau tibétain". Voilà qui explique ce qui jusque là, posait question : la présence chez l'Homme de Denisova d'un gène lié à l'hémoglobine. Il confère la capacité à vivre en altitude, dans un air pauvre en oxygène.  

Ce gène, on le retrouve aujourd'hui chez Homo Sapiens, en particulier les tibétains et les chinois Han. Preuve pour les scientifiques que notre espèce et les Denisoviens se sont accouplés et reproduits, les derniers ayant légué aux actuels hommes de l'Himalaya  la capacité de vivre en haute montagne. Avant d'être présents dans l'Altaï, il y a 40 000 ans, les Denisoviens présents sur le plateau Himalayen 120 000 ans plus tôt, ont vu leur organisme s'adapter aux rudes conditions du Pleistocène, plus rudes encore que celles d'aujourd'hui. 

Les Denisoviens ont aussi été contemporains de Neandertal. Ils sont d'ailleurs considérés comme un groupe frère asiatique de cette autre espèce d'Homo, elle aussi disparue. Peu de fossiles ont permis de reconstituer leur morphologie. Avec de rares os de doigts de main et de pied, quelques dents et désormais cette mandibule, impossible de reconstituer la taille, l'allure ni même la forme du visage de ces individus. 

La grotte est perchée à 40 mètres au sommet du sol, sur une falaise
La grotte est perchée à 40 mètres au sommet du sol, sur une falaise / Dngzhu Zhang, Lanzhou University

Cependant, ce fossile pourrait en annoncer d'autres. La grotte a livré d'autres matériels, dont des outils taillés, actuellement en cours d'étude à Leipzig. La découverte vient conforter ceux, dont Jean-Jacques Hublin, qui pensent que des fossiles anciennement trouvés en Chine appartiennent à des Dénisoviens. "On trouve des traces génétiques de cette espèce chez des populations en Asie continentale, en Australie et en Mélanésie, ce qui nous pousse à penser que l'extension géographique de cette espèce est beaucoup plus grande que l'Altaï" explique le paléontologue. 

Au fil des découvertes, l'Asie prend une nouvelle place dans l'histoire de l'évolution humaine. La difficulté sera de rapprocher les fossiles déjà sortis du sol (Ouzbekistan, Inde) car certains, très fragmentaires, ont un ADN encore bien conservé tandis que d'autres, plus complets, n'ont pas conservé d'ADN en bon état pour être analysé. La découverte récente d'Homo Luzonensis attestait déjà de la présence d'espèces variées, parfois contemporaines, toutes adaptées à leur milieu. Ni Homo Luzonensis, ni l'homme de Denisova n'ont pourtant réussi à échapper à la disparition. 

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